h<
m^^
K:'^-
;'fe ..'1>
M^B;
Tiff of
GEORGt f TURNER
HISTOIRE
DE LA
POSTE AUX LETTRES
ET DU
TIMBRE-POSTE
DEPUIS LEURS ORIGINES JUS^u'a NOS lOURS
PAR
ARTHUR DE ROTHSCHILD
TROISIÈME ÉDITION
TOME DEUXIÈME
.E.î=<®=*3-
BRUXELLES
J. B. MOÈNS, ÉDITEUR
7, GALERIE BORTIER, 7.
1876
HISTOIRE
POSTE AUX LETTRES
ET DU
TIMBRE-POSTE
Coulominiers. — Typ. Albeiit PONSOT et P. BRODARD.
HXS_I O I R E
DE LA
POSTE AUX LETTRES
ET DU
TIMBRE-POSTE
r^EPUIS LEURS ORIGINES JUSQU A NOS JOURS
V ARTHUR DE ROTHSCHILD
TROISIEME EDITION
TOME DEUXIÈME
BRUXELLES
J. B. MOËNS, ÉDITEUR
7, GALERIE BORTIER, 7.
^fffji^
CHAPITRE I
FORTUNE MERVEILLEUSE DU TIMBRE-POSTE
I. Le Timbre-Poste s'affranchit de l'enveloppe. ™~
II. Le Timbre-Poste fait de la Politique. —
III. Le Timbre-Poste se jette dans l'opposition ;
il a ses martyrs. — IV. Ses états de services. —
V. Une science de plus ! — VI. La Presse et les
congrès des Timbrologues.
NOTRE temps est riche en inventions, et
les plus simples, les plus modestes en
apparence ne sont pas les moins fécondes en
fruits inattendus. On peut dire pourtant
qu'il n'y a guère eu de fortune plus mer-
veilleuse que celle du Timbre-Poste K
Le Timbre-Poste doit sa naissance au
besoin de rendre plus facile et plus prompt
le transport des correspondances particu-
lières. C'est d'abord une sorte de passe-^port
pour les lettres, sous la forme d'un timbre
I . Ce sujet a été fort spirituellement traité dans
un article du journal : Le Timbre-Poste, signé
E. Lh. Année 1870, Avril.
— 4 —
dit de port-payé, servant soit pour l'envoi
du message, soit aussi pour le retour d'une
réponse, quand un second timbre est joint
au premier. Ce timbre est appliqué sur une
enveloppe dont il fait partie, dont il est in-
séparable. Les inconvénients de cette union
reconnus, le timbre s'isole de l'enveloppe;
le voilà comme émancipé et il prend son
essor.
Jamais personnage ne sut revêtir des rôles
plus nombreux et plus variés. D'abord il
représente une valeur, le prix d'un service
rendu ou à rendre, la taxe de transport; c'est
donc une véritable monnaie, un billet de
banque en miniature, d'usage et d'échange
également commodes; tout le monde en a
besoin.
Les artistes qui en entreprennent la gra-
vure, les industriels qui se chargent de sa
fabrication, les savants qui s'efforcent de le
protéger contre la contrefaçon, s'unissent
pour lui assurer des perfections diverses; le
voilà devenu un objet d'art et de curiosité.
Une sorte d'émulation naît entre les nations
pour le mieux doter encore.
Le Timbre- Poste porte tour à tour sur sa
face l'effigie du Souverain, les armes des
États, des provinces ou des villes, les por-
traits des grands hommes, des images va-
riées rappelant les grands faits historiques
ou même les produits des contrées. Le Tim-
bre-Poste est un monument d'histoire et de
géographie.
II
Le Timbre -Poste se mêle bientôt à la po-
litique; il en suit les vicissitudes et les révo-
lutions. Ici, partisan docile de la légitimité,
il fait succéder, à l'effigie du souverain dé-
funt, l'effigie de l'héritier désigné par le
droit de naissance. Fanatique du droit divin,
il proteste contre l'oblitération qui devient
à ses yeux un crime de lèse-majesté. Là,
dans une monarchie constitutionnelle, il se
fait le symbole du respect de la nation an-
glaise pour la personne royale et conserve à
la Reine vieillissant une jeunesse inalté-
rable. En Belgique, il se plaint des dessina-
teurs et des graveurs qui ont mal rendu les
traits des deux Rois, fondateurs des libertés
nationales. En France, il se pare d'abord,
pour trop peu de temps, de l'image de Mi-
nerve, puis emprunte pour vingt ans aux
médailles romaines le profil de Napoléon II î,
et de nos jours adopte l'effigie fantaisiste de
la République idéale. L'aigle prussien plane
sur l'Allemagne comme un oiseau de proie.
L'aigle à deux têtes de Russie regarde l'Eu-
rope pour la surveiller, et l'Asie où il agran-
dit plus facilement son empire. L'aigle à
deux têtes d'Autriche regarde l'Allemagne
pour la regretter, la Hongrie pour s'y réfu-
gier. Le grand duc de Bade qui refuse son
effigie aux simples timbres mobiles, la laisse
imprimer sur les enveloppes timbrées, qui
échappent à l'oblitération. La figure mar-
tiale de Victor Emmanuel personnifie la
nouvelle Italie.
A côté des timbres de haut parage, fiers
comme des plénipotentiaires de grandes
puissances, se glissent les timbres d'aven-
ture. Au grand siècle, c'était signe de qua-
lité que d'avoir des pages; aujourd'hui, de-
puis le plus petit prince et la plus humble
cité jusqu'au marchand dans sa boutique,
chacun veut avoir son timbre. Les sociétés
industrielles, les compagnies, les Banques
ont leurs séries. Un souverain éphémère a
peur de ne pas régner assez longtemps pour
répandre son effigie et s'indigne qu'un pais-
sant voisin, dont il est le vassal, refuse delà
laisser circuler. Les grandes villes d'Alle-
magne qui regrettent leur titre de villes
libres et impériales, répandent leurs timbres
publics et privés avec une telle profusion
que personne ne peut plus les reconnaître;
c'est un déluge. Les vieilles postes locales
luttent avec acharnement pour avoir ou
garder des timbres indigènes, restreints à
leurs territoires.
L'enveloppe même a reparu plus con-
fiante. Le chiffre-taxe s'est fait le satellite
modeste du timbre-poste. Le timbre de
commerce a élevé autel contre autel. Enfin
la contrefaçon et la fantaisie rivalisent à qui
— 9 —
augmentera le désordre. Le peuple des tim-
bres a ses jours d'anarchie. Le remède em-
pirique (qui pourrait trouver un adjectif
plus à propos?) accourt, enfanté par la Pho-
tographie, payé par l'Espérance ou même
par la Reconnaissance, colporté par les co-
mités politiques : C'est le portrait du pré-
tendant qui guérira tous les maux. Qu'on se
le dise! Mais qu'on se rassure! Nous avons
voulu peut-être parler de l'Araucanie ou de
la patrie de Soulouque, dit Faustin I", qui
n'eut pas le temps d'emprunter le timbre-
poste à la civilisation européenne.
III
Lancé dans la politique, le timbre-poste
ne pouvait être à l'abri de cette passion de
l'esprit moderne qui a fait tant de bien en
hâtant le progrès, tant de mal en ruinant
l'autorité. Nous voulons parler de ce qu'on
appelle l'opposition. — Il sert les armoiries
nationales contre l'effigie monarchique, les
armoiries provinciales et urbaines contre la
centralisation. Les sept flèches du timbre-
poste des Pays-Bas rappellent les sept pro-
vinces de la République disparue. Le Lion
couronné du timbre-poste de Finlande ose
rester debout devant l'Aigle à deux têtes de
Russie. Les timbres d'Amérique apportent
— 1 1
à l'Europe presque toute monarchique les
fiers portraits des grands citoyens qui fon-
dèrent les Républiques de cet immense con-
tinent où le Brésil seul a un seul maître!
Le Timbre-Poste a aussi son martyrologe
politique. La poste de Varsovie est disparue
avec le royaume de Pologne. Les emprein-
tes si variées des petits Etats allemands ; le
portrait du roi de Hanovre ; le profil du roi
Jean de Saxe ; l'aigle de Lubeck ; les tou-
relles de Hambourg ; l'aigle de Sleswig-Hols-
tein ; le cheval courant de Brunswick, l'é-
cusson de Mecklembourg, ont pris la fuite,
d'abord devant le Post-Stempel de la confé-
dération du nord , puis devant l'aigle du
nouvel Empire germanique. En Espagne,
l'effigie de la reine Isabelle continue à cir-
culer, frappée du permis brutal de la Répu-
blique économe et provisoire : habilitado !
Elle a gagné à ce prix le temps de céder la
place à son fils Alphonse XII ! Ce n'est pas
trop cher. En Italie, la moustache belli-
queuse de Victor-Emmanuel a suivi le pro-
12
grès du royaume d'Italie et dépossédé tour
à tour les timbres de l'Autriche, de Parme,
de Toscane, de Naples. Mais le timbre papal
subsiste le dernier sans effigie, comme s'il
ne représentait point une autorité humaine
et périssable.
IV
Les annales du Timbre-Poste ont d'au-
tres côtés sérieux, depuis que le monopole
de la Poste aux Lettres a créé pour les Etats
de nouvelles sources de revenu , d'autant
plus précieuses qu'elles découlent de servi-
ces rendus aux contribuables, au lieu de pe-
ser sur eux; l'économie politique a dans ses
livres un compte ouvert pour le Timbre-
Poste. Ses bienfaits y sont inscrits et dénon-
cés à la reconnaissance publique.
II a«simplifié l'administration des Postes,
rendu plus facile la perception des taxes, di-
minué les frais, et, par là, déjà augmenté le
profit. Il a permis d'abaisser les taxes et
— 14 —
donné aux correspondances de toutes sortes
un développement prodigieux. Les prédic-
tions ou les espérances de ses inventeurs sur
l'élévation du revenu postal ont été dépas-
sées au-delà de toute croyance. Avantage
merveilleux pour les particuliers ; avantage
énorme pour l'Etat.
Les sciences déjà vieilles en ce monde
n'ont pas pu rester indifférentes au rôle ni
aux destinées de ce nouveau venu. Le dessin
et la gravure ne pouvaient rien lui refuser.
L'industrie, pour lui, créa des papiers im-
possibles, inventa des couleurs, désarma la
calomnie, trouva des nuances inouïes, fabri-
qua tout un arsenal de machines pour le
piquer, pour le denteler, et même pour Vo-
blitérer, en lui demandant pardon de la li-
berté grande et du manque de respect.
Vous vous imaginez que tant d'hommages
suffisent au Timbre- Poste, non ! il lui faut
une science spéciale, pour lui seul. Elle naît
— i6 —
aussitôt, c'est la Philatélie. Onadit Timbro-
phile, on peut dire Timbrophiiie. Philatélie
et philatéliste prévaudront-il? Deux noms ri-
vaux surgissent : Timbrologie et Timbrolo-
gues; ils nous inspirent, nous l'avouons, une
certaine confiance, et nous les adopterons
volontiers. Les noms sont séduisants et la
chose sérieuse. La philosophie, cette antique
maîtresse de l'esprit humain, n'a qu'à bien
se tenir ; voilà une rivale prête à lui disputer
le monde des intelligences. Le domaine de la
Philatélie n'a rien de vague, le terrain n'y
manque pas à cultiver, ni les questions à ré-
soudre. Jusqu'où faut-il remonter dans le
passé pour trouver le berceau authentique
du Timbre-Poste?
Comme Homère, après sa gloire, le Tim-
bre-Poste ne manque plus de patrie; toutes
les contrées se disputent l'honneur de lui
avoir donné naissance. La France a des ti-
tres sérieux. La Suède réclame en rougis-
sant, parce qu'elle comprend quelle faute la
priva de cette gloire, L'Italie retrouve des
— 17 —
titres. L'Angleterre se hâte de combler
d'honneurs un inventeur heureux qui a le
grand mérite d'avoir saisi l'instant oppor-
tun. Hurrah pour Rowland Hill ! Les
savants continuent leurs fouilles pour dé-
trôner le triomphateur! Nous dirons leurs
découvertes et leurs batailles !
Ce n'est pas au Timbre-Poste lui°méme
qu'il faut imputer cette manie de lui trouver
des aïeux, mais à des amis trop zélés qui
craignent de paraître flatter la fortune d'un
parvenu. Tout ce qui touche la divinité
nouvelle met en mouvement ses adorateurs.
A-t-on trouvé un nouveau papier, un se-
cret chimique , une nuance inconnue jus-
qu'alors et dont le mystère restera impéné-
trable? C'est grande liesse pour ces courti-
sans. Distinguer le filigrane du filagramme,
le timbre typographie du timbre gravé, 'la
lithographie de la photographie, le piquage
de la dentelure, le timbre percé du timbre
piqué, la droite et la gauche du timbre, les
angles divers, la direction de la légende, les
chiffres de taxe, de bureau, de départ, d'ar-
rivée, les marques d'origine, d'oblitération,
secrets d'initiés qu'on ne révèle pas aux
profanes !
VI
La science nouvelle a déjà sa presse et y
réclame, comme c'est d'usage, la liberté de
tout dire. Voyez comme en Belgique le
Timbre-Poste gourmande les ministres qui
confient aux étrangers la gravure ou l'im-
pression des Timbres et la fabrication des
machines à piquer, qui laissent trop long-
temps en portefeuille les projets d'émission,
qui gardent trois ans l'effigie de Léopold P'',
après l'avènement de Léopold II ; qui, mon-
trant enfin plus d'égards au nouveau prince,
surveillent mal le dessin ou la gravure de
son image; qui, enfin, ne savent pas soutenir
l'honneur national dans un genre où la Bel-
— 20 —
gique pourrait prendre le premier rang.
Bruxelles n'a-t-il pas été fier de voir dans
son sein un Congrès de dessinateurs et de
graveurs Philatélistes ! Lisbonne, Londres
en ont frémi de jalousie. Paris en aurait fait
autant, si la Prusse ne lui avait pas pré-
paré d'autres soucis !
CHAPITRE II
LES COLLECTIONNEURS,
L La Numismatique ne saurait être trop honorée ;
La Timbrologie aspire à prendre une place à côté
d'elle. — IL Les collectionneurs sont tout excu-
sés. — IIL Débuts des collections de Timbres-
Poste. — IV. La spéculation au collège ; la
Bourse des Timbres. — V. Utiles leçons que le
collectionneur retire de sa peine : travail et
méthode.
SI nous venions dire que l'étude des mon-
naies et des médailles présente un grand
intérêt et que les esprits les plus distingués
ne l'ont pas dédaignée, que plus d'un sa-
vant a pu y apporter une passion ardente,
une patience infatigable, nous ne ferions que
répéter ce que personne n'ignore ni ne con-
teste. On apprenait au jeune Louis XIV
l'histoire de l'antique monarchie dont il
était l'héritier, en plaçant sous ses yeux les
médailles à l'effigie des rois, ses prédéces-
seurs. Il y voyait même figurer ces Mé-
rovingiens , dont l'existence était à peine
prouvée et dont les traits certainement n'a-
- 24 ~
valent été conservés ni par la peinture ni
par aucun des arts oubliés de leur temps.
Mais les fanatiques n'en regrettaient pas
moins une série antérieure, qui aurait com-
mencé à Francus, fils d'Hector, et fini à
Markomir , père de Pharamond. Que ne
l'inventaient-ils en gravure, comme ils l'in-
ventaient en histoire ! Etait-on plus sûr de la
ressemblance de Pépin-le-Bref inaugurant
la 2^ race, de celle de Hugues-Capet, fonda-
teur de la 3e et même de celle de Jean i*^'', un
enfantqui vécut et régna à peine unesemaine.
La Numismatique a, depuis longtemps, sa
place au soleil, son culte et ses prosélytes.
Aux monnaies et aux médailles, les collec-
tionneurs joignent même quelquefois des
spécimens de papier- monnaie, depuis le
jour où la création des banques a mis au
jour un instrument de circulation qui est à
la monnaie la plus légère ce que la pièce
d'or était à la monnaie lourde et massive
des Spartiates. La curiosité s'est éprise des
rares billets survivant à la banque de l'Ecos-
— 25 —
sais Law, ami du Régenr, ou des premiers
essais des Banques de Florence, d'Amster-
dam et de Londres. Cet engouement nou-
veau a dû périr étouffé sous les avalanches
de nos assignats, alors qu'il fallait plusieurs
millions en assignats, pour produire la va-
leur de quelques milliers de francs. Mais
n'est-ce pas un fait important pour l'histoire
du crédit et pour la science économique?
Nous n'aurons pas de peine à prouver
que le Timbre- Poste a aussi conquis de nos
jours son rang dans des sciences diverses et
que les collections des différentes formes
revêtues par lui dans le monde entier ont
déjà leur utilité et leur prix. Elles ne ver-
ront sans doute jamais des enchères comme
celles qu'obtiennent de nos jours les meu-
bles anciens, les gravures ou les œuvres du
grand artiste qui a, par une mort oppor-
tune, mais sans préméditation, donné à ses
moindres ébauches une valeur inespérée.
Mais il y a des degrés en tout :
Parva licet comporter e magnis.
II. 2
ÎI
Il nous faut bien parler des collection-
neurs. Notre sujet nous conduit naturelle-
ment sur leur domaine. Quel objet pouvait
mieux tenter que le Timbre- Poste ces cu-
rieux naïfs et sincères, qui comprennent si
bien la variété dans l'unité? Un timbre est
toujours un timbre. Mais quelle multipli-
cité infinie : Timbres divers d'un même
État, d'un même continent, de l'univers ;
c'est le monde tout entier ; variétés de
forme, de taille, de prix, de couleurs, d'ef-
figies, d'usage, et combien d'autres encore!
Nous avons entendu parler d'un savant
naturaliste qui consacra une vie aussi Ion-
— 27 —
gue que laborieuse à la recherche des cocci-
nelles, petits animaux que le vulgaire igno-
rant confond tous dans la dénomination de
bêtes du Bon Dieu. Il en classa i,8oo va-
riétés et fut décoré. Le génie est une longue
patience, a dit Buffon. Si Buffon a dit vrai,
notre naturaliste était un génie, et jamais
gouvernement encourageant le progrès n'a
eu meilleure occasion de bien placer un
morceau du ruban précieux dont il dispose
pour ce besoin social. On dit aussi que des
amateurs ont collectionné des tabatières ;
nous comprenons ce goût, surtout du temps
où les rois en distribuaient généreusement,
et avaient soin de les faire enrichir de leur
portrait et de quelques diamants. Nous con-
sentons même à croire qu'il a existé un ou
plusieurs collectionneurs de boutons de
guêtres ou d'autres parties du costume mi-
litaire, pourvu qu'on nous dise que c'é-
taient d'anciens officiers d'habillement, at-
tristés d'avoir été mis à la retraite.
Les collectionneurs sont pourtant amnis-
— 28 —
tiés. Il n'est pas dcnné à tout le monde
d'aller à Corinthe, pour y recueillir ces vases
de bronze si recherchés des Romains. Il
n'est pas donné à tout le monde de réunir
des livres rares, des éditions originales, des
gravures avant la lettre, tout l'œuvre d'un
grand maître , des tableaux coûteux , des
faïences, des meubles, des armes, ou même
simplement des médailles ou des monnaies
anciennes.
Si collectionner est un goût naturel à
l'homme comme celui de posséder et de
s'enrichir, le Timbre- Poste dut paraître
tout d'abord l'objet le plus simple, le plus
capable de satisfaire ce goût à peu de frais.
Le pauvre timbre borné d'abord à un seul
usage , à l'affranchissement d'une lettre ,
était jeté dédaigneusement avec les vieux
papiers et brûlé ou souillé, sans égard pour
son effigie. Un jour, un spéculateur malin
proposa à la charité publique, dans des an-
nonces assez coûteuses, une bonne action ;
il s'agissait d'arracher à la misère une hon-
— 29 —
nête et brave famille, en fournissant à un
riche maniaque assez de vieux timbres
oblitérés, de toutes sortes, pour en tapisser
les murs d'un appartement. La charité pu-
blique est crédule ; un déluge de timbres
tomba au domicile indiqué comme la
manne dans le désert, des quatre coins du
monde. Le succès dut être complet.
III
Dès lors on parut croire que le timbre,
après le service postal accompli, commen-
çait une vie nouvelle. On se prit à recher-
cher ceux d'un même pays, puis ceux des
pays voisins et des contrées les plus éloi-
gnées. On voulut savoir quels étaient les
plus anciens; au besoin, on obtint la réim-
pression de ceux qui déjà avaient été aban-
donnés; on surveilla les nouveaux venus. Ce
fut une gloire d'être au courant de toutes
les nouveautés comme du passé tout entier.
Hélas! les difficultés du collectionneur
commencèrent à se multiplier. Tel timbre
ancien était introuvable et le prix montait
— 3i —
comme celui d'une valeur de premier ordre :
un timbre taxé à un penny dès sa naissance
ne se donnait plus à moins de quatre livres
sterling! Corneille a dit :
Et le désir s'accroît quand l'effet se recule.
La passion s'en mêla : il fallut à tout prix
avoir le timbre ancien qu'on ne trouvait
plus et le timbre nouveau, dont on annon-
çait l'émission au-delà des mers.
Les amateurs sont en correspondance avec
toutes les parties du monde : que de timbres
du présent ils dépensent pour se procurer
le type inconnu ou aperçu chez le voisin. Le
collectionneur de tulipes, qui semblait le
modèle du genre, n'est pas plus jaloux ni
plus impatient. Allez donc vous contenter
ici de la possession de quelques pièces,
même des plus rares. Il faut entendre le
rire homérique du vrai collectionneur de
timbres-poste, regardant les tableaux mes-
quins où l'Hôtel des Postes françaises croit
— 32 —
avoir réuni tous les timbres français. Voilà
pourquoi la manie de collectionner les tim-
bres est devenue aristocratique. Il n'est plus
permis aux pauvres diables d'y prétendre,
surtout depuis que la mode a voulu qu'une
collection digne d'égards se composât de
timbres neufs, n'ayant pas été mis en usage
et gardant leur valeur.
Quelques traits de bizarrerie peuvent sans
doute donner prise à la critique et aux rail-
leurs. Les amateurs forcenés ont voulu avoir
non-seulement les timbres mis au jour, mais
les essais qui les ont précédés. Si un timbre
a paru un jour et a été retiré aussitôt, il
faut se le procurer par tous les moyens. Si
un timbre a failli paraître et est demeuré à
l'état de mort-né, il n'en est que plus pré-
cieux; vite, quel prix en veut-on? Si un type
a été proposé, soit en concurrence avec les
timbres déjà adoptés, soit en vue de quelque
changement prévu ou médité; allons, est-il
possible d'en avoir le dessin? Une faute, une
erreur, fût-elle d'orthographe, a échappé au
™ 33 —
graveur, à l'imprimeur; ce serait un bon-
heur suprême que de se procurer un exem-
plaire portant cette faute, ce trait impru-
dent. Le hasard a produit une nuance
imprévue : heureux celui qui arrivera à
temps pour en enrichir son album! et quelle
fierté s'il est seul à posséder ce trésor uni-
que! Dans l'uniformité des timbres à l'effi-
gie de la reine Victoria, un graveur a donné
un jour moins d'ampleur à une mèche des
cheveux du chignon; une variété est née, et
cette autre famille de la reine Victoria s'est
accrue par un heureux événement.
L'égoïsme et la vanité trouvent là leur
pâture comme en tant d'autres choses. Et
que dire des savants? Ils interviennent dans
ces modestes questions et trouvent occasion
de se montrer érudits, de trouver leurs con-
frères en délit d'ignorance ou d'affirmation
imprudente. Il n'y a pas jusqu'aux moqueurs
qui ne saisissent une bonne occasion, au
mois d'avril surtout, le mois des bourdes
plus ou moins gaies, d'annoncer des nou-
- 34-
velles à sensation, de faire croire à l'exis-
tence de timbres imaginaires et de regarder,
en riant, courir les collectionneurs affrian-
dés. Nous ne disons rien des contrefacteurs;
ils dupent les crédules et donnent joie aux
malins, qui se plaisent toujours dans le mal-
heur d'autrui.
IV
Nous voudrions prouver qu'il n'y a au-
cun péril ni aucune puérilité à excuser ni à
encourager le collectionneur de timbres-;-
poste. Nous n'avons besoin pour cela que
de montrer ce qu'on peut apprendre en se
laissant aller à cette innocente manie.
La passion nouvelle a commencé par les
enfants, comme une épidémie, mais peu dan-
gereuse. Elle a eu tout le succès d'un jeu
innocent. Nous ne disons pas que ce jeu ait
toujours assuré la tranquillité des parents
autant que la joie des enfants. La chose s'est
bornée d'abord à solliciter de tous les mem-
bres de la famille, puis des amis, des visi-
— 36 —
leurs, leurs vieilles enveloppes avec les tim-
bres d'affranchissement. De là, nos petits
collectionneurs sont passés aux échanges,
commerce primitif que l'on apprend d'ins-
tinct. Peu à peu, ils ont considéré les tim-
bres comme des valeurs variables; la rareté,
l'état de conservation, la nouveauté, l'ori-
gine, l'éloignement ont été autant de causes
de hausse ou de baisse sur ce marché. A
l'échange a succédé la vente et la spécula-
tion n'a pas tardé à s'en mêler. Vendeurs et
acheteurs se donnaient rendez -vous aux
portes des lycées et collèges, à l'entrée et à
la sortie des classes. Que de fois les maîtres
ont surpris et réprimé des distractions dont
ils ne pouvaient pas deviner la cause!
Une bourse des timbres-poste finit par
naître, pour répondre à l'offre et à la de-
mande. Les jardins publics, aux jours de
congé, en vir-ent les séances quelquefois tu-
multueuses. Faut-il dire que la fraude et la
mauvaise foi osèrent s'y montrer, comme en
tout lieu où les passions humaines sont
-37 -
livrées à elles-mêmes? Des timbres falsifiés
furent mis en circulation, des nouvelles
mensongères furent prodiguées, des engage-
ments mal tenus, des dettes non payées, des
vols audacieusement accomplis. Mais on vit
surgir aussi un commerce honnête et régu-
lier, où il fut possible de s'enrichir.
Cet âge de fièvre dura peu. Les torrents
les plus dangereux deviennent des fleuves
paisibles et utiles quand leur cours est réglé,
La contagion, d'ailleurs, n'avait pas atteint
tous les amateurs du timbre-poste, et plus
d'un enfant sérieux avait tiré de ce goût les
véritables avantages qu'on en pouvait atten-
dre. Il y avait appris un peu d'histoire et
beaucoup de géographie.
Les premiers timbres-poste qui tombent
aux mains d'un enfant le frappent par la
variété des couleurs, des effigies, des taxes;
il saura bientôt les causes de cette distinc-
tion des couleurs, les noms des personnages
représentés, les distances que la taxe permet
de franchir ou le poids qu'elle permet de
transporter. Il saura bientôt distinguer les
nationalités, les contrées, la forme politique
des États, par la lecture de la légende. Gom-
ment ne serait- il pas porté naturellement à
demander, à chercher quelle est la situation
de chaque peuple, de chaque contrée sur la
surface de la terre, et la distance qui les se-
- 39 -
pare ? Comment ne voudrait-il pas savoir le
sens des mots : Empire, Royaume, Répu-
blique, Confédération, États-Unis, Etats
confédérés, Colonies, Ville libre? C'est de la
géographie et de la grammaire. Et quand il
lira dans toutes les langues les chiffres de
taxe et les noms des monnaies correspon-
dantes, ne touchera-t-il pas aux premières
données de l'arithmétique, aux éléments de
la numismatique? Que dire des timbres à
armoiries, témoignant de l'antique histoire
de certains états? des timbres rappelant les
grands faits de l'histoire ou les grands ci-
toyens? et de ceux qui indiquent les pro-
duits, le commerce ou la nature géogra-
phique d'une région ? Que dire enfin des
changements que le temps amène dans les
effigies? N'est-ce pas un cours d'histoire
contemporaine , le plus simple de tous ,
exempt de passion et de prédications fausses
et malsaines dans tous les partis? Nous ré-
servons cette importante question pour un
chapitre spécial : Le timbre-poste auxi-
— 40 —
liaire de Vhistoire et de la géographie.
Ajoutons seulement ici que le jeune col-
lectionneur, non-seulement apprend sans
fatigue, sans efforts, les faits les plus divers,
mais que son esprit y trouve un exercice
salutaire, s'initie aux secrets de la méthode.
Plus la collection s'accroît, plus il devient
nécessaire de la classer. Quel principe ,
quelles règles le dirigeront dans cette classi-
fication? Quel ordre adoptera-t-il ? Les plus
grands génies ont cherché la solution de ces
mêmes problèmes, pour les richesses de la
nature, de l'art, de l'industrie. Classera-t-il
ses timbres d'après la forme, la couleur, la
taxe, les effigies, la date d'origine? Quelle
confusion produira cet ordre apparent! Le
plus sage n'est-il pas d'emprunter à la géo-
graphie sa méthode et ses divisions? Les
continents d'abord, les groupes d'états et de
nationalités , les subdivisions de chaque
groupe; autant de petites collections dans la
collection universelle. Voilà qu'il ne reste
plus à trouver qu'un ordre logique pour les
— 41 —
petites collections ; il y aura moins de dan-
ger, et même une certaine variété devient
possible; tel peut prendre pour point de dé-
part l'ordre d'émission, tel autre, la taxe ou
les couleurs, les nuances même ou toute
autre différence. Notre écolier trouvera plus
tard dans la logique de Port-Royal des con-
seils qu'il aura devancés.
CHAPITRE III
L'INVENTION DE M. ROWLAND HILL.
LE TIMBRE-POSTE EN ANGLETERRE»
L Les temps sont venus : pourquoi l'on doit garder à
M. Rowland Hill le titre d'inventeur du Timbre-
Poste. On ne peut pas contester l'invention de
M. Rowland Hill. — IL Comment vint à M. Hill
l'idée de sa réforme ? Correspondance frauduleuse
de deux fiancés. Projet de M. Rowland Hill. En-
quête. — in. La taxe uniforme d'un penny. Mé-
moire d'un officier d'excisé ; le papier timbré. —
IV. Adoption du projet de M. Hill. Les Timbres-
Poste. Les enveloppes. — V. Essai du prix réduit :
augmentation rapide du nombre des lettres. —
— 44 —
VI. L'opinion publique préparée à la réforme. Le
contrôle des comptes de chaque bureau devenu
plus facile. Le Timbre-Poste servant de papier-
monnaie. — VIL De la falsification. — ■ Ses diffi-
cultés. Ses dangers. Nullité des profits de la
contrefaçon. — VIII. Forme et dessin du Tim-
bre-Poste, Projets variés. Usage général.
L'uniformité de la taxe pour le transport
des correspondances est une mesure si
simple et si rationnelle que, depuis le jour où
l'Angleterre en a inauguré la pratique sur
son territoire, frayant ainsi la route du pro-
grès au reste des nations, chacun s'est de-
mandé comment il se faisait que la même
idée ne fût pas venue plus tôt à quelque ré-
formateur. On a sérieusement discuté la
question de savoir si M. Rowland Hiil pou-
vait bien être considéré comme le réel in-
venteur des timbres-poste, et si, en scru-
tant les annales des divers États européens,
il ne serait pas possible d'y trouver, à une
3.
-46-
date s'éloignant plus ou moins de l'année
1840 (qui est celle de l'exploitation du pro-
cédé Hill), une ou plusieurs inventions qui
ôteraient à ce procédé le mérite de la prio-
rité, et montreraient une fois de plus qu'il ,
n'est rien de nouveau sous le soleil. On le
sait, aujourd'hui j ces précédents ont été
trouvés , et il demeure certain que l'idée
d'une taxe uniforme avait été entrevue par
d'ingénieux esprits , ailleurs qu'en Angle-
terre, et longtemps avant la deuxième moi-
tié du dix-neuvième siècle. Est-ce à dire
pour cela que la découverte de M. Hill ne
soit qu'une imitation, et qu'on ne doive le
considérer que comme un arrangeur habile
quia exhumé, en la rajeunissant parles dé-
tails d'exécution, la conception de ses de-
vanciers? Tel n'est pas notre avis. Il est d'a-
bord plus que probable que M. Rowland
Hill, lorsqu'il songeait à la réforme postale,
ignorait le nom aussi bien que l'entreprise
du magistrat français qui, après la Fronde,
inventa un mode uniforme de correspon-
— 47 —
dance enport payé, dans l'intérieur de Pa-
ris seulement. Ajoutons que l'invention
française et le procédé anglais diffèrent par
un point essentiel : M. Rowland Hill, en
livrant son idée au public, a demandé qu'elle
fût immédiatement appliquée par les pré-
posés de l'État, et qu'on abandonnât les
anciens errements postaux ; l'inventeur fran-
çais, au contraire, s'était bien gardé d'em-
piéter sur les attributions de la Surinten-
dance ; il sollicitait seulement un privilège
pour transporter d'un point à un autre de
Paris (service qui alors n'était pas fait par
l'administration royale) les correspondances
privées, préalablement revêtues ou entou-
rées de ses « billets de port payé », que nous
avons décrits. Comme on le voit, la ligne
de démarcation est bien tranchée entre les
deux systèmes, et M. Rowland Hill a sur
son précurseur l'avantage d'un concept gé-
néral, d'un projet qui embrasse tout un en-
semble de réformes, au lieu de se concentrer
sur un très-mince détail de service local.
-48-
C'est là le côté vraiment neuf et original de
son invention; c'est là ce qui fait qu'en dé-
pit des deux ou trois précédents historiques
qui le priment comme date, M. Rowland
Hill peut revendiquer l'honneur de cette dé-
couverte; il est le créateur des timbres-poste
au même titre que Molière est le créateur
de l'Avare ; et, quoique Plaute ait écrit VAu-
lulaire, on ne mentionne guère celle-ci que
pour rappeler la supériorité de celui-là, et
pour reconnaître combien- l'original est
pâle et incolore auprès de la prétendue imi-
tation.
II
La réforme anglaise, à en croire son pro-
moteur, M. Rowland Hill, aurait eu pour
point de départ le fait suivant, M. Rowland
Hill voyageait, en i838, dans l'un des com-
tés du nord de l'Ecosse, lorsqu'en traversant
un village il aperçut un facteur de la Poste
qui remettait à une jeune fille une lettre
expédiée de Londres. La jeune fille demanda
quel était le montant du port à payer, et,
lorsque le facteur lui eut fait connaître le
chiffre de la taxe, elle baissa tristement la
tête, retourna deux ou trois fois la lettre
entre ses doigts, et la rendit en disant qu'elle
n'était pas assez riche pour pouvoir acquitter
— 5o —
une telle somme. Témoin de cette scène, le
voyageur intervint et dit à la jeune fille que,
si la lettre par elle rendue contenait, comme
cela était vraisemblable, des nouvelles d'une
personne qui lui était chère, d'un parent ou
d'un fiancé, elle pouvait la redemander au
facteur, et que lui, M. Rowland Hill, se
ferait un plaisir de payer la taxe qu'on lui
réclamait. La villageoise rougit, et, après
quelques secondes d'hésitation, déclara à
M. Hill qu'elle lui était très-reconnaissante de
son offre obligeante, mais qu'elle ne croyait
pas pouvoir accepter d'un inconnu un pareil
service. Cela dit, elle jeta un dernier coup
d'œil sur la lettre que tenait encore le fac-
teur, congédia celui-ci et rentra dans sa
maison. M. Rowland Hill poursuivit sa
route, mais tout en marchant, il songeait au
refus obstiné de la jeune fille, et il lui sem-
blait que, derrière ce vulgaire incident, se
dressait une énigme dont il fallait absolu-
ment trouver le mot. Revenant sur ses pas,
il frappa à la porte de la maison, se présenta
— 5i —
de nouveau à la villageoise stupéfaite, et,
sans se rebuter par le mauvais accueil qu'elle
lui fit, il réussit, à force de questions et
d'instances, à obtenir d'elle l'aveu de la
vérité. Fiancée à un ouvrier qui habitait
Londres, elle avait trouvé, pour correspondre
avec lui, l'ingénieux moyen que voici :
Quand le prétendu écrivait à sa future ,
celle-ci refusait, sous prétexte de manque
d'argent, la lettre que lui apportait le fac-
teur; mais, auparavant, elle avait eu le
temps de lire à la volée, sur le revers de la
suscription, deux ou trois signes graphiques
très-simples, dont les deux amoureux étaient
convenus, et qui leur suffisaient pour cor-
respondre. L'ouvrier faisait de même quand
il recevait des lettres de la jeune fille, et,
grâce à ce stratagème, ils communiquaient
tous deux, sans acquitter la taxe postale,
dont le chiffre assez élevé n'eût pas tardé,
après quelques envois, à absorber les minces
ressources des deux correspondants. Réflé-
chissant à cette singulière confidence ,
— 52 —
M. Rowland Hill en vint à se dire qu'un
système postal, où la fraude s'exerçait sous
une forme qui ne permettait guère de l'at-
teindre, laissait sans doute beaucoup à dési-
rer : il se demanda si la perception de la taxe
proportionnellement à la distance parcou-
rue, tout en étant une mesure équitable,
n'allait pas directement contre les intérêts
bien entendus des transporteurs, et si ces
derniers ne rempliraient pas plus utilement
leur mandat, aussi bien pour eux-mêmes
que pour le public, en ramenant le prix du
transport des lettres pour tout le royaume
à un chiffre uniforme, suivant le poids de
l'objet transporté. De ces questions ainsi
posées à la rédaction d'un plan de réforme
postale, la distance était facile à franchir
pour un esprit aussi pratique et aussi per-
sévérant que M. Hill.
III
L'envoi du plan de M. Rowland Hill au
gouvernement anglais eut pour premier ré-
sultat l'ouverture d'une enquête devant la
Trésorerie, et cette administration reçut un
nombre considérable de projets différents,
tous relatifs à la réforme postale. Parmi ces
propositions, qui furent examinées une à
une, avec le plus grand soin, par la commis-
sion d'enquête , nous sera-t-il permis de
signaler un mémoire que nous avons déjà
analysé dans un autre ouvrage % et qui con-
cluait à l'abaissement uniforme du tarif
I. La Poste à un penny, i v^i. in-i8. Bruxelles,
Moens, 1872.
-54-
postal à un penny? Cette proposition, éma-
née d'un officier du service de V excise (con-
tributions indirectes) en Ecosse, M. Samuel
Forrester, ne fut pas acceptée; mais il nous
a paru intéressant d'en reproduire ici les
traits généraux, quand ce ne serait que pour
constater la communauté d'idées où se trou-
vaient alors les habitants du Royaume-Uni,
à l'endroit de la réforme du service des Pos-
tes. Cette réforme était , comme on dit
vulgairement, « dans l'air, » et tout le
monde s'en préoccupait, même avant le
projet de M. Hill, de même que tout le
monde en Occident, vers la fin du XV^ siè-
cle, et avant le voyage de découverte mené
à bonne fin par Colomb, se préoccupait de
l'existence possible d'un nouveau continent.
« Onpourrait,» disait M. Forrester, « per-
mettre à tout fabricant de papier de faire
timbrer son papier à timbres-poste par les
officiers d'excisé, au moulin même où ce
papier est fabriqué. Par ce moyen on obtien-
drait une augmentation certaine de droits
— 55 ~
sur le papier.... Il faudrait en outre que les
feuilles timbrées, pouvant répondre à tous
les besoins, fussent mises en vente chez tous
les papetiers.... Chacun n'aurait plus qu'à
écrire ou imprimer sur cette feuille timbrée,
à mettre l'adresse et à jeter la lettre à la
Poste..., Les agents de la Poste n'auraient
qu'à compter les lettres, à marquer le nom
de la ville et l'heure des départs »
M. Forrester donnait ensuite le détail des
mesures pratiques qui, selon lui, suffiraient
à prévenir toutes les fraudes et toutes les
violations de la loi :
(( Chaque feuille à timbrer ne devrait pas
dépasser, comme dimension, 20 pouces sur
18; mais il serait permis de couper ou de
plier ladite feuille en format in-folio, in-
quarto ou in-octavo. Le poids de la dite
feuille ne devait pas dépasser une- once si
elle était in-folio, une demi-once, si elle
était in-octavo... Cette feuille in-folio devrait
être frappée d'un timbre de la valeur de 2
pence, en sus de la valeur du papier, et les
_ 56 —
portions de feuilles (in-4° ou in-S"), de tim-
bres d'un penny. Ces feuilles ou portions de
feuilles passeraient sans frais par tous les bu-
reaux de Poste du royaume... Tout fabricant
de papierpourrait obtenir une permission [li-
cense) pour faire du papier à timbre postal. »
« Il aurait, dans ce cas, à faire approuver
par les lords de la trésorerie les coins et les
couleurs dont il entendrait se servir; en
outre, il devrait se procurer une salle et des
tables convenables pour l'opération du tim-
brage. Les officiers d'excisé auraient la garde
des coins et des couleurs approuvés par la
trésorerie, et seraient chargés de fixer les
droits sur le papier à fabriquer. Chacun
d'eux pourrait fournir deux mille empreintes
par heure. Les papiers sur lesquels la taxe
n'aurait pas été acquittée ne seraient pas
timbrés. Les timbres seraient composés de
chiffres mobiles, pour le jour du mois et le
millésime de l'année où le timbrage aurait
été fait. Au commencement de chaque tri-
mestre, le Directeur Général des Postes, ou
- 57-
les commissaires d'excisé, indiqueraient à
tous les chefs de bureau de Poste la couleur
à employer exclusivement pendant ce nou-
veau trimestre. » Le tracé des trois timbres
à employer pourrait être celui qui se trouve
figuré par les empreintes dont nous donnons
le dessin à la page 59.
La première de ces empreintes s'applique-
rait aux feuilles in-folio ; elle en indiquerait
le poids (une once). Le mot Edinburgh dési-
gne la ville, siège de l'entrepôt où a eu lieu
l'opération du timbrage; le nombre 326 in-
dique le numéro d'excisé ; les mots i»* quart
celui du trimestre ; enfin, les mots 2 Juljr
1840 annoncent la date du timbrage.
L'ofiîcier d'excisé chargé de timbrer les
papiers frapperait, à chaque fois, une seule
empreinte distincte, au centre ou près du
centre d'une des pages de chaque feuille in-
folio, in-40 ou in-8°. Les fabricants de pa-
pier, pourvus de licenses, devraient faire
confectionner des rames de 480 timbres ou
— 58 —
des demi-rames de 240 timbres. Les feuilles
timbrées de chaque format resteraient en-
fermées dans des enveloppes distinctes ; ces
enveloppes seraient revêtues d'étiquettes si-
gnées et parafées par les officiers d'excisé,
qui, en outre, tiendraient un compte exact
du nombre des timbres, des dates d'impres-
sion et des livraisons de papier timbré faites
parles fabricants, suivant leurs déclarations.
Les débitants de papiers postaux devraient
être munis de licenses pour pouvoir exercer
leur commerce. Les officiers d'excisé de cha-
que district visiteraient périodiquement les
différents débits, et contrôleraient à chaque
visite le nombre des feuilles vendues et de
celles restées en magasin. Tous les trimes-
tres, il serait fait à la Surintendance de l'ex-
cise un inventaire général des permis de fa-
brication délivrés , ainsi que des papiers
fabriqués et vendus ou non vendus. Le
montant des droits de timbre serait acquitté
par chaque fabricant, de huitaine en hui-
taine, entre les mains du Surintendant.
^59-
i
N QUAR: A
TWO PENCEt
/*^ QUAR; ^
fONE PENNY*
■A a°JULY ^-
1^ QUAR: ^
tONE PENNY*
^ â^JULY M-
IV
Telles étaient les dispositions du projet
Forrester, projet qui ne fat pas adopté par les
lords de la trésorerie. On regarda sans doute
comme trop compliqués les détails de ce
plan, qui néanmoins ne manquait pas d'une
certaine originalité, comme on a pu le re-
marquer en parcourant l'analyse que nous
venons de donner. M. Rowland Hill eut le
pas sur tous ses concurrents, et l'Angleterre,
qui sait rémunérer largement les services
rendus à la chose publique, confia un des
emplois les plus élevés de l'administration
des Postes à l'homme habile dont l'inven-
— 6i —
tion devait amener une si grande transfor-
mation dans le mécanisme postal.
Ce n'était pas que l'invention de M , Row-
land Hill ne fût contestée, en Angleterre
même. Plusieurs annéesavant la présentation
du mémoire Hill, un sieur Charles Witing
avait adressé au gouvernement une note im-
primée, aux termes de laquelle il demandait
à être autorisé à livrer au public des bandes
timbrées, auxquelles il donnait le nom de
go-frees (aller libre). Les expéditeurs se se-
raient, disait-il, servis de ces bandes pour
rendre francs de port tous envois de manus-
crits ou d'imprimés. Le prix des bandes et
des timbres s'échelonnait suivant le poids
des objets à transporter. Deux autres inven-
teurs, MM. Knight et Stead, revendiquaient
aussi l'idée première du timbre-poste ; et,
de plus, M. Stead prétendait avoir envoyé
à la Surintendance, quelques années avant
1839, une proposition directe. Quoi qu'il
en fût de ces diverses prétentions, la Tréso-
rerie , après examen des projets , déclara
II. 4
— 62 —
qu'aucun d'eux n'offrait, pour l'emploi des
timbres-poste, de procédés autres ou meil-
leurs que celui de M. Hill.
Deux mois avant la publication des « Notes
de la Trésorerie, » M. Hill avait, en effet,
publié un mémoire où il proposait au gou-
vernement les quatre espèces de timbres qui
furent adoptés. Ces quatre espèces étaient
des couvertures ou demi-feuilles de papier
timbré, des enveloppes timbrées, des éti-
quettes gommées ou timbres proprement
dits, et enfin du papier à lettres timbré.
Chaque invention nouvelle a ses partisans
et ses adversaires. Ceux-ci ne manquèrent
pas au projet Hill, et les plus opiniâtres d'en-
tre eux furent les marchands de papier. Ils
qualifiaient de monopole tyrannique le débit
général du papier à lettres timbré que s'était
réservé l'Etat, et la seule émission de tim-
bres sur laquelle ils consentaient à passer
condamnation était celle des étiquettes.
Une polémique s'engagea, au sujet des tim-
bres, entre les deux principales Revues, la
— 63 —
Quarterly Review et VEdinburgh Reviens,
celle-ci défendant l'administration, et celle-
là prenant fait et cause pour les fabricants
qui se disaient injustement frappés.
Un de ces opposants, M. Dickinson, afin
de « lancer » dans le monde industriel un
papier à enveloppes particulier, fabriqué
chez lui, fit paraître, à son tour, une note re-
lative aux nouveaux timbres-poste. Il y con-
cluait formellement contre l'usage des éti-
quettes, des couvertures et du papier à lettres.
Selon lui, il fallait restreindre à l'emploi des
enveloppes les conséquences de l'invention
nouvelle. Les agents delà Poste, ajoutait-
il, pourraient, s'il en était autrement, trom-
per le public et garder son argent, sans coller
les timbres sur les lettres.
L'objection était sans portée : pourquoi,
en effet, supposer qu'un envoyeur ne serait
pas, à l'avance, muni de timbres et ne les
collerait pas lui-même sur les lettres, ou, du
moins, ne les ferait pas coller sous ses yeux?
Sans se préoccuper de ces critiques intéres-
-64-
sées, l'administration s'appliqua à faire exé-
cuter la loi, de la manière la plus écono-
mique pour le fisc et la plus prompte pour
le public.
Dans l'intervalle qui s'écoula entre l'a-
doption de la réforme et la mise en circula-
tion des tirnbres-poste, le gouvernement,
déférant en cela au vœu du législateur, avait
pratiqué d'abord l'essai du prix réduit. Cet
essai fut le véritable critérium qui ouvrit
les yeux au pays sur l'importance de la ré-
forme, et montra jusqu'à quel point elle
était attendue et nécessaire. Le nombre des
lettres confiées à la Poste augmenta subite-
ment dans une proportion telle qu'il dépassa
tous les calculs. Il devint évident que le
service ordinaire ne pourrait longtemps
suffire aux besoins et que la création des
4.
— 66 —
timbres devenait indispensable. On nous
permettra, à cette occasion, de citer les
quelques lignes que nous avons publiées au
sujet de l'expérience ainsi faite, et qui re-
produisent assez exactement, croyons-nous,
la physionomie postale de Londres, à l'épo-
que dont nous parlons ^ :
«... Depuis la réduction de la taxe à un
penny, on se précipitait aux guichets de la
Poste, comme aux bureaux des théâtres pour
les pièces en vogue. Pendant la dernière
demi-heure, les employés ne pouvaient plus
suffire au service ; car il fallait recevoir les
lettres, vérifier le poids, encaisser l'argent,
marquer l'affranchissement, opérations dis-
tinctes et qui se répétaient à chaque lettre,
malgré l'uniformité de la taxe...
« Le premier ou le second jour après la mise
en vigueur de la loi, une scène intéressante
eut lieu dans le bureau de Saint-Martin-le-
1. Notice sur Vorigîne du prix uniforme de la
taxe des lettres. Paris, Librairie nouvelle, 1872.
-67-
Grand. La salle était remplie, ou à peu près,
de spectateurs venus en simples curieux.,
et que des polîcemen contenaient à l'entour
des guichets. En même temps, les porteurs
de lettres se pressaient et se bousculaient,
chacun essayant d'arriver le premier. Le
Surintendant, président du bureau de l'in-
térieur, dirigeait les employés avec le zèle
le plus louable, et portait tour à tour leur
activité et leur énergie sur les points les
plus envahis. Avant la promulgation de la
loi, un seul guichet suffisait pour recevoir
toutes les lettres ; ce jour-là, on en avait ou-
vert six, et à chacun d'eux étaient assis deux
receveurs. Ils étaient littéralement assiégés.
c( Au dernier quart d'heure, la foule de-
venant de plus en plus compacte, un sep-
tième guichet fut ouvert, et presque aussitôt
M. Bockenham en improvisa un huitième,
011 il s'installa, et reçut les lettres et l'ar-
gent, pour ne renvoyer aucun des expédi-
teurs... On peut juger du soulagement que
chacun avait éprouvé, quand on avait pu
— 68 —
constater que satisfaction avait été donnée à
tous, que pas une personne n'avait manqué
l'heure, que, ce jour-là, le bureau de Saint-
Martin avait reçu, entre cinq et six heures,
plus de trois mille lettres, et que pas un
courrier n'avait été en retard d'une minute.
Le public lui-même avait voulu témoigner
son admiration pour le zèle des agents de
l'administration : au moment où se fermaient
les guichets , il avait fait entendre une
salve d'applaudissements pour les employés
des Postes et une autre pour M. Rowland
HiU... »
« La presse n'avait pas été moindre dans
toutes les maisons où il y avait une boîte
aux lettres, soit à Londres, soit dans tout
le royaume. Un receveur de la capitale
avait déclaré que, si le nouveau système de-
vait durer, il ne voudrait pas conserver ses
fonctions pour 200 livres par an. C'est
qu'autrefois sa recette moyenne était de
quatre-vingts lettres , et qu'elle s'élevait
maintenant à plus de trois mille. Le pre-
mier jour, la foule des porteurs de lettres
avait mis en fuite tous ses clients, et il n'a-
vait pas vendu pour un sou. On pouvait fa-
cilement conclure de ces faits que les petits
boutiquiers ne pourraient plus joindre à
leur commerce l'industrie annexe qui con-
sistait à recevoir les lettres de leur quartier.
Quelques-uns de ces receveurs mixtes ne
tardèrent pas à donner leur démission ; c'é-
tait une conséquence naturelle du régime
nouveau. »
VI
Tout en procédant aux préparatifs de l'é-
mission, le gouvernement s'efforçait d'agir
sur l'opinion en publiant, ou en faisant pu-
blier, diverses notes favorables au système
des timbres. Déjà, M. Rowland Hill, dans
le mémoire que nous avons mentionné,
avait traité à fond la question. Il avait dé-
montré que l'emploi des timbres coûterait
moins de i/ 60^ de penny par lettre, tandis
que le payement fait par le destinataire en-
traînait une dépense six fois plus grande,
environ i/io® de penny ; et cet abaissement
de prix pour l'administration n'était pas, à
-_ yX —
beaucoup près, le seul avantage qui devait
résulter de l'émission.
Tout semblait concourir à préconiser
l'usage des timbres et à prouver la supério-
rité de ce procédé sur le système du paye-
ment ordinaire. La commission parlemen-
taire d'enquête sur le revenu avait cons-
taté la fréquence des erreurs dans les
comptes présentés par les bureaux de Poste;
elle avait reconnu de plus que le contrôle
de ces comptes était à peu près illusoire.
Dans son rapport, elle déclarait que les
chiffres fournis par les bureaux des villes
les plus importantes après Londres, telles
que Birmingham, Brighton, Exeter, Ply-
mouth, HuU et Liverpool, ne s'accordaient
nullement avec les chiffres de l'administra-
tion centrale. De ce désaccord, il était logi-^
que de conclure que la fraude à l'état per-
manent , la fraude organisée entre divers
établissements postaux, sur un grand nom-
bre de points du territoire , pouvait avoir
lieu impunément. La commission imagi-
— 72 —
nait l'hypothèse de deux receveurs, faisant
une alliance offensive et défensive au préju-
dice de la Trésorerie et certifiant eux-mêmes
l'exactitude de leurs comptes. Le rapport
aboutissait à cette triste vérité : « que le
montant du produit des Postes, pour un
temps donné, ne pouvait jamais être connu
avec certitude. »
L'emploi des timbres-poste faisait dispa-
raître du premier coup ce grave inconvé-
nient; l'administration , en appliquant le
nouveau système, n'avait plus qu'à se re-
porter aux chiffres de ses émissions et de ses
ventes, pour supputer ses revenus. Avec les
timbres, plus de temps perdu pour la recette
du montant des taxes ou pour l'affranchis-
sement : tous les citoyens, riches et pauvres,
pouvaient, à leur gré, faire provision de
timbres, ou acheter au fur et à mesure ceux
dont ils avaient besoin. M. Rowland Hill
supposait que, dans la première année, si un
déficit se produisait, il devait être plus que
compensé par le produit des timbres vendus
-73 -
aux personnes qui feraient des approvision-
nements. Ajoutez à cet avantage la possibilité
d'user des timbres, comme d'une nouvelle
monnaie courante, pour de petites sommes.
Une feuille de timbres valant 19 shillings
ou une livre, on conçoit facilement que,
par l'ablation successive de 2, 3, 4, etc.,
timbres, on réduit d'autant la valeur mo-
nétaire de cette feuille, qui, ainsi, peut, se-
lon la volonté du porteur, représenter tour
à tour telle ou telle somme, à partir et au-
dessous d'une livre. Pour les abonnements
aux journaux, pour les commandes ou les
emplettes d'un chiffre minime, rien n'était
plus commode que ce nouveau papier-mon-
naie, dont la soustraction n'offrait pas, d'ail-
leurs, aux malfaiteurs le même appât que
les espèces métalliques ou les bank-notes.
En ce qui concernait l'usage des couver-
tures, un éditeur connu par ses nombreuses
publications, M. Parker, avait indiqué à la
Commission d'enquête le moyen d'employer
cette catégorie de timbres comme avis de
II. 5
— 74 —
commerce. Ce moyen consistait, pour cha-
que négociant, à faire imprimer sur ia face
interne de la couverture la nomenclature de
ses produits et son adresse. La couverture
devenait ainsi une annonce véritable que les
correspondants du négociant auraient reçue
par la Poste, et qu'ils auraient renvoyée à
l'expéditeurj après avoir mentionné, en
regard de chaque article, la quantité qu'ils
voudraient recevoir.
VII
Une autre question très-grave, celle de la
falsification des timbres, avait éveillé la sol-
licitude des Lords de la Trésorerie, et les
publicistes n'avaient pas manqué de saisir
ce nouveau thème, pour disserter en faveur
de la loi ou contre elle. Le gouvernement
récompensa l'auteur d'un mémoire où le
sujet de la falsification était traité ex pro-
fessa, et qui, dès son apparition, avait fait
une certaine sensation dans le public. Le
rédacteur de ce mémoire commençait par
poser en principe, avec toute l'autorité du
bon sens, que, forcément, les contrefaçons
en matière de timbres=poste seraient infini- ^
- 76 -
ment plus rares que celles en matière de
batik-notes. La raison de ce fait était, sui-
vant lui, bien facile à concevoir : c'est que
le contrefacteur des timbres s'expose , en
vue d'un profit presque nul, à une punition
certaine. D'une part, en effet, le décompte
moyen des frais de fabrication faisait res-
sortir à 2 shillings par livre le plus gros
bénéfice qu'un faussaire pût espérer , et ,
d'autre part , l'autorité était toujours à
même de découvrir l'auteur d'un faux tim-
bre, dût-elle, pour commencer ses inves-
tigations, s'adresser d'abord au destina-
taire de la lettre. Pour ne parler que des
couvertures timbrées, la modicité du prix,
auquel l'administration pouvait les livrer
en gros aux acheteurs, semblait rendre
impossible toute falsification. Les demi-
feuilles de papier qui , timbres compris ,
devaient coûter à l'État un penny chacune,
pouvaient être fournies au public à rai-
son de i6 pence pour i5, y compris les
i5 timbres. En admettant que les contre-
— 77 —
facteurs de timbres vendissent leurs pro-
duits d'après le taux adopté par les contre-
facteurs de bank- notes , c'est-à-dire au
dixième du prix des valeurs contrefaites ,
ils eussent été obligés de livrer dix timbres
pour un penny. C'était là un chiffre qui,
non-seulement ne leur donnait aucun béné-
fice, mais les constituait même en perte sur
les dépenses de fabrication.
La contrefaçon, pour avoir un résultat ap-
préciable, ne pouvait donc être tentée que par
de riches entrepreneurs, circonstance dont
l'improbabilité raréfiait encore les chances
d'une falsification. L'auteur ajoutait que les
timbres devaient être fabriqués à la méca-
nique par le contrefacteur, si celui-ci vou-
lait réaliser un profit, même médiocre. Or,
pour se procurer les appareils nécessaires à
la fabrication de l'une des catégories de
timbres, le faussaire eût été obligé de dé-
bourser une somme dont l'importance n'eût
été nullement en rapport avec les avances
que pouvaient faire les délinquants isolés.
-78 "
Restait l'hypothèse d'une coalition cou-
pable formée entre de riches fabricants, des
imprimeurs 5 des graveurs et des mécani-
cienSj pour exploiter la falsification sur
une grande échelle, et Jeter dans la circu-
lation une innombrable quantité de tim=
bres faux, vendus à vil prix. Mais, cette
hypothèse eût-elle dû, par impossible, se
transformer en réalité , une seule fois ,
l'exemple ainsi donné n'aurait pas été suivi
par d'autres falsificateurs > car il n'eût été
que trop aisé à l'administration d'atteindre
les auteurs et les complices du délit, comme
aussi d'empêcher qu'il ne se reproduisît.
Ce n'est pas tout, en effet, pour un faussaire
ou pour une réunion de faussaires d'avoir
fabriqué de faux timbres : il faut les écouler,
il faut, suivant l'expression commerciale, les
placer. Ici, le danger commence, danger
d'autant plus grand qu'il est à peu près iné-
vitable : car la mise en circulation d'un tim-
bre et celle d'une bank-note ne se ressem-
blent en aucune façon. Une bank-note, à
~ 79 —
raison de la valeur qu'on lui attribue, peut
être échangée à l'infini, et revenir dans les
mêmes mains d'où elle est sortie pour la
première fois ; elle peut être reçue d'une
personne étrangère , et , par conséquent ,
celui qui la reçoit ainsi est fondé à exciper
de sa bonne foi, surprise par un faussaire.
Les choses ne se passent pas de même
pour les timbres. Chacun d'eux est fabriqué
pour être employé une seule fois ; ensuite,
il est annulé. A cette époque, on ne pouvait
prévoir qu'il surgirait en chaque pays des
collectionneurs dont les achats donneraient
aux timbres oblitérés une valeur posthume,
et encourageraient indirectem.ent, par suite,
une contrefaçon en sous-ordre. Admettez,
d'ailleurs, qu'un débitant de faux timbres
trouve un ou plusieurs acquéreurs : ceux-ci
se hâtent naturellement d'utiliser leur em-
plette et d'appliquer sur leurs correspon-
dances les timbres qu'ils ont achetés. Ces
correspondances arrivent à la Poste ; là ,
elles subissent deux contrôles successifs ,
— «o —
celui du chef de bureau et celui d'un fac-
teur distributeur. Il est difficile de croire
que la fausseté d'un timbre employé puisse
échapper à cette double inspection, et si,
par extraordinaire, la pièce falsifiée pouvait
passer une ou deux fois, à la troisième, on
découvrirait la fraude. Il n'est pas besoin
d'entrer dans des explications bien longues
ni bien détaillées pour démontrer la facilité
de la découverte en matière de pareils dé-
lits.
A Fappui de cette vérité, on a assimilé,
par la pensée, la contrefaçon des timbres à
celle des bank-notes de cinq livres, et voici
pourquoi : l'usage de l'endossement, pour
cette catégorie de bank-notes, s'était intro-
duit dans la société anglaise ; tout porteur
d'un billet de cinq livres, avant d'en trans-
férer la propriété à une autre personne,
écrivait sur le revers du titre son nom et
son adresse. Ce procédé si simple coupait
court à la falsification : quel contrefacteur
eût été assez naïf pour se dénoncer lui-
— 8i —
même ? On rencontrait donc fort peu de
bank-notes de cinq livres qui fussent faus-
ses, tandis que la catégorie des billets de
cinq livres, pour lesquels l'habitude de l'en-
dossement n'avait pas été prise, était très-
souvent exploitée par la contrefaçon.
La statistique criminelle de la Grande-Bre-
tagne a fourni à cet égard de précieux rensei-
gnements. Pendant une période de huit an-
nées (1829 à iSSy) le nombre de bank-notes
de cinq livres et au-dessus, reconnues fausses,
ne s'était pas élevé à plus de 2,873, c'est-à-
dire à 36i par année, en moyenne. La con-
trefaçon des timbres-poste présentant des
dangers plus grands et une chance de gain
beaucoup plus douteuse que la fabrication
des fausses bank-notes de cinq livres et au-
dessus, il était permis de conclure à fortiori
que la quantité des timbres-poste falsifiés
ne dépasserait pas le chiffre ci-dessus men-
tionné dans le même espace de temps.
VIII
Les projets soumis à la Trésorerie, pour
l'exécution matérielle de la loi, étaient, pa-
raît-il, au nombre de six cents, et deux mois
tout entiers se passèrent à les examiner. Il
fallait, en outre, faire fabriquer des machi-
nes, commander des dessins, les livrer à la
gravure, essayer diverses sortes de papier,
et enfin (car c'était là un des points les
plus essentiels) assurer la production journa-
lière d'un million d'épreuves ou environ.
Ces préparatifs eurent pour résultat prin-
cipal l'éclosion d'une idée à la fois artistique
et économique, qui n'a pas jusqu'ici reçu
l'application qu'elle méritait, mais dont le
«- 83 —
principe ne reste pas moins aussi ingénieux
que fécond. Il s'agissait de faire appel aux
peintres, aux sculpteurs et aux graveurs les
plus éminents, pour les inviter à créer un
dessin qui , formant la vignette du timbre,
serait dès lors reproduit à l'infini, et déve-
lopperait dans toutes les classes le sens es-
thétique du beau, en habituant les yeux du
citoyen, même le plus pauvre et le plus il-
lettré, à se fixer sur un dessin qui rappelle»
rait les chefs-d'œuvre de l'art. Le beau ser-
vant ainsi d'auxiliaire à l'utile, la réforme
s'élevait véritablement à la hauteur d'un
changement social, et le progrès économi-
que se renforçait du progrès intellectuel. En
outre, — et ce détail accessoire avait bien
aussi son importance, — plus remarquable
serait le dessin agréé, plus son exécution of-
frirait de fini, plus difficile à opérer serait
en même temps la contrefaçon.
Les compositions offertes au gouverne-
ment furent relativement peu nombreuses.
Un sculpteur, M. Sievier, un graveur,
-84-
M. Cheverton , et deux autres artistes ,
MM. Whiting et Wyon, présentèrent di-
vers projets de vignette qui, malgré les qua-
lités relatives par lesquelles ils se recom-
mandaient, restèrent classés au second rang.
Un seul dessin fixa tous les suffrages ; il
était signé d'un nom illustre, celui de Mul-
ready, le Meissonier anglais , l'auteur du
Loup et de V Agneau , d'une Après-dînée
che\ Samuel Johnson^ du Jeu des cerises et
de tant d'autres merveilleuses petites toiles.
Mulready, qui, depuis, est mort presque
nonagénaire, avait composé comme vignette
de timbre une vaste scène allégorique se dé-
ployant sur une surface, certes bien exiguë,
puisqu'elle était de plus petite dimension
qu'une demi-page de papier à lettre. Le cen-
tre de la composition, au deuxième ou troi-
sième plan, est occupé par une femme assise
sur un trône et personnifiant l'Angleterre.
Cette femme, vêtue d'une tunique, et drapée
dans un péplum, est cuirassée et casquée ;
elle étend à droite et à gauche ses bras nus.
— 85 —
L'écusson de la Grande-Bretagne est placé
devant ses pieds, et un peu plus loin que l'é-
cusson, en s'avançant vers le spectateur, se
dresse un rocher, de forme cylindrique, sur
lequel est couché, dans une fière et calme at-
titude, le lion britannique. Quatre messa-
gers, nus et ailés, tels qu'on représente les
anges dans les tableaux de sainteté, s'élan-
cent deux à deux, dans les airs, de chaque
côté de la figure principale, qui semble leur
donner le signal du départ. Sur l'arrière-
plan, on aperçoit des vaisseaux à l'ancre,
dans une rade entourée de falaises, et un La-
pon conduisant un renne attelé à un traî-
neau. A droite du lion, un groupe de sa-
chems indiens serrent la main, en signe
d'alliance, à William Penn et aux autres
membres de la Société des Amis, très re-
connaissables à leurs longues lévites et à
leurs vastes chapeaux. Un cocotier abrite
sous son épais feuillage cette scène de fra-
ternisation entre l'ancien et le nouveau
monde ; des femmes indiennes, des squajps,
— 86 —
adossées à l'arbre, portent dans leurs bras et
allaitent leurs nourrissons; quelques pas
plus loiuj des nègres attachés à la glèbe d'une
plantation exécutent les ordres que leur
donne , d'un geste impératif, un colon de
haute taille, et s'escriment à grand renfort
de clous et de marteaux sur des barriques de
sucre prêtes à être arrimées. Après l'Occi-
dent, l'Orient. La travée du côté gauche est
un spécimen en miniature de l'Egypte, de
l'Inde et de la Chine : un écrivain entur-
banné, un khodjâh-effendi, assis sur le talus
d'un chemin , rédige une facture de com=
merce sous la dictée d'un autre musulman;
de robustes hammals, courbant le dos, re-
çoivent sur leurs épaules les colis que leur
lancent à la volée les conducteurs d'élé-
phants et de chameaux ; enfin, des Chinois,
en robe de satin ramage, balayant la pous-
sière du quai avec leurs longues queues de
cheveux, nattées et nouées de rubans, font
le dénombrement de leurs caisses de thé et
d'épices. Les deux coulisses du premier pian
-.87-
sont remplies par les groupes suivants : à
gauche, une femme qui joint les mains et
lève les yeux au ciel, pendant que son fils
lui fait la lecture d'une lettre ; à droite, une
autre femme, mais un peu plus jeune, qui
lit une correspondance. Sa fille aînée lit en
même temps qu'elle et tient l'un des coins
du papier, tandis que la plus jeune, une en-
fant de six à sept ans, tend les deux mains à
sa mère, pour que celle-ci lui communique
à son tour la précieuse feuille.
Tel est l'aspect dé cette intéressante com-
position, dont l'exécution fut confiée au
graveur Thompson , mais qui ne fut d'ail-
leurs employée comme timbre que pendant
très-peu de temps. On adopta comme type
définitif l'effigie royale^ telle que la portaient
les monnaies, et ce procédé, suivi depuis par
la plupart des Etats monarchiques, le Dane-
mark et quelques gouvernements allemands
exceptés, a définitivement prévalu en Angle-
terre,
#»
CHAPITRE IV
ADOPTION DU TIMBRE-POSTE EN FRANCE
L Adoption tardive du Timbre-Poste en France :
Décret de 1848 (24 août). Avis donné par le Mo-
niteur universel. — II. Défiances du début. Dan-
gers de la distribution des lettres sans taxe à recou-
vrer. — III. Premières falsifications. Leur insuccès.
Loi répressive du 16 octobre 1849. — ^^- Le
timbre de 20 centimes porté à 25 centimes. Avis
de l'administration en date du 25 juin 1850. —
V. Conséquences de l'augmentation du nombre
des lettres. Instruction générale de 1868.
ON a souvent raillé la France sur les dif-
ficultés qu'on ne manque jamais d'op-
poser chez elle à toutes les réformes utiles.
La lenteur avec laquelle eut lieu, dans nO"
tre patrie, l'introduction des timbres-poste,
prouve combien ce reproche est fondé. Il
fallut que, pendant neuf années consécuti-
ves, nous eussions sous les yeux l'expérience
faite par nos voisins d'outre-Manche, ainsi
que les excellents résultats obtenus, avant
que notre pays se décidât à suivre un si bon
exemple : encore l'opinion publique et l'ac-
tion gouvernementale durent-elles être for-
— 92 —
tement aiguillonnées par quelques écono-
mistes, comme M. de Saint- Priest et M. de
Girardin, qui, s'étant mis parfaitement au
courant de la question postale, surveillaient
avec le plus vif intérêt les progrès accom-
plis par la réforme de l'autre côté du dé-
troit, et ne cessaient de prêcher sur ce point
l'imitation anglaise. Ce ne fut qu'en 1848,
dans les premiers mois -qui suivirent les
journées de Juin, que l'Assemblée nationale
vota, sur la proposition de M. de Saint-Priest,
un décret relatif à la taxe des lettres, — dé-
cret dont l'article 5 est ainsi conçu :
« L'Administration des Postes est auto-
risée à faire vendre, aux prix de 20 centimes,
40 centimes et i franc, des timbres ou ca-
chets, dont l'apposition sur une lettre ser-
vira pour l'affranchissement. »
La loi des 24-30 août 1848, dont nous
avons reproduit plus haut les dispositions,
était exécutoire à partir du 1°'' janvier 1849,
et, dès le 4 du même mois , nous trouvons
dans le Moniteur universel, journal officiel
, - 93 -
de la deuxième République française, l'avis
suivant :
« La nouvelle loi sur le port des lettres à
20 centimes fonctionne depuis avant-hier.
Un grand nombre de lettres reçues des dé-
partements à Paris portent la petite vignette
carrée, figure de l'affranchissement. Cette
vignette est à Vefjigie de la République, se
détachant en blanc sur fond noir. La poste
frappe cette vignette d'un timbre avant la
distribution, pour que l'on n'ait pas même
la tentation de s'en servir une seconde fois.
« En Angleterre, le port a été abaissé à
10 centimes. L'affranchissement est devenu
en quelque sorte obligatoire, puisque la
lettre non affranchie est bien remise au des-
tinataire, mais frappée d'un double port.
Les timbres d'affranchissement sont devenus
en quelque sorte une monnaie courante.
On en porte sur soi, et pas un marchand
ne les refuse comme appoint, puisqu'il en a
un emploi immédiat pour sa correspon-
dance. »
— 94 — '
Un autre avis , directement émané de
l'Administration des Postes, et portant la
date du 14 janvier 1849, informait le public
que les lettres à destination des pays étran-
gers ne devaient pas être affranchies au
moyen de timbres-poste, l'affranchissement
de ces lettres devant, le cas échéant, être fait
dans les bureaux de Poste. L'administra-
tion ajoutait que les lettres en provenance
ou à destination des colonies françaises ne
supportaient, pour leur parcours en France
(lorsqu'elles étaient transportées par les bâ-
timents de commerce), que la taxe fixe de
20 centimes, établie par le décret du 24 août
1848, plus le décime pour voie de mer.
« Ces lettres, disait l'avis, ne peuvent être
affranchies au moyen de timbres-poste. »
II
La défiance avec laquelle les innovations
sont accueillies par la nation française, que
pourtant l'on accuse si souvent de mobilité,
rendit, pendant les premières semaines de
l'apparition des timbres^ la vente plus diffi-
cile et plus lente qu'elle n'aurait dû l'être.
Pour stimuler le zèle des acheteurs, l'Admi-
nistration crut devoir faire un appel direct
au public et plaider la cause de l'affranchis-
sement par l'envoyeur. A l'appui des obser-
vations qu'elle présentait sur les avantages
du nouveau système, elle invoquait de nou-
veau l'exemple de l'Angleterre, et se plai-
gnait de ce qu'on imputait mal à propos,
- 96 -
aux agents des Postes, des retards ou des
irrégularités de remise, dont la responsabi-
lité incombait exclusivement « aux concier-
ges », cette classe parisienne qui est l'inter-
médiaire forcé, et, souvent peu obligeant,
entre les facteurs postaux et les destinataires
des lettres :
«... L'usage d'affranchir les lettres, si ré-
pandu dans d'autres pays, et particulière-
ment en Angleterre, rencontre en France
des résistances que le public et l'Adminis-
tration auraient également avantage à faire
disparaître... On s'imagine que les lettres
affranchies sont distribuées avec moins
d'exactitude que celles dont la taxe doit être
recouvrée sur les destinataires. C'est une
erreur qu'on ne saurait trop s'attacher à
combattre. L'Administration des Postes ne
cesse de veiller à ce que le service de ses fac-
teurs soit exécuté dans toutes ses parties,
avec une égale ponctualité, et la responsa-
bilité de ses agents est soumise à un con-
trôle trop attentif pour qu'ils puissent impu-
~- 97 —
nément s'écarter de leurs devoirs... Dans
les grandes villes et surtout à Paris, les
lettres sont généralement déposées entre les
mains des portiers. Là s'arrêtent toute action
et toute surveillance de la part de l'Admi-
nistration. Or, il peut arriver que les lettres
affranchies, ainsi livrées à des dépositaires
indifférents, soient remises aux destinataires
avec moins d'empressement que lorsque les
portiers ont à se récupérer du montant des
taxes avancées par eux aux facteurs. Pour
prévenir les abus de cette nature, TAdminis-
tration des Postes croit qu'il serait utile que
les propriétaires fissent disposer dans les
loges des portiers, comme cela a déjà lieu
dans beaucoup de maisons bien tenues, un
casier dont chaque locataire aurait un com-
partiment étiqueté à son nom. Les facteurs
répartiraient eux-mêmes dans chaque case
les lettres dont ils seraient porteurs, et ces
lettres ne passeraient plus ainsi par des in-
termédiaires, dont la négligence cesserait
d'être à redouter... »
ir. é
ill
A peine la réforme commençait-elle à s'é-
tablir en France que la falsification essaya
de s'attaquer aux timbres-poste. Nous avons
exposé avec détail, en ce qui concerne l'An-
gleterre, les raisons qui devaient, sinon
annihiler tout à fait, du moins rendre aussi
rares que stériles les tentatives coupables
faites dans ce sens. Les faussaires français
ne furent ni plus heureux ni plus nombreux
que les faussaires anglais. Le fait divers
publié à ce sujet par le Moniteur du 4 mars
1849 T^^^à. témoignage de leur insuccès :
a Plusieurs journaux ont répété que des
timbres-poste avaient été saisis et déférés au
Procureur de la République, à Paris; il est
bon que le public soit rassuré à ce sujet,
« Le petit nombre des faux timbres mis
en circulation sont maintenant sous la main
de la justice, et, à la connaissance de l'Ad-
ministration, il n'en existe plus aujourd'hui
un seul en circulation,
a Les timbres dont on a parlé offraient
d'ailleurs si peu de ressemblance avec le
type original que, tout d'abord, les employés
des Postes ont pu les distinguer facilement
des timbres véritables. »
Après les contrefaçons, vinrent les lavages
et l'emploi de timbres ayant déjà servi . La
constatation de ce dernier délit donna lieu à
la présentation d'une loi répressive, à la date
du i6 octobre 1849, ^^ promulguée le 21 du
même mois. En voici les dispositions :
et Article unique. — Quiconque aura
sciemment fait usage d'un timbre -poste
ayant déjà servi à l'affranchissement d'une
lettre sera puni d'une amende de 5o fr. à
1,000 fr.
— 100 —
« En cas de récidive, la peine sera d'un
emprisonnement de cinq jours à un mois, et
l'amende sera doublée.
« Sera punie des mêmes peines, suivant
les distinctions ci-dessus établies, la vente
ou tentative de vente d'un timbre- poste
ayant déjà servi.
ce L'article 463 du Code pénal sera appli-
cable dans les divers cas prévus par le pré-
sent article de loi. »
IV
La statistique des produits de la vente des
timbres-poste, pendant l'année 1849, dé-
montra à l'Administration la nécessité d'une
augmentation de prix, pour les timbres à
20 centimes. A l'occasion de la loi de finan-
ces, présentée à l'Assemblée, durant la ses-
sion de i85o, une demande spéciale fut for-
mulée dans ce sens par le Gouvernement,
et les deux articles suivants furent ajoutés
à la loi (18 mai i85o) :
« Article i3. — A partir du i" juillet
i85o, la taxe établie par le décret du 24 août
1848 sera portée à 25 centimes pour toute
5.
— 102 —
lettre du poids de 7 grammes et demi, et
n'excédant pas i5 grammes....
« Article i5. — Les prix de 20 et 40 cen-
times fixés par l'article 5 du décret du
24 août 1848, pour la vente des timbres ou
cachets destinés à l'affranchissement des let-
tres, seront de 2 5 et de 5 o centimes, à partir
de la même date. Le Ministre des Finances
est autorisé à émettre et à faire circuler des
timbres-poste, au-dessous de 2 5 centimes,
pour l'affranchissement des correspondan-
ces. »
Un mois après la promulgation de cette
loi qui, comme on vient de le voir, créait
différentes catégories de timbres, pour les
besoins du public, le Gouvernement publia
successivement deux avis dans lesquels il
rendait compte des mesures qu'il avait
prises et des diligences qu'il avait faites ,
ann d'assurer l'exécution du nouveau dé-
cret. Citons le texte de ces deux avis :
(16 juin i85o). « La nouvelle loi postale
votée par l'Assemblée législative, le 18 mai
— ïo3 —
dernier, est exécutoire à compter du i" juil-
let prochain. Il était donc de la plus grande
importance pour l'Administration des Fi-
nances de mettre à la disposition du public
pour cette époque, des timbres, et, particu-
lièrement , ceux destinés à l'affranchisse-
ment des lettres, dans toute la France et
l'Algérie, La commission des monnaies a
confié la reproduction de ces timbres à
M. Hulot, graveur adjoint des monnaies,
et, en moins de i5 jours, cet artiste a su re-
produire et mettre en planches 3oo figu-
rines de ces nouveaux timbres.
« Déjà le tirage a commencé, et avant la
fin de ce mois, l'Administration des Postes
aura pu répartir dans tous ses bureaux ,
3 à 4 millions de timbres à 25 centimes.
« La même activité présidera à la repro-
duction des timbres à i5 et à lô centimes,
dont l'émission aura lieu à la fin du mois de .
juillet i85o. »
(25 juin i85o). — - Administration géné-
rale des Postes. « Les timbres-poste ou
— 104 —
figurines vendus par l'Administration des
Postes, pour l'affranchissement des lettres,
représenteront cinq valeurs différentes :
1° Timbres-poste à lo c.,en couleur bistre;
2° » i5 » verte;
3° » 25 » bleue;
4" » 40 » orange ;
5° » I franc, » rouge.
« Le public sera libre de combiner,
comme il voudra, l'emploi des figurines.
L'affranchissement sera valable, toutes les
fois que les timbres-poste employés repré-
senteront une valeur au moins équivalente
à la taxe due. Aucun remboursement ne
pourra être exigé, pour ce qui dépasserait
cette valeur. Si la lettre à destination d'un
bureau français porte un timbre d'affran-
chissement d'une valeur insuffisante, le sur-
plus de la taxe légale sera acquitté par le
destinataire
« .... Les particuliers qui auraient encore
en leur possession des timbres-poste à
'— io5 —
20 centimes, après le i" Juillet, pourront
les échanger comme argent dans les bu-
reaux de Poste, si ces timbres sont parfaite-
ment intacts. »
L'augmentation énorme de lettres à expé-
dier que la réforme postale ne tarda pas à
produire en France, et l'accroissement de
recettes qui en résulta, quand un temps suf-
fisant se fut écoulé pour que l'application
du nouveau système eût pris une assiette
régulière, déterminèrent l'Administration à
consentir des abaissements de tarifs, et le
premier pas fait dans cette voie eut lieu en
faveur de la capitale. Un décret impérial en
date du 7 mai i853 décida « qu'à dater du
i" juillet i853, la taxe des lettres de Paris
pour Paris serait réduite de 5 centimes pour
les lettres affranchies. » L'avis officiel pu-
— 107 —
blié dans le Moniteur , pour annoncer la
mise à exécution de cette loi, informait le
public qu'il trouverait dorénavant des tim-
bres-poste, non-seulement dans les bureaux
de Poste et chez tous les boîtiers et débi-
tants de tabac, mais encore chez les détail-
lants vendeurs de cartes à jouer. L'avis
ajoutait que tout facteur-distributeur avait
sa boîte munie d'un assortiment complet
de timbres, pour approvisionner au besoin
les personnes de sa clientèle qui lui en fe-
raient la demande.
U Instruction générale sur le service des
Postes, publiée par ordre du Gouvernement
en juillet 1868, et dont nous avons donné
l'analyse, dans notre premier volume, con=
tient à ce sujet les dispositions suivantes i
a I 25o. — Les timbres-poste doivent être
appliqués , autant que possible , à l'angle
droit supérieur de la suscription des objets
affranchis.
« Ils doivent être appliqués sur la bande
libre de papier ou de parchemin qui est at-
— io8 —
tachée à certains échantillons de consistance
peu résistante. »
« I 257. — Les timbres-poste mis en cir-
culation pour l'affranchissement des corres-
pondances représentent des valeurs de un,
deux, quatre, cinq, dix, vingt, trente, qua-
rante, quatre-vingts centimes et cinq francs,
distinguées chacune par une couleur parti-
culière. »
« § 259. — Il est accordé à tous les agents
préposés à la vente des timbres-poste et à
toutes les personnes munies d'une autorisa-
tion spéciale une remise de i p. 100 sur le
montant brut de ces timbres, à la charge
d'en payer comptant la valeur au Trésor.
Les receveurs et distributeurs des Postes,
seuls, sont dispensés de faire l'avance de la
valeur des timbres-poste.
« I 260. — Les timbres-poste sont dé-
posés à l'Administration centrale à Paris,
entre les mains d'un garde-magasin, chargé
d'en approvisionner les receveurs. »
« I 271. — Les receveurs des Postes four-
— 109 —
nissent à toutes les personnes désignées dans
l'art. 258, et ayant leur résidence dans la
circonscription postale de leur bureau, la
quantité de timbres-poste nécessaire pour
que chacune d'elles soit en mesure de satis-
faire aux demandes des particuliers. »
(( I 274. — Le minimum de l'approvi-
sionnement des divers préposés autres que
les distributeurs, concourant à la vente des
timbres-poste, est ainsi fixé :
a Entreposeurs en gare et facteurs de
ville, 10 fr.
« Autres facteurs et gardiens d'en-
trepôt, 5
« Débitants de tabac des villes et
bourgs de 1,000 âmes et au-dessus, 10 fr.
« Débitants de tabac de toute autre
localité, 5
« Particuliers autorisés... suivant
les besoins de la vente. »
La loi des finances de 1871 a élevé le prix
des timbres, pour l'affranchissement d'une
lettre simple : 1° dans la même localité, à
II. 7
IIO
i5 centimes au lieu de lo; 2° d'une localité
de l'intérieur à une autre localité, à 25 cen-
times au lieu de 20.
CHAPITRE V
LA FABRICATION DES TIMBRES-POSTE
EN FRANCE
I. Mesures prises pour k fabrication des Timbres-
Poste. Tâtonnements. M. Hulot. Merveilleuse ra-
pidité d'exécution. — II. Adoption du type proposé
par M. Barre au comité des graveurs de la Mon-
naie. — III . La fabrication des Timbres est d'abord
mise en régie : Détails d'exécution. — IV. Loi du
IS Mai 1850; rapport sur les frais de fabrication.
— V. L'entreprise substituée à la régie : Mi Hu-
lot, entrepreneur. — VI. Proposition de concur-
rence : rapport de M. Dumas, — VIL Les ate-
liers de Mi Huloti — VIIL Développement prodi-
gieux de la fabrication des Timbres depuis 1849.
'histoire de la fabrication des timbres-
poste commence quelques mois après la
promulgation de la loi, aux termes de la-
quelle l'Administration des Postes a été au-
torisée, dès le 24 août 1848, h faire vendre
des timbres ou cachets destinés à opérer
l'affranchissement des lettres.
Le gouvernement de la République décré-
tait l'uniformité de la taxe, et confiait au
Ministère des Finances le soin de l'exécu-
tion pratique.
La mesure avait été peut-être prise un
peu hâtivement, et quand il fallut la mettre
à exécution , on s'aperçut qu'il restait à
— 114 —
peine un délai de trois mois pour assurer
la fabrication des timbres-poste dont il
était indispensable d'approvisionner préa-
lablement tous les établissements de Poste
français.
Dans cette situation, on songea à recourir
à l'industrie privée , et on s'adressa à un
imprimeur anglais, M. Perkins, en lui de-
mandant à quel prix et dans quel délai il
s'engagerait à fournir la quantité de figu-
rines reconnue rigoureusement nécessaire.
M, Perkins demanda six mois pour livrer
des timbres-poste, à raison de i franc la
feuille de 340 timbres.
C'était un prix fort élevé , et le terme
demandé dépassait en outre de beaucoup le
délai fixé pour la mise à exécution de la loi.
La négociation fut rompue, et l'Adminis-
tration s'adressa à l'industrie française.
C'est peut-être par là que l'on aurait dû
commencer, mais l'usage des timbres-poste
était déjà vulgarisé par toute l'Angleterre,
et l'on pensait sans doute trouver plus rapi-
— ii5 —
' dément de l'autre côté du détroit des moyens
de fabrication, en même temps qu'une éco-
nomie dans les prix.
Il y avait alors à la Monnaie de Paris un
graveur, M. Hulot, dont la Banque de
France avait requis les services, dans les
circonstances suivantes :
Après la révolution de Février, dans un
moment où le numéraire était excessive-
ment rare, le Ministre des Finances avait
demandé à la Banque de France l'émission
d'un grand nombre de petites coupures de
billets.
Mais la Banque de France ne pouvait
satisfaire à cette demande , n'ayant qu'un
seul type pour l'impression des billets de
200 fr., et n'en possédant aucun pour des
coupures inférieures.
Or il est établi qu'une planche où type de
billets de banque, qui revient à 25,ooo fr. ,
demande ordinairement de dix-huit mois à
deux ans de travail (L. Figuier).
Dans cette occurrence, on eut recours à
— 1 16 —
M. Hulot, et en deux mois, à l'aide de ses
procédés personnels de galvanoplastie , il
parvint à graver et à multiplier le billet
actuel de loo francs.
Le souvenir encore récent de cette opéra-
tion engagea le Gouvernement de la Répu-
blique à charger M. Hulot de la fabrication
des timbres-poste, et, bien qu'on eût perdu
déjà un temps précieux en négociations de-
meurées stériles, et que l'on pût craindre
des retards nouveaux, huit jours avant le
i" janvier 1849, époque à laquelle la loi
était exécutoire, tous les bureaux de Poste
de France se trouvaient pourvus de timbres,
et il en restait en dépôt entre les mains de
l'Administration un approvisionnement de
8 à 10 millions.
Telle est, en quelques mots, l'origine de
la fabrication des timbres-poste ; tels sont
les motifs qui ont engagé alors à confier à
M. Hulot le soin de cette fabrication.
Toutefois il importe d'ajouter qu'à cette
époque (1849), et jusqu'au mois d'avril
™- 117 —
i85i, le service demeura institué en régie,
c'est-à-dire, que les dépenses auxquelles la
fabrication donnait lieu étaient payées au
moyen d'avances faites à un agent d'éco-
nomat appartenant à l'Administration des
Postes; sur ces avances, l'agent dont il
s'agit payait chaque mois à M. Hulot le sa-
laire de ses ouvriers, le prix du papier em-
ployé, ainsi que celui des tirages effectués ;
en d'autres termes, tous les frais résultant
de la dite fabrication.
II
Le poinçon auquel avait été appliquée
l'expérience galvanoplastique était l'œuvre
du graveur-général des Monnaies de Paris,
M. Barre, qui, par ses travaux conscien»
cieux et ses longs services, s'était acquis,
dans cette spécialité, une réputation presque
européenne.
Le II septembre 1848, au cours de la
séance tenue à l'Hôtel-des-Monnaies, par le
comité consultatif des graveurs, dont fai-
saient partie MM. Pelouze, Président de la
commission des Monnaies ; Marcotte, com-
missaire général; Petitot et Oudiné, gra-
veurs, M. Barre présenta, pour servir de
— 1 19 —
type aux timbres de 20 centimes, deux des-
sins préalablement soumis à M. le Ministre
des Finances.
Le premier de ces dessins figurait dans
un encadrement rond une tête de la Répu-
blique; au milieu de la partie supérieure de
la bordure était écrit le mot : Postes, et sur
la partie inférieure on lisait 20 centimes.
Le second dessin ressemblait en tout au
premier, sauf la forme de l'encadrement qui
était ovale dans celui-ci, tandis qu'il était
rond dans celui-là. Le comité donna la pré-
férence au premier dessin que M. Barre fut
chargé de graver.
III
A partir de cette époque jusqu'au 2 avril
i85i, la fabrication des timbres-poste fut
mise en régie , c'est-à-dire que toutes les
dépenses auxquelles elle donnait lieu : —
prix du papier, gommage, galvanoplastie,
tirage, salaire des ouvriers, étaient rembour-
sées, chaque mois, à M. Hulot par l'Admi-
nistration des Postes, au moyen d'avances
consenties par l'Etat.
Une correspondance officielle échangée
entre la commission des Monnaies et Mé-
dailles et le Ministère des Finances réglait,
d'ailleurs, dans les termes suivants les dé-
tails du service et les attributions respectives
des divers agents :
— Î2I —
« Le graveur général des Monnaies ,
« chargé de la confection du type original
« de chaque timbre, doit remettre ce type
a ou poinçon au graveur-adjoint, M. Huîot,
ce pour être multiplié par Félectro-chimie.
« Le poinçon ayant été ajusté dans un
« appareil spécial, le graveur-adjoint procède
« à la multiplication du poinçon au moyen
« d'un balancier. Il obtient ainsi 2,000 à
(( 2,400 matrices destinées à la confection
« des formes ou des planches,
«Les matrices, disposées par 3oo dans
« l'ordre que devront avoir les feuilles im-
« primées, sont placées dans les appareils où
« a lieu le dépôt galvanique du cuivre,
« Les planches jugées bonnes sont mon-
« tées informes et livrées à l'imprimeur.
« Après l'impression, les feuilles passent
« à l'atelier du gommage, puis séchées, puis
ce redressées sous la presse, puis enfin mises
« en paquets pour être livrées à l'Adminis-
» tration des Postes.
« La commission des Monnaies et Mé-
— 122 ~
« dailles, à laquelle appartient la surveii-
« lance de la fabrication^ a pour agents se-
« condaires : un contrôleur et un sous-con-
« trôleur, le premier recevant 3,500 fr. de
a traitement et le second, 2,000 fr.
<c Le contrôleur reçoit du graveur général
« le type du timbre; il l'enregistre et le dé-
« pose dans une armoire à deux clefs, dont
« l'une reste entre ses mains et l'autre entre
« les mains de l'adjoint, jusqu'à ce que les
a opérations de tirage et de galvanoplastie
« commencent.
« Il assiste au tirage des matrices par le
«balancier, en constate le nombre et en-
« ferme le type dans l'armoire à deux clefs,
« après le tirage. Si le tirage ne peut être
c( terminé dans une seule séance, les mêmes
« formalités se répètent jusqu'à terminai-
« son.
« Les matrices jugées défectueuses sont
« conservées par le contrôleur et représen-
« tées à la commission.
« Le contrôleur surveille la disposition
— 123 —
« des matrices par feuilles et constate le nom°
« bre des planches préparées.
« Il assiste à l'immersion des planches
« dans le bain galvanique et enregistre les
« résultats de l'opérationc
« Il est procédé, devant lui, à la sortie
« des planches du bain galvanique, et à leur
« ajustage sur des plates-formes particulières.
« C'est aussi en sa présence que l'adjoint
« remet àl'imprimeur les planches terminées.
c( Elles doivent être tirées sur un papier
« ayant reçu une préparation spéciale.
« Le contrôleur prend charge de ces pa-
« piers divisés en paquets de 5oo ou de looo
« feuilles, et frappés à l'un des angles d'un
« timbre ou poinçon spécial.
« Chaque jour, le contrôleur remet à l'im-
« primeur les papiers , enregistre cette re-
(( mise et surveille les opérations de gom-
«mage et de. séchage. Il enregistre les feuil-
« les de timbres livrées à l'administration des
« Postes et scelle de son cachet les paquets
« dont se composent ces livraisons. )5
IV
Entre l'époque où la fabrication des tim-
bres-postes fut mise en régie et celle où le
Ministère des Finances confia l'entreprise
de cette fabrication à M. Hulot, se place une
décision du conseil d'administration des
Postes, en date du 9 mars 1849, portant que
les « timbres de 20 centimes seront impri-
« mes en bleu, ceux de 40 centimes en cou-
ce leur orange; ceux de i fr. en rouge; ceux
« de i5 centimes en vert et ceux de 10 cen-
« times en bistre. »
L'année suivante, une loi(i5 mai i85o)
éleva à 25 centimes la taxe d'une lettre de
7 grammes et demi et au-dessous.
123
Les heureux résultats prévus par les pro-
moteurs de la réforme postale commençaieni
déjà à apparaître , et la vente des timbres
augmentait dans des proportions telles que
la Commission des Monnaies, dont l'atten-
tion avait été appelée plus d'une fois sur les
inconvénients de la mise en régie, dut se
préoccuper sérieusement de cet état de choses
et pria le Gouvernement d'organiser la fa-
brication sous une forme définitive.
Dans le rapport adressé à M. le Ministre
des Finances, en date du i6 décembre i85o,
le Président de la commission, supputant
les déboursés que coûtaient au Trésor looo
feuilles de Timbres-Poste, en traçait ainsi
le décompte :
Papier i8 fr. 25
Impression lithographique 19 48
» typographique 89 go
Gomme 8 44
Gommage 12 24
A reporter : 148 fr. 3 t
126
Report :
148 fr. 3i
Chauffage des ateliers
6 18
Eclairage
7 07
Déchets
26 17
Total 187 fr. 73
Ainsi la fabrication de 4000 timbres ne
coûtait à l'Etat que 62 centimes et demi et
le prix de revient de 20 millions de timbres
qui représentaient un produit de 5 millions
de francs se chiffrait par 12,600 francs.
En dehors de ces frais, il fallait tenir
compte de la confection et de la reproduction
des planches, de l'usure et du renouvellement
du matériel, ainsi que des non-valeurs ré-
sultant des expériences électro-chimiques.
En définitive, la dépense totale à laquelle
pouvait s'élever annuellement la fabrication
était de 2o,35o francs , avance des plus
minimes et en quelque sorte insignifiante,
eu égard à Timportance de la valeur créée.
Le rapport concluait, en conséquence, à
l'opportunité, pour l'administration, d'in-
— 137 —
léresser plus directement qu'on ne l'avait
fait jusqu'alors, l'entrepreneur aux progrès
de la vente. La commission proposait de lui
allouer une indemnité de i franc 5o centi-
mes par 1,000 timbres fabriqués, soit 3o,ooo
francs pour 20 millions de timbres, La
commission ajoutait qu'effectuée dans ces
conditions, la fabrication serait moins coû-
teuse qu'en Angleterre, et que les timbres
français auraient encore sur les timbres
anglais l'avantage d'une exécution plus
soignée.
V
Trois mois après l'envoi de ce rapport, un
arrêté du Ministre des Finances déclara que
M. Hulot, adjoint au graveur général des
monnaies, était chargé, à ses risques person-
nels , de la fabrication des timbres-poste. Il
devait pourvoir au chauffage et à l'éclairage
de ses ateliers et de son laboratoire ; il se
chargeaitd'entretenir les approvisionnements
de timbres, de façon à mettre l'administra-
tion en mesure de satisfaire à toutes les exi-
gences du service.
Les opérations de l'entrepreneur étaient
soumises aux vérifications que pourraient
ordonner le Ministère et la Commission des
— I2g —
monnaies, ou que le contrôleur placé sous la
direction de cette commission jugerait né-
cessaires.
Pour l'indemniser de ses peines et soins,
l'Etat lui allouait un salaire de i franc
5o centimes par i^ooo timbres fabriqués.
Une instruction générale adressée, le i3
mai i85i, à l'entrepreneur et réglant les
détails d'exécution du précédent arrêté, por-
tait que « toute fabrication était interdite
« hors la présence du contrôleur, dépositaire
« des clefs des ateliers, des clefs des armoires
« contenant les planches et matrices, et de
(( la clef du cadenas qui retenait le collier du
« balancier. »
Le contrôleur était en outre chargé par
cette instruction de « surveiller la tenue des
« registres et l'emploi du papier destiné à
« l'impression. »
Au moment où fut fixée l'allocation de
I franc 5o centimes par looo timbres, ce
prix n'avait certainement rien d'exagéré ;
car, d'une part la fabrication n'avait pas
— i3o —
atteint les proportions qu'elle a présentées
depuis, et, d'autre part, l'entrepreneur, pour
satisfaire aux obligations que lui imposait son
contrat, avait à faire des déboursés considé-
rables ; il était juste de lui en tenir compte.
Mais, bientôt, le chiffre de la vente dépas-
sant toutes les prévisions, s'éleva à des quan-
tités énormes, et la Commission des Mon-
naies, remplissant le mandat qu'elle tenait
du gouvernement, crut devoir soumettre à
l'approbation ministérielle de nouvelles pro-
positions ayant pour objet la réduction de
l'indemnité allouée à M. Hulot.
Adoptant cette manière de voir, et consi-
dérant que, depuis plusieurs années, l'entre-
preneur devait être remboursé de ses frais
de première installation et d'expériences, le
Ministre des Finances rendit, à la date du
3o janvier 1860, un arrêté qui abrogeait ce-^
lui du 2 avril i85i. M. Hulot recevait le
titre nouveau de Directeur de la fabrication
des Timbres et sa rémunération était fixée
de la manière suivante :
— i3i —
Pour les 200 premiers millions de tim-
bres, I franc par mille ; pour les 200 sui-
vants, 90 centimes, et, pour le surplus, 80
centimes.
Dans ces prix nouveaux, qui constituaient
un notable allégement pour le Trésor ,
M. Hulot trouvait encore un salaire très-suf-
fisant de son travail. Une nouvelle charge,
toutefois, lui incombait : aux termes de l'ar-
rêté du 3o janvier 1860, le directeur de la
fabrication des timbres était tenu de fournir
à l'Etat un cautionnement de 5o,ooo fr.
VI
La réduction ainsi apportée aux bénéticcs
de l'entrepreneur ne devait pas être la der-
nière, et les propositions adressées à l'Etat
par deux fabricants, MM, Trouillet et Mi-
chel, qui offraient un rabais de 3o p. loo
sur les prix de M. Hulot, furent renvoyées,
en mars 1868, au double examen de M. Van-
dal, directeur général des Postes, et de M. Du-
mas, président de la Commission des Mon-
naies.
Tous deux conclurent à la nécessité de
réviser les prix consentis au profit de M. Hu-
lot ; conformément à l'avis qu'ils avaient
émis, un nouvel arrêté ministériel, en date
— i33 —
du 3o janvier 1869, disposa que le directeur
de la fabrication ne recevrait plus que 60
centimes par 1,000 timbres pour les 5oo pre-
miers millions et 5o centimes pour le sur-
plus.
En outre, l'Etat devenait propriétaire de
toutes les planches fabriquées, et M. Hulot
devait fournir un état descriptif et certifié
exact de tous les procédés de fabrication
dont il faisait usage.
VÎI
Les ateliers de la fabrication des tim-
bres-poste sont, comme nous l'avons déjà
dit, installés à l'Hôtel des Monnaies, Les
locaux qui leur sont affectés laissent beau-
coup à désirer, sous le rapport de l'aména-
gement et de la commodité des agencements
intérieurs.
Quant aux appareils mécaniques, leur état
d'entretien et la régularité parfaite de leur
mise en œuvre font honneur au zèle et aux
soins des agents chargés de cette partie du
service.
Le papier sur lequel sont imprimés les
timbres est fabriqué par la maison Lacroix,
— i35 —
d'Angoulème. On a vu dans le rapport que
nous avons cité, § lïï, que ce papier reçoit
une préparation secrète ayant pour but
d'augmenter la finesse de l'empreinte. Cette
préparation est une sorte de signe indicatif,
car si on l'enlevait, on enlèverait en même
temps la figurine qu'elle supporte.
Les planches qui doivent servir à l'im-
pression sont placées dans des châssis et
soumises à la pression d'un rouleau colo-
rant, après quoi on procède au tirage.
Lorsque les feuilles ont été coupées en
deux au moyen d'un tranchoir, on les porte
au gommage. Les timbres sont gommés au
pinceau , puis séchés sur de grandes claies
en bois. Enfin les feuilles sont dentelées^ une
par une.
Le dentelage^ qui a été inventé à Lon-
dres, en 1854, permet aux débitants de tim-
bres ou à l'acheteur de détacher de la feuille
un ou plusieurs carrés, sans produire au-
cune déchirure. Cette opération se fait mé-
caniquement, à l'aide d'une espèce dépeigne
— î36 —
garni de poinçons et imitant la forme du
timbre-poste. Sous l'impulsion de la force
motrice, ce peigne tombe sur un cadre de
fer, au milieu duquel un certain nombre de
feuilles sont étalées; il pratique autour de
chaque timbre un chapelet de trous sem-
blables à ceux qui sont frappés à l'emporte-
pièce sur le papier-Joseph des boîtes de con-
fiseurs. On sait quelle importance les col-
lectionneurs, dans le classement des séries,
ont attachée au nombre de ces trous : c'est
toute une langue technique.
Le peigne dentelé dix timbres à la fois et
avance mécaniquement après chaque opé-
ration; il faut donc quelques secondes pour
denteler toute la feuille de i5o timbres.
La machine à denteler est mise en mou-
vement par de jeunes apprentis.
VlIIi
Nous venons de montrer par quelles
phases avait passé la fabrication des Tim-
bres-Poste, puis nous avons conduit le lec-
teur dans les ateliers où fonctionne quoti-
diennement cette fabrication, sous le con-
trôle de l'Etat. Pour compléter cette étude, il
ne nous reste plus qu'à publier dans le ta-
bleau ci-annexé les chiffres qui représentent
les produits annuels des ventes depuis 1849.
Ces chiffres, dont l'énorme progression met
le revenu des Timbres-Poste au rang des
plus précieux auxiliaires du Trésor Public,
ont une éloquence devant laquelle toute dé-
monstration devient inutile, et nous ne pou-
vons que leur céder la place.
— i38 —
TABLEAU
INDIQUANT LE PRODUIT DE LA VENTE DES TIMBRES-POSTE
PRODUIT BRUT
NOMBRE
ANNÉES.
de la
des
Tente des Timbres-Poste 1 .
Timbres rendus.
FR. c.
1849.
4.446.766.36
21.232.665.
i858.
37.332.726.40
199. 913. 700.
I86I.
48.733.600. »
328.8o3.25o.
i863.
55.683.555. »•
379.171.200.
1864.
57.071.686. «
382.658.3oo.
1866.
64.082.187. »
438.3o2.3oo.
1867.
68.264.464. »
467.168.000.
1868.
69.707. 137. »
494.329.250.
1869.
75.665.382.06
546.706.380.
1870.
53.818.670. s
402.034.000.
1871.
82.096.697. »
483.646.000.
1872.
91.922.932.50
549.206.375.
1873.
95.298.177.06
542.885.278.
(i). Ces chiffres représentent le produit brut des
timbres-poste vendus. On doit en défalquer le mon-
tant de la remise de 0/0 allouée aux débitants, en
exécution du décret impérial du iS décembre 1861.
CHAPITRE VI
LA POSTE PENDANT LA GUERRE FRANCO-
ALLEMANDE ET PENDANT LA COMMUNE
1870-1871
I. Appendice nécessaire à notre premier travail. — •
IL Investissement de Paris, Les services interrom-
pus. Dévouement des facteurs -piétons : Brame,
Gême, Chourrier, Ayrolles. Dépêches cachées sous
l'épiderme et dans des clefs forées. Prisonniers mé-
dicamentés. — III. Bouteilles de liège ; ballons;
école aéronautique; ateliers de construction des
aérostats. — IV. Reproduction des dépêches par
le procédé microphotographique Dagron. Dépê-
ches insérées dans des tuyaux de plume. — V.
Systèmes Boutonnet et Brichet. Système Versoven
(dit de Moulins). Systèmes Baylard et Nadié. Ba-
teau sous-marin Delente. Les chiens-messagers de
— 140 --
M. Hurel. Projet de transmission par les catacom-
bes. — VI. L'insurrection du 18 mars. Le délégué
Theisz. Les Postes à Versailles. La poste dans
l'intérieur de Paris. Fabrication de timbres-poste
par la Commune. Les fédérés fouillant les wagons.
Messagers entre Versailles et Paris, — VIL Con-
clusion.
JAMAIS le service des postes françaises ,
dans l'histoire que nous avons essayé de
reconstruire, n'a traversé une crise plus sé-
rieuse, que pendant la néfaste période qui
commence avecla guerre franco- prussienne,
et se termine à la chute de la Commune.
Nous avons pensé qu'un appendice où se-
rait traité ce double sujet ne manquerait
(i) L'histoire du Timbre-Poste est la suite natu-
relle de notre histoire de la Poste aux lettres. Un
grand nombre de faits seraient mal compris si nous
ne reproduisions pas ici la notice ajoutée à notre
seconde édition, pendant les deux sièges. Nous n'en
supprimons que la liste des ascensions par ballons
montés.
— 142 —
pas d'intérêt et compléterait nos études sur
îa Poste.
Après la journée du 4 septembre, M. le
Directeur général Vandal , qui comptait
parmi les serviteurs les plus dévoués du ré-
gime déchu , offrit immédiatement sa dé-
mission au nouveau Gouvernement ; mais
celui-ci le pria de conserver son emploi pen-
dant quelques jours, afin d'assurer la bonne
exécution des services. Cette démission ne
fut donc acceptée que le io septembre, ainsi
que l'annonça, d'ailleurs, un avis inséré au
Journal officiel et conçu en ces termes :
« M. Vandal, Directeur général des Pos=
« tes, avait offert au Gouvernement sa dé-
« mission , dès le 4 septembre. Il a con-
te senti, sur la demande du Gouvernement,
« à rester en fonctions, quelques jours, dans
a l'intérêt de la Défense Nationale.
« Sa démission est acceptée.
« M. Rampont-Léchin , ancien député
« de l'Yonne, est nommé Directeur-Géné-
« rai des Postes. »
— 143 —
L'investissement de Paris, que personne
n'avait su prévoir et que la plupart des es-
prits les plus sérieux ne croyaient même
pas possible, n'était pas un fait ordinaire.
C'était la vie de tout un peuple changée en
un instant; la grande ville qui vit morale-
ment et matériellement de ses communi-
cations incessantes avec le dehors, avec la
province, voyait ces communications tout-
à-coup brisées. Nulle administration n'était
frappée plus directement que la Poste dans
ses intérêts et dans son action. Allait-elle
se résigner aux conditions étroites d'exis-
tence qui lui étaient imposées? Allait-elle
se contenter du service intérieur de Paris ?
Non, et les moyens ne lui firent pas défaut.
L'histoire de la Poste en France, pendant
les tristes jours dont nous avons à nous oc-
cuper, se trouve consignée presque tout
entière dans les actes et documents officiels;
nous nous sommes empressés de puiser à
cette source, et, aux renseignements qu'elle
nous fournissait, nous avons pu joindre le
— 144 —
résultat d'informations particulières, dont
nous garantissons l'exactitude.
Nous parlerons d'abord de la transmis-
sion des lettres, au moyen des facteurs-pié-
tons, que remplacèrent bientôt les aérostats
et les pigeons; nous mentionnerons ensuite
les inventions nouvelles, proposées à l'ad-
ministration des Postes; et, pour terminer
cette revue historique, nous donnerons
quelques détails sur l'organisation postale,
à Versailles , pendant l'insurrection de la
Commune.
II
Au début de la guerre de 1870, la subite
apparition de l'armée allemande sur plu-
sieurs points de nos départements de l'Est,
et les événements militaires qui furent la
conséquence de cette invasipn, eurent, entre
autres résultats, celui de resserrer le cercle
d'action des Postes françaises et de sus-
pendre les communications entre les en-
droits occupés par l'ennemi et le reste de
l'Empire. Un des premiers soins que pre-
naient les envahisseurs, lorsqu'ils entraient
.dans une ville ou dans une bourgade, était,
comme on sait, de s'emparer du télégraphe,
et d^établir un bureau de poste militaire
IL Q
— 146 —
(Feld-Post) , en correspondance avec les
offices allemands. Depuis l'affaire de Wis-
sembourg, et au fur et à mesure de chaque
journée, l'invasion ne fit que s'étendre, en
menaçant de plus en plus le centre, et sur-
tout Paris , principal objectif de l'armée
prussienne; trois jours après la capitulation
de Sedan, le Gouvernement de la Défense
Nationale faisait insérer dans le Journal
oficiel l'avis suivant :
« Nouvelles de la guerre.
« L'ennemi se rapproche de plus en plus
« de Paris. »
Toutefois , le service des Postes entre
Paris et les départements put fonctionner
encore pendant quelques jours, et ce fut le
19 septembre seulement que les voitures
postaies, parties, le soir, de la gare Mont-
parnasse, durent rétrograder.
Le lendemain, 20 septembre, l'adminis-
tration fit une dernière tentative d'expédi-
— 147 —
îion au dehors , dans les conditions sui-
vantes : elle envoya sur divers points trois
voitures de dépêches, ainsi que deux cava-
liers et cinq courriers-piétons. Les voitures,
les cavaliers et quatre d'entre les piétons ne
purent tromper la surveillance de l'ennemi
et furent obligés de revenir. Un seul cour-
rier, M. Létoile, passa à travers les lignes
allemandes, arriva à Evreux, et en revint,
sept jours après, rapportant à Paris i5o
lettres, expédiées du département de l'Eure;
pendant son voyage, il faillit, plusieurs fois,
être tué ou fait prisonnier par les Prussiens.
L'expédition des correspondances par les
procédés habituels devenait désormais im-
praticable, et, pour y suppléer, il y avait
lieu de faire appel aux procédés extraordi-
naires.
Toutefois, quelques-uns des facteurs-pié=
tons dont nous venons de parler, mus par
une pensée de patriotisme qu'on ne saurait
assez louer , demandèrent à continuer le
périlleux service dont ils s'étaient chargés ;
— 148 —
l'un d'eux, comme on le verra tout à l'heure,
paya de sa vie son héroïque persévérance ;
plusieurs autres furent pris et gardés en
captivité plus ou moins longtemps.
Sur 28 facteurs partis de Paris, dans les
jours qui, suivirent le 21 septembre, un
seul, Brare, réussit à traverser les lignes, et
put remettre ses dépêches au bureau de
Saint-Germain-en-Laye, Encouragé par ce
premier succès , il rentra à Paris , en re-
partit le 27 septembre, remit à Triel un sac
de lettres, et fut assez heureux pour pouvoir
passer de nouveau à travers l'armée prus=
sienne. Un troisième voyage qu'il tenta^ fut
le dernier et eut un dénoûment fatal ; des
uhlans poursuivirent le pauvre piéton et l'ar-
rêtèrent près de Ghatou, Reconnu pour être
un agent des Postes françaises par un sous-
officier qui, cinq ou six jours auparavant, l'a-
vait poursuivi, il fut amené devant le grand-
prévôt du camp {Der Prqfoss), jugé sur
place, condamné et fusillé; les circonstan-
ces de son arrestation et de sa mort ne fu-
— 149 —
rent connues à Paris que longtemps après»
— Brare laissait une veuve et cinq enfants
dont le sort a été assuré par l'Administration
des Postes.
Le 32 septembre, les grand'gardes prus-
siennes arrêtaient à Rosny deux facteurs-
piétons. Conduits au quartier-général , ils
durent laisser leurs dépêches et se dirigèrent
vers Nanterre, d'où ils revinrent à Paris.
Le 27. le facteur Géme, parti avec son
camarade Brare , arriva à Triel, avec un
fardeau de lettres, et en repartit le 28, rap-
portant des dépêches pour Paris.
Ce petit bureau de Triel fut le dernier
qui servit d'intermédiaire à la métropole,
pendant le premier mois du siège ; le 5 oc-
tobre, deux courageux agents, les piétons
Loyet et Ghourrier, sortent de Paris, entrent
à Saint-Germain, atteignent Triel,- et ren-
trent dans la ville assiégée, avec 714 lettres.
A peine revenu , Ghourrier ne songe qu'à
repartir; portant sur une épaule son sac de
dépêches, et sur l'autre, son fusil, il arrive.
— i5o —
de nuit, près du Pecq, essuie la décharge de
deux sentinelles saxonnes, et, malgré une
blessure reçue au bras, apporte ses lettres
au bureau de Carrières. A son retour, il est
arrêté trois fois, et trois fois, menacé d'être
passé par les armes. Il rentre à Paris, en
repart quelques jours après, est pris par un
détachement bavarois, et gardé en captivité
pendant vingt-cinq jours ; enfin, il s'évade,
arrive au fort de Rosny, et donne au com-
mandant de ce fort , ainsi qu'au général
Ducrot, les renseignements qu'il avait pu
recueillir depuis son arrestation.
Un autre facteur piéton, AyroUes, est
fait prisonnier, au moment où il allait fran-
chir les lignes ennemies ; en le conduisant
au quartier-général, on l'accable de coups
et d'injures»
Aux noms que nous venons de citer nous
voudrions pouvoir ajouter ceux de tous les
autres agents qui s'offrirent à l'Administra-
tion, pour continuer la tâche entreprise par
Brare et par Chourrier; quelques-uns de
— i5i —
ces hommes eurent, dit-on, le courage de se
taillader la peau des bras et des jambes ,
pour insérer sous l'épiderme les dépêches
chiffrées du Gouvernement ; d'autres creu-
saient des pièces de lo centimes, où ils glis-
saient une lettre de format lilliputien ; d'au-
tres encore faisaient forer des clefs à vis for-
cées, pour les transformer en tubes porte-
lettres. Certains facteurs, se voyant pour-
suivis par l'ennemi , se hâtaient d'avaler
leurs dépêches; mais, c'était là une précau-
tion malheureuse; car les Allemands avaient,
paraît-il, pour consigne de soumettre im-
médiatement les prisonniers soupçonnés
d'être des agents de transmission, au même
système de médicamentation que celui dont
se servent les Brésiliens pour les nègres
qu'ils emploient aux travaux des mines de
diamants.
Que de victimes inconnues a faites d'ail-
leurs ce dévouement des facteurs volon-
taires! Qui ne se rappelle qu'après la guerre
on retrouvait encore un cadavre porteur de
l52 —
messages et retenu au fond du fleuve? Une
balle ennemie avait sans doute frappé le
malheureux, passant à la nage, ou bien le
froid l'avait saisi, les eaux l'avaient englouti :
mort obscure et héroïque comme celle du
soldat.
ÎII
La délégation de Tours , composée de
MM. l'amiral Fourichon , Grémieux et
Glais-Bizoin, avait quitté Paris, le 17 sep-
tembre, et il s'agissait pour le Gouverne-
ment , de trouver un moyen de corres-
pondre journellement, ou presque journel-
lement avec elle, et d'éviter que la corres-
pondance fût interceptée par l'ennemi. On
avait pensé, d'abord, à enfermer les dépê-
ches dans des bouteilles de liège, entourées
de touffes d'herbe , qu'on eût jetées ensuite
dans la Seine, où elles auraient été recueil-
lies, au delà des lignes prussiennes, par les
riverains; mais, outre que les nombreux
9-
— i54 — -
barrages, échelonnés sur le cours du fleuve,
auraient arrêté presque à chaque pas, la
marche de ces bouteilles, il fallait, d'abord,
pouvoir indiquer à la délégation de Tours
les points où devait s'opérer le repêchage.
Or, comment lui transmettre cette indica-
tion ?
N'était-il pas plus simple et plus pra-
tique d'organiser un service de transmission
par aérostats, destiné à fonctionner pendant
la durée de l'investissement? .
Tel fut, en effet, le parti qu'adopta l'ad-
ministration des Postes , et , après avoir
traité, d'abord avec M. Nadar, propriétaire
du ballon le Neptune , et , ensuite , avec
M. Mangin , propriétaire du ballon La
Città--di-Firen:{e , pour une ascension de
leurs aérostats, elle s'entendit bientôt avec
deux autres sociétés. La première était re-
présentée par M. Eugène Godard, et, la se-
conde, par MM. Yon et Dartois. Toutes
deux s'obligèrent, moyennant le prix uni-
forme de 4000 francs par ballon (prix ré-
— i55 —
duit plus tard à 35oo francs), à installer à
la Gare d'Orléans et au Jardin des Tuileries,
deux ateliers pour la construction des aéros-
tats. Chaque appareil, dont la pièce princi-
pale se composait d'un ballon en percaline
de première qualité, et vernie à l'huile de
lin, devait, en outre , être munie d'un filet
en corde de chanvre goudronné, d'une na»
celle pouvant recevoir quatre personnes,
ainsi que des accessoires suivants : sou-
papes, ancres, boussole, thermomètre, sacs
de lest, etc. La capacité du ballon était
fixée à 2O0O mètres cubes de gaz; après son
gonflement, l'aérostat devait demeurer sus-
pendu pendant dix heures, puis enlever, à
titre d'essai, un poids de 5oo kilos.
Fidèles aux engagements pris , les deux
sociétés de construction se mirent aussitôt à
l'œuvre, et, du 25 septembre 1870 au 27
janvier suivant, elles fabriquèrent 61 bal-
lons, dont 57 seulement furent lancés.
Presque toutes ces ascensions eurent lieu
avec l'assistance de marins choisis dans
— i56 —
les garnisons des forts de Paris; l'Ecole
aéronautique , fondée pendant le siège , par
l'amiral La Roncière Le Noury, qui re-
crutait exclusivement son personnel parmi
ces garnisons, avait pour objet principal de
fournir au Gouvernement des conducteurs
d'aérostats; elle tenait toujours trente de ses
pensionnaires prêts à partir, et avait soin
qu'ils fussent continuellement exercés aux
manœuvres aérostatiques.
Un dernier détail sur les ateliers de bal-
lons mérite d'être noté : 120 femmes y
étaient employées aux travaux de couture,
tandis que vingt douaniers (pour lesquels
tout travail aussi était suspendu) s'occu-
paient à sécher les aérostats, à les vernir, à
les gonfler de gaz et à remplir de sable les
sacs qui devaient retenir à terre le ballon
préparé.
IV
Au commencement de novembre 1870,
Me Dagron, bien connu du public parisien
par ses produits microphotographiques, pro-
posa au Gouvernement de la défense natio-
nale l'adoption d'un système de reproduc-
tion et de transport des dépêches publiques
et privées, d'après les bases suivantes :
M. Dagron s'offrait à établir à Clermont-
Ferrand un atelier de microphotographie,
où seraient centralisées toutes les missives
en destination de Paris. Dépouillement fait,
ces dépêches seraient photographiées, l'une
après l'autre et jusqu'à ce que la surface à
remplir fût entièrement couverte, sur une
— i58 —
pellicule de collodion, mesurant 3 centimè-
tres carrés , contenant plus de vingt mille
lettres ou chiffres. Tirée à plusieurs exem-
plaires, la microphotographie ainsi obte-
nue serait roulée , puis insérée dans un
tuyau de plume que l'on coudrait à l'une
des plumes rémiges d'un pigeon voyageur,
envoyé de Paris. On donnerait ensuite la
liberté aux oiseaux, et, en quelques heures,
la dépêche devait être rendue à Paris. A
l'arrivée du messager, l'administration des
Postes ferait détacher chaque tuyau de
plume, et dérouler chaque pellicule; celle-ci
serait exposée dans une lanterne magique,
éclairée à la lumière électrique, pour gros-
sir les caractères et les projeter sur un écran,
disposé devant la lanterne; il ne resterait
plus alors qu'à copier le texte dessiné sur
l'écran et à distribuer aux différents desti-
nataires les copies qui les concerneraient.
Le Gouvernement accepta la proposition
de M. Dagron, et il intervint alors un traité
conforme au projet ; mais l'exécution ne
-- i59 —
put commencer qu'à partir du 1 5 décembre,
M. Dagron ayant failli être arrêté par les
Prussiens, lors de sa descente aéronautique.
On évalue à cent mille le nombre des dé-
pêches microphotographiques , transportées
parles pigeons-voyageurs, depuis le i5 dé-
cembre jusqu'à l'armistice. Chaque pigeon
portait quelquefois vingt-trois dépêches dans
un seul petit tuyau déplume, attaché à l'une
des pennes du rémige.
Les photographes employés par M. Da-
gron ont reproduit, pendant la durée de ce
service, 470 pages typographiques ou auto-
graphiées, soit, environ, par page, i5,ooo
lignes ou chiffres. La réduction micropho-
tographique était au huit centième.
Après les premiers essais, on eut l'idée, à
Paris, de reproduire, à l'aide d'une photo-
graphie nouvelle, les caractères grossis par
la lumière électrique; ce procédé qui per-
mettait de supprimer la transcription des
dépêches, amena une notable économie de
temps dans la distribution des copies.
A côté de cette invention dont nous ve-
nons de rappeler les excellents résultats,
nous avons à signaler plusieurs projets de
transmission, présentés au Gouvernement
de la défense, pour remédiera l'interruption
du service des Postes.
Le premier d'entre ces projets, émané de
MM. Boutonnet et Brichet, avait pour but
la construction et l'ascension de deux aéros-
tats captifs, et devant stationner, l'un, au-
dessus de Paris, l'autre, en province, au
delà des lignes d'investissement; ces deux
aérostats, pourvus , chacun, d'un appareil
télégraphique, eussent été reliés par un fil
- i6i —
qui aurait assuré une communication per-
manente entre les deux points terminus. Il
ne put être donné aucune suite à ce projet,
à cause de l'énorme étendue des lignes en-
nemies ; toute tentative d'exécution eût été
impraticable.
Un autre système qui prenait, non plus
le ciel, mais bien l'eau comme moyen véhi-
culaire, fut mis sous les yeux du Gouverne-
ment, le 6 décembre, par MM. Versoven,
Delort et Robert, avec lesquels un contrat
fut immédiatement passé.
Les contractants s'obligeaient à expédier
par eau, et ce, au moyen de sphériculcs mé-
talliques, soigneusement évidés, les lettres
ordinaires ou reproduites par la micropho-
tographie, qui leur seraient confiées en des-
tination de Paris. Les lettres, concentrées
au bureau de Moulins (Allier), eussent été
entassées dans de petites boules de zinc,
puis jetées dans les divers affluents de la
Seine, pour arriver ensuite à Paris. Le
transport des dépêches officielles devait
— 102 ---
avoir lieu gratuitement; quant aux corres-
pondances privées, les entrepreneurs étaient
autorisés à percevoir : i franc par lettre
close, dont le poids n'excéderait pas 4 gram-
mes; 2 5 centimes par dépêche microphoto-
graphiée ; et 5 centimes par réponse sur car-
tes-poste. Par arrêté du 2 5 décembre, ce
tarif fut ainsi modifié : 80 centimes (au lieu
de I franc), par lettre déposée au bureau de
Moulins et reçue à Paris, soit, 40 centimes
payés au départ, et 40 centimes à l'arrivée»
Les barrages de la Seine qui, vraisembla-
blement, entravèrent la marche des sphéri-
cules jetés à l'eau, furent cause que le pro-
cédé de M, Versovenetde ses associés n'eut
pas le résultat favorable qu'ils en attendaient,
quoique, dès le 1 5 décembre, les entrepre-
neurs, partis de Paris, sur l'aérostat Denis
Papin^ eussent installé à Moulins leurs ate-
liers de fabrication.
Après l'armistice, et quand le service or-
dinaire des postes fut réorganisé , 800 let-
tres, parties de Moulins, arrivèrent à Paris,
— i63 •—
mais, du i5 décembre 1870 au i^r février
suivant, aucune dépêche, expédiée au moyen
du procédé Versoven, ne parvint dans la
capitale assiégée.
Un projet dont l'exécution semblait moins
dispendieuse et plus simple que l'invention
de Mo Versoven, avait été envoyé au Gou-
vernement, vers la fin du mois de janvier,
par M, Baylard; il consistait à enfermer les
pellicules de collodion sur lesquelles étaient
photographiées les dépêches, dans de petites
boules en verre soufflé» Le prix de revient de
ces boules était des plus modiques (100
pour 1 5 centimes), et cette circonstance n'é-
tait pas la seule qui militât en faveur du
projet Baylard. L'inventeur avait été con-
duit à choisir la forme sphéroïdale, ramenée
à cette faible dimension, à raison de la res-
semblance qu'offraient ces petites boules de
verre, avec les bulles d'eau, et du peu d'obs-
tacle qu'elles auraient rencontré, pour fran-
chir les barrages des rivières et pour glisser
sur les herbes. L'idée de M. Baylard eût cer-
— 164 • —
tainement été mise à exécution, mais la fin
du siège arrêta les pourparlers entamés à ce
sujet.
M. Nadié, rédacteur du Journal officiel,
et qui a publié dans ce journal une série
d'articles : La Poste pendant le Siège ^ où
nous avons trouvé de précieux renseigne-
ments, avait, lui aussi, imaginé un système
de transmission aquatique : il conseillait
l'emploi d'une nacelle en caoutchouc, lestée
de grenaille de plomb et remplie de gaz hy-
drogène. Cette nacelle, où l'on eût enfermé,
sous une enveloppe métallique, les corres-
pondances, aurait navigué entre deux eaux,
comme un petit ballon sous-marin. L'in-
vention était certainement ingénieuse, mais
on peut douter qu'un pareil véhicule eût
réussi à traverser les barrages de la Seine et
de ses affluents.
Un autre bateau sous-marin avait été pro-
posé au Gouvernement par un inventeur,
M. Delente, et le jour du départ était déjà
indiqué, lorsque l'armistice survint.
— i65 —
Les journaux de Paris, publiés pendant
le siège, ont relaté l'ascension de l'aérostat,
Général Faidherbe^ dont le principal passa-
ger était M. Hurel, qui emmenait avec lui
cinq chiens, de l'espèce dite : chiens de bou-
vier^ destinés par leur propriétaire à servir
de courriers entre certaines localités (situées
à 5o kilomètres de Paris, au minimum), et
la capitale. Aux termes de son traité avec le
Gouvernement, M. Hurel avait droit à une
prime de deux cents francs par dépêche que
chacun de ses chiens transporterait à Paris,
dans les quarante-huit heures de la remise
de cette dépêche à l'entrepreneur; mais, d'un
autre côté, il encourait une retenue de cin-
quante francs par journée de retard dans la
transmission de l'une quelconque des dépê-
ches.
Soit que l'exacte surveillance des assié-
geants eût empêché la réussite de l'expé-
rience tentée par M. Hurel, soit que la lon-
gueur du trajet parcouru par l'aérostat eût
fait perdre aux chiens qu'emmenait l'entre-
— i66 —
preneur, ia piste des chemins conduisant à
Paris, toujours est-il qu'après l'atterrisse-
ment, ce projet ne put être exécuté.
Il en fut de même du contrat proposé au
Gouvernement par MM, Imbert, Roche,
Peney, Fontaine et Leblanc, et qui clôt la
série des offres de transmission, pendant le
premier siège.
Ces cinq personnes espéraient pouvoir
passer à travers les lignes ennemies, en em-
pruntant la voie des Catacombes, dont une
issue secrète, débouchant sur un endroit
isolé des environs de Paris, était connue des
cinq voyageurs.
Ils demandaient huit jours pour mettre à
fin leur entreprise qui, en cas de réussite,
devait assurer à ses auteurs la concession
d'un service régulier, à organiser dans les
mêmes conditions de parcours.
Les espérances de succès qu'avaient con-
çues M. Imbert et ses associés ne se réalisè-
rent malheureusement pas.
Au reste, deux ou trois semaines plus tard,
— 167 —
la paix signée avec la Prusse par le nouveau
pouvoir exécutif, était ratifiée par l'Assem-
blée Nationale, réunie à Bordeaux, et les
services postaux reprenaient leur cours
régulier, pour ne plus l'interrompre, en ce
qui concernait les envois de ou pour Paris,
jusqu'au jour où ils furent de nouveau dé-
sorganisés par la Commune.
C'est de cette dernière époque que nous
allons maintenant nous occuper.
VI
Le Journal Officiel , dont les bureaux
avaient été envahis, le 19 mars 1871, par
les insurgés, imprimait les lignes suivantes,
dans son numéro du 20, rédigé sous l'ins-
piration du comité insurrectionnel :
« Partie non officielle.
8 Le nouveau Gouvernement de la Répu-
blique vient de prendre possession de tous
les ministères et de toutes les administra-
tions, »
Le lendemain , la même feuille publiait
deux pièces dont voici la teneur :
— 169 —
« Comité Central de la Garde Nationale.
(.( En quittant Paris, le pouvoir qui vient
« de crouler sous le mépris populaire, a pa-
« ralysé et désorganisé tous les services pu-
ce blics. Une circulaire a enjoint à tous ses
« employés de se rendre à Versailles... Tous
« les services , toutes les communications
« avec la province sont interrompus... nous
« suspendons, à partir d'aujourd'hui, le ser-
(( vice de la télégraphie privée dans Paris.
« Le Directeur-Général,
« J. Lucien Combatz. b
« Le Directeur -Général des télégraphes
est autorisé à supprimer jusqu'à nouvel or-
dre la télégraphie privée dans Paris.
« Pour le Comité Central,
a L. Boursier, Gouhier, E. Moreau. »
L'invasion des Postes suivit de près celle
du service télégraphique. Le citoyen Theisz,
délégué de la Commune, se présenta à l'hô-
II. 10
— lyo —
tel de la rue J.-J. Rousseau, pour en pren-
dre possession, et le Directeur-Général lui
ayant répondu qu'il ne céderait qu'à la force,
le délégué dut requérir l'assistance des fusi-
liers de l'insurrection, afin de pouvoir se
substituer au fonctionnaire légitime; mais,
avant sa deuxième visite, toutes les mesures
avaient été prises pour diriger sur Versailles
la plus grande partie du personnel et du ma-
tériel de l'administration centrale , et tout
l'approvisionnement des timbres-poste, s'é-
levant à plusieurs millions de francs. Les em-
ployés des bureaux de quartier restèrent
seuls, pour assurer le service de la réception
et de la distribution des lettres, dans Paris.
Cette réception et cette distribution conti-
nuèrent donc, de même que si la capitale
eût été administrée par un gouvernement
régulier, et une note insérée, le 9 mai, dans
la partie non officielle du journal déjà cité,
montre que la fabrication et la vente des
timbres-poste à 10 centimes, constituait,
avec les confiscations, les saisies et les réqui-
sitions d'argent, le principal élément finan-
cier, sur lequel les oligarques de l'hôtel-de-
ville « fondaient leur cuisine, » comme eût
dit le fabuliste. La note s'exprimait dans ces
termes :
« L'intelligence, le zèle et l'activité du
« nouveau Directeur des Monnaies, le ci-
ce toyen Camélinat, ont été à la hauteur des
« circonstances, et les divers services ont re-
« commencé à fonctionner avec un person-
« nel nouveau. L'imprimerie des timbres-
« poste suffit aux exigences du commerce
a parisien... .. »
Le commerce parisien qui, à en croire le
rédacteur communaliste, devait se tenir pour
complètement satisfait, depuis que le citoyen
Camélinat avait été nommé délégué à la
direction des monnaies , souffrait pourtant
beaucoup de l'interruption des communica-
tions postales entre la province et Paris, et
cet état de souffrance est attesté par un ar-
ticle du Journal officiel de Versailles, en
date du 7 avril, que nous reproduisons ici :
— 172 —
« Aujourd'hui, les délégués du commerce
a et de l'industrie de Paris se sont présentés
« à Versailles, à l'effet d'établir une conven-
c( tion pour le rétablissement du service pos-
(( tal entre Paris et la province. Cette délé-
« gation est retournée à Paris et doit revenir
« demain , pour continuer les négociations
« avec M. le Directeur-Général »
Ces négociations ne purent aboutir ; les
opérations actives de l'armée de Versailles
étaient commencées, depuis plusieurs jours,
et elles étaient difficilement compatibles avec
l'existence d'un service de transmission par-
tant de Paris et y revenant. D'ailleurs, le
moindre inconvénient du rétablissement
prématuré que demandaient les négociateurs,
eût été la reconnaissance implicite du droit
de belligérants aux insurgés de la Commune,
reconnaissance qui, on le comprend, n'était
nullement dans les idées de l'Assemblée Na-
tional ni du Pouvoir Exécutif.
Les habitants de Paris qui avaient à écrire
en province étaient donc obligés de jeter ou
— 173 —
de faire jeter leurs lettres aux boîtes postales
de Saint-Denis et de Pantin, les lignes du
Nord et de l'Est étant restées, depuis le com-
mencement du deuxième siège , les seules
voies ouvertes à ceux qui voulaient et pou-
vaient émigrer. De Pantin et de Saint-De-
nis, les lettres à destination des localités non
desservies par les lignes du Nord et de l'Est,
étaient acheminées à Versailles, où l'admi-
nistration des Postes les répartissait entre les
divers trains de dépêches. Vers la fin du
mois de mars, à l'heure où partait, chaque
soir, de la gare du Nord , le train-express de
Calais, nous avons vu, plusieurs fois , des
négociants ou des employés de commerce
pénétrer sur le quai d'embarquement, mal-
gré la surveillance des commissaires et des
fusiliers fédérés, et se présenter devant les
voitures de première classe , en demandant
aux voyageurs qui y étaient déjà installés
s'ils voulaient bien leur rendre le service de
jeter quelques lettres dans la boite de la pre-
mière gare où le train s'arrêterait.
VII
En admettant même que les combats li-
vrés par l'armée de Versailles et que les tra-
vaux d'approche du 2" siège n'eussent pas
entraîné forcément la rupture des communi-
cations postales entre Paris et toutes les li-
gnes de chemins de fer autres que celles du
Nord et de l'Est, il est indubitable que ces
communications n'auraient pu fonctionner
avec régularité sous un régime comme celui
de la Commune. On verra, par les deux piè-
ces que nous transcrivons ci-après, et dont
nous empruntons le texte au Journal officiel
de Versailles (24 mars et 2 avril), quel res-
pect les agents du Comité central profes-
- Î75 -
saient pour la propriété privée et pour le se-
cret des lettres ;
« Le train parti, aujourd'hui, à 4 heures
« 3o minutes du soir, de la gare Saint-^
« Lazare pour Versailles , a été arrêté par
« des fédérés, entre Batignolies et Clichy-Le"
« vallois; ces individus ont visité les wagons
« et enlevé le sac contenant des lettres.,. »
« La Compagnie de l'Ouest informe
(! MM. les négociants-exportateurs qu'elle
« ne répond plus des avaries que pourraient
« éprouver les marchandises confiées à ses
« gares de Paris, Batignolies et Vaugirard,
a et qu'elle décline toute responsabilité pour
a le retard que subirait l'expédition de ces
« marchandises ; ses convois sont, à chaque
« instant, visités, suspendus ou entravés par
« des bandes de soi-disant gardes-natio-
« naux, qui ouvrent les caisses, même celles
« qu'on a munies d'un emballage intérieur,
(( en zinc et en fer-blanc. , »
Pendant toute la durée du deuxième siège,
et jusqu'à l'entrée des troupes dans la capi-
— lyô —
taie, les lettres et paquets continuèrent néan-
moins de circuler entre Paris et Versailles,
grâce à l'entremise de certains messagers-
piétons qui, nantis de passe-ports délivrés
par les ambassades et consulats étrangers,
s'acquittaient des commissions que leur don-
naient pour Paris les agences diplomatiques,
et se chargeaient en même temps des lettres
à eux remises par les personnes de leur con-
naissance.
Ces messagers qui faisaient quotidienne-
ment le trajet entre Versailles et Paris, —
une fois dans chaque sens — , coururent sou-
vent risque de la vie, exposés, comme ils
l'étaient, au feu simultané de l'armée versail-
iaise et des insurgés, et pouvant, à tout mo-
ment, être arrêtés et fouillés par les soldats
de Rossel ou de Delesciuze.
Notons ici, pour mémoire, qu'à son arri-
vée à Versailles, l'Administration centrale
des Postes avait été installée au rez-de-chaus-
sée de l'aile sud du château, dans la partie
du musée où se trouvent réunis les tableaux
— 177 —
relatifs aux deux campagnes de Napoléon !<"■
en Italie (1796-1800).
Cette installation provisoire , faite au
moyen de tables à tréteaux et de sièges d'or-
dre composite, ressemblait un peu, comme
toutes celles du même genre, à un bivouac
administratif; mais elle ne nuisit en rien,
hâtons-nous de le dire, à la prompte expé-
dition des correspondances, et à la réorga-
nisation des services, qui s'opéra dans d'ex-
cellentes conditions.
CHAPITRE VII
LE TIMBRE-POSTE A BORDEAUX, 1 870-1 871.
I. Disette des Timbres-Poste causée par le siège
de Paris. — IL Le ministre des Finances auto-
rise M. Steenackers, directeur général des Postes,
à traiter avec M. Delebecque, à Bordeaux. —
m. Les types proposés. — IV. Traité conclu.
— V. Règlement d'exécution. — VI. Première
planche imprimée; progrès rapide. — VII. Or-
dre de cesser la fabrication. Résultats généraux.
N histoire, il n'y a pas de fait sans inté-
rêt. Le Timbre-Poste est un bien petit
personnage; mais il a déjà ses annales et ses
révolutions, depuis moins de trente ans qu'il
a obtenu en France droit de cité; de là, il
s'est fait cosmopolite.
Il nous a paru curieux de rechercher quel
rôle avait eu le Timbre-Poste, au milieu du
mouvement trop retentissant de la guerre et
de la révolution de 1870. Le Siège de Paris
lui avait fermé tout à coup les mille routes
par lesquelles il se répandait chaque jour
sur la France et dans le monde entier. Sans
doute , il avait franchi maintes fois , lui
If. II
— I«2 —
aussi, les lignes ennemies, en ballon; mais
pour la première fois, il risquait de paraître
trop lourd, et les dépêches de photographie
microscopique prenaient sa place. Il man-
quait à tous les départements et ce n'était
pas le moindre des éléments de cette vie que
la capitale rayonnante envoie sans cesse
autour d'elle. La fabrication du Timbre-
Poste avait jusqu'à ce jour été concentrée
dans Paris. Gomment allait-on remédier à
cette disette imprévue ?
Une heureuse chance nous a mis en pos-=
session de quelques documents précieux sur
la réorganisation du service de l'affranchis-
sement des correspondances par la Déléga-
tion de Tours et de Bordeaux. Il était ur-
gent, ici, comme sur tant d'autres points, de
ressusciter des ressources tout à fait suppri-
mées; il fallait donner satisfaction aux inté-
rêts publics et privés, veiller sur un revenu
du Trésor plus nécessaire que jamais, trou-
ver un nouveau matériel de fabrication et
tout un personnel d'agents habiles et dé-
— i83 —
voués, prévenir les abus et la fraude. L'ac-
tivité merveilleuse des hommes qui prirent
à cœur cette modeste tâche se révélera d'elle-
même dans notre récit.
II
Le Ministre des Finances chargea M. de
Maintenant, Inspecteur général des Finan-
ces, d'étudier la question. M. de Maintenant
fit savoir aussitôt à M. Steenackers, le nou-
veau Directeur-Général des Télégraphes et
des Postes, que M. Delebecque, Directeur
de la Monnaie de Bordeaux , pouvait se
charger de l'entreprise . Le suppléant de
M. Hulot était trouvé. Tout le monde se
mit à l'œuvre.
Le 19 octobre 1870, une décision du
Ministre autorise M, Steenackers à s'enten-
dre avec le Directeur de la Monnaie de Ber-
ceaux. Le 2 1 octobre, M. de Maintenant
— i85 —
reçoit des instructions détaillées et une
délégation pour agir au nom du Ministre.
Le même jour, M. Lapouyade, Directeur
des Postes du Département de la Gironde,
est avisé qu'il devra remplir les fonctions de
Garde-magasin des Timbres-Poste. Dans le
même instant, M. Delebecque reçoit la let-
tre suivante :
(c Monsieur,
« Monsieur de Maintenant, Inspecteur-
ce Général des Finances, a fait connaître au
« Ministre des Finances, que vous étiez en
« état de faire fabriquer, dans un bref délai,
« les timbres nécessaires à l'affranchissement
« des correspondances.
« Une décision du Ministre, en date du 19
« octobre courant, m'autorise à m'entendre
« avec vous pour que, vu l'urgence, la fabri-
« cation commence le plus tôt possible.
« Le Directeur des Postes de la Gironde
« devant remplir les fonctions de Garde-ma-
« gasin des Timbres-Poste, je lui écris au-
— i86 —
« jourd'hui une longue lettre qu'il vous
« montrera et par laquelle je lui prescris de
« s'entendre avec vous et avec M. de Main-
ce tenant, pour arrêter les dispositions à
« prendre, afin d'éviter la contrefaçon des
« nouveaux timbres, et leur emploi après
« qu'ils auraient servi.
« J'appelle tout spécialement votre atten-
« tion sur ce point important et je ne doute
a pas que vous ne trouviez des procédés de
« fabrication qui enlèvent toute crainte à ce
« sujet.
« Je vous remercie d'avance, Monsieur,
« de tout ce que vous voudrez bien faire
« pour venir en aide à l'administration dans
« ces moments difficiles.
« Agréez
« Signé : Steenackers. »
m
Dès le 22 octobre, le Directeur des Pos=
tes de la Gironde recevait de nouveaux avis
par le télégraphe, et dans la journée, par le
courrier, une lettre contenant le type de
timbre adopté par l'administration. C'était
un timbre envoyé de Paris et oblitéré à
Tours.
La Monnaie de Bordeaux n'avait pas mis
moins de promptitude à commencer l'exécu-
tion de ses promesses. M, Steenackers avait
déjà dans les mains et renvoyait, avec le
type adopté, un modèle confectionné à Bor-
— i88 -
deaux et à peu près semblable au timbre
parisien.
K
A D
l^r modèle de Bordeaux. Timbre de Paris.
Pour que la ressemblance fût complète,
il n'y avait qu'à supprimer sur le Timbre
de Bordeaux, les quatre lettres, A, i D, - aux
angles inférieurs, K, ■* X ^ aux angles supé-
rieurs. Il y avait une importance de pre-
mier ordre à maintenir une ressemblance
absolue entre les timbres nouveaux et les
timbres de Paris, L'adoption de l'effigie de
la République, déjà mise en usage par la
1. Initiale du graveur M. Augé-Delille.
2. Delebecque.
3. Marque particulière aux monnaies frappées à
Bordeaux.
4. Cette lettre désignait l'administration des
Postes.
— 189 —
révolution de 1848, rendait la chose plus
facile.
M. Steenackers, dans sa missive du 22 oc-
tobre, prenait le signe de l'angle N, E. du
timbre bordelais pour un dessin de fantai-
sie; mais, comme on l'a vu à la page précé-
dente, dont les indications nous été obli-
geamment fournies par M. le Directeur de
la Monnaie de Bordeaux, la lettre X dési-
gnait l'administration des Postes.
IV
Le 3 novembre 1870, un traité en qua-
druple expédition est signé, par MM. La-
pouyade, Delebecque et de Maintenant pour
arrêter les conditions de fabrication et d'exé-
cution des Timbres- Poste :
« 1° M. Delebecque s'engage à fabriquer
c( jusqu'à concurrence de 4,000 feuilles de
« 3oo Timbres-Poste par jour en suivant,
« pour chaque catégorie de i, 3, 3, 4, 5, 10,
« 20, 3o, 40, 80 centimes, les proportions
a qui lui seront indiquées par l'adminis-
« tration des Postes, moyennant le prix de
a trente centimes par feuille de 3oo tim-
tt bres ou un franc par mille timbres.
~ 191 —
a 2° Le prix sera payé mensuellement, sur
« mémoire arrêté entre MM. Delebecque
<i. et Lapouyade.
« 3° L'administration se réserve le droit
« de cesser ses commandes, quand bon lui
« semblera, et sans que M. Delebecque ait
a droit à aucune indemnité relativement
(( aux dépenses qua lui occasionnera son
« outillage, dont la partie essentielle devra
« être détruite, au jour fixé par l'adminis-
« tration pour la cessation de la dite fabri-
« cation.
« 4P Le Directeur est autorisé à fabri-
cc quer par jour jusqu'à 4,000 feuilles de
« 3oo timbres. Le chiffre de cette fabrication
« pourra être élevé sur la demande du Di-
« recteur des Postes, si les besoins l'exigent.
« La fabrication exigeant pour être régu-
et lière un minimum d'approvisionnement
« de 20 jours, il est accordé, à partir du jour
« de l'avis donné au Directeur, un délai de
« fabrication. Ce délai est fixé à 10 jours
« seulement.
— Î92 —
« Les mesures utiles seront concertées
« pour éviter la contrefaçon, ainsi que le
« lavage des timbres ayant déjà servi.
« 5° La fabrication commencera le 5 no-
ce vembre prochain et sera continuée sans
« interruption.
« 6° A l'appui du présent marché, il sera
« joint un tableau indicatif des dispositions
« de bureaux de fabrication et d'exploita-
« tion, ainsi qu'un règlement administratif
a déterminant l'ensemble de toutes les opé-
« rations concertées d'un commun accord
« pour les travaux d'ordre, de livraison et
« de comptabilité, conditions auxquelles les
« parties contractantes prennent l'engage-
« ment réciproque de se conformer ponctuel-
« lement. »
Nous avons sous les yeux le plan des ate-
liers dressé d'après les conventions de l'arti-
cle 6. La reproduction de ce plan n'aurait
pas un grand intérêt. Nous y remarquons la
chambre isolée du graveur, la grande salle des
impressions, la salle du ponçage des pierres,
celles de gommage et de séchage des tim-
bres, enfin le bureau du contrôleur, à côté
du magasin voûté.
Le règlement de détail, signé le même
jour pour servir à l'exécution du traité, pré-
voit successivement toutes les questions
concernant le personnel, le local, le maté-
riel, la fabrication, l'exploitation, les écri-
— 194 —
tures, la comptabilité, Texpédition des Tim-
bres-Poste et des chiffres-taxes, les impri-
més.
Une commission de contrôle permanent
est établie à Bordeaux et ses attributions
sont fixées avec la plus grande précision dans
les détails. Elle fonctionne sous les ordres du
Directeur des Postes de la Gironde , qui
peut se faire représenter par le contrôleur
des Postes de son département. Elle se com-
pose, outre ces deux personnes , de M. de
Maintenant, Inspecteur-Général, de M. Pé-
ligot, chimiste, de MM. Morin et Ladoux,
commis de direction , de deux brigadiers et
d'un gardien j désignés aussi nominative-
ment.
De son côté, M. Delebecque doit remettre
à M. le Garde-Magasin, c'est-à-dire au Di-
recteur des Postes de la Gironde, nommé
à ces fonctions, par lettres du 19 et du
21 octobre, une liste du personnel de ses
ateliers. Il ne pourra admettre dans les lo-
caux affectés à la fabrication aucun em-
— igS —
ployé étranger à cette liste. Les ateliers se-
ront ouverts pendant dix heures en été et
neuf heures en hiver. Pendant leur ferme-
ture, l'une des clefs reste entre les mains du
Garde-Magasin , l'autre est conservée par le
Directeur de la fabrication.
M. Delebecque a le monopole de la fabri-
cation. Les nouveaux timbres conserveront
la dimension et les couleurs des timbres ac-
tuellement en usage. Le pointillage qui sé-
parait les timbres antérieurement fabri-
qués n'est point exigé.
Le papier servant à la fabrication est
fourni par M. Delebecque qui le reçoit de
la maison Lacroix, d'Angoulème, et ne
peut en commander à un autre fabricant,
sans intervention du Garde-Magasin. La
livraison des feuilles n'est faite qu'avec les
précautions les plus minutieuses. Tous les
instruments et outils de fabrication et d'ex-
ploitation sont soumis à la surveillance la
plus active et la plus sévère.
L'expédition des timbres et des chiffres-
— ig6 —
taxes n'a lieu qu'en présence des deux con-
trôleurs, des brigadiers, du gardien, tous
spécialement désignés. Il en est de même
pour l'entrée des feuilles en magasin.
La situation du magasin est établie cha-
que jour; la situation générale, tous les
quinze jours; l'indemnité due à M. Dele-
becque réglée et payée tous les mois, sur la
production d'un mémoire en double expédi-
tion.
La conservation et le classement de tous
les documents composant les archives du
service sont dans les attributions du Garde-
Magasin et des contrôleurs.
Tel est le résumé de règlement minutieu-
sement élaboré; il ne nous reste qu'à cons-
tater les résultats donnés par cette entre'
prise temporaire.
VI
La première pianche qui fut imprimée
provenait d'une matrice faite à la plume et
représentant un timbre de 20 centimes, au
type de la République française ^. Cette
planche offrait de grandes difficultés dans
les reports; on dut alors graver sur pierre,
au moyen de la pointe d'acier et du dia-
mant, neuf matrices représentant les di-
verses catégories de Timbres-Poste . i, 2,
4, 5 centimes, 10, 20, 3o^ 40, 80 cen-
times. Ces matrices servirent à faire des
planches complètes de chaque catégorie ,
I. Ce sont les timbres classés dans les collec-
tions, comme type n" i.
— 198 "
contenant chacune 3 00 timbres. Ces plan-
ches s'imprimaient suivant les diverses cou-
leurs afférentes à thaque valeur de timbre
et elles étaient renouvelées chaque fois que
le tirage en avait affaibli la pureté.
Voici la manière dont il fallait procéder :
on tirait, sur papier de chine préparé pour re-
ports, i5 petites figures avec lesquelles on
formait une première planche servant de
deuxième matrice. Cette planche de 1 5 fi-
gures était alors tirée également sur chine à 2 o
épreuves, qui, réunies, formaient la planche
entière de 3 00 figures, disposées en deuxdemi-
feuillesde i5o figures chacune. On décalquait
cet ensemble sur une pierre lithographique
parfaitement préparée, et, au moyen de l'acide
et de la gomme, on fixait entièrement le re-
port , qui alors était livré à l'imprimeur 5
pour en faire le tirage.
Le papier servant à l'impression provenait
des ateliers de M. Lacroix, d'Angoulème.
Il était de différentes teintes, suivant chaque
catégorie, et avant d'être livré à l'ouvrier
— 199 —
imprimeur, il subissait une première pré-
paration d'un enduit invisible appelé ^ré-
servatif contre la contrefaçon. Chaque
feuille de papier était timbrée par les em--
ployés contrôleurs de l'administration des
Postes.
Outre les neuf matrices servant aux di-
verses catégories, il y en avait une dixième
appelée chiffre-taxe, ï5 centimes. Elle s'im-
primait en noir sur papier blanc ordinaire
et sans aucune préparation.
Dans cette fabrication il est nécessaire de
tenir compte des difficultés sans nombre qu'il
fallut surmonter. Le gouvernement siégeant
à Bordeaux, la Chambre des Députés enfin
réunie et les journaux absorbaient tous les
gens de métier et le matériel des presses
était insuffisant. On dut plus d'une fois
opérer avec de vieilles presses mises hors de
service, chaque imprimerie ne voulant céder
son matériel à aucun prix. Les couleurs
étaient introuvables, et pour les composer,
ce n'était pas trop de l'habileté, des conseils
200
et de l'active sollicitude de M, Péligot,
membre de l'Institut, chargé de la surveil-
lance des travaux.
Dans tout autre moment, et avec les pro-
cédés ordinaires de l'imprimerie, on aurait
réussi à fabriquer avec la même perfection
qu'à Paris.
VII
Le 4 mars 1871, M. Lapouyade, Direc-
teur des Postes de la Gironde, écrivit à
M. Delebecque :
« Monsieur, j'ai l'honneur de vous aviser
« officiellement que l'Administration a dé-
(( cidé la cessation immédiate de la fabrica-
« tion des Timbres-Poste et qu'en vertu des
« articles 3 et 4 de la convention du 3 1
« octobre dernier, le délai de 10 jours qui
« vous est accordé à titre de prorogation
« convenue commencerait à partir de de-
ce main. »
Le 18 mars, arriva à Bordeaux l'ordre dé-
finitif de cesser toute fabrication. Toutefois
— 202 —
ce fut seulement le 12 août suivant que le
Directeur-Général des Postes fit procéder à
la destruction de toutes les matrices. L'in-
surrection qui avait tenu Paris en captivité,
pendant deux mois et demi, avait failli ren-
dre encore nécessaire le recours à une fa-
brication en dehors de la capitale.
La fabrication des Timbres-Poste avait
duré un peu moins de cinq mois. Le tableau
suivant en présente les résultats i
1 CENTIM.
24.471.375
20 CENTIM.
b2.44S.17S
2 CENTIM.
8.882.475
4 CENTIM.
4.233.975
5 CENTIM.
6,393.825
10 CENTIM.
17.801.075
30 CENTIM.
2.935.875
40 CENTIM.
3.296.025
80 CENTIM.
2.338.575
Chiffrei-Taaes
15 CENTIMES
à percevoir
2.588.700
C'est un chiffre total de 125,387,075
Timbres produits. Le premier mois qui
inaugure, le cinquième qui clôt un peu
brusquement ont une part plus petite.
Nous ne tirons aucune conclusion de ce
récit; les événements exceptionnels et im-
— 2o3 —
prévus y gardent une trop grande place.
Mais l'épreuve est bonne et l'expérience
acquise.
CHAPITRE VIII
LE TIMBRE-POSTE AUXILIAIRE DE L'HISTOIRE
ET DE LA GÉOGRAPHIE.
I. Ordre chronologique de l'adoption du Timbre-
Poste : en Europe. — II. En Afrique. — IIL
En Asie. — IV. En Océanie. — V. VI. Dans
les deux Amériques.
LE Timbre-Poste a maintenant atteint sa
36* année et sa fortune est faite, sa re=
nommée sans reproche; il a rendu et il rend
chaque jour les services les plus sérieux aux
particuliers comme aux États. Le monde
entier est devenu son empire. Il a ses an-
nales historiques et géographiques.
Europe.
Contentons-nous de suivre ses progrès,
année par année, en commençant par l'Eu-
rope.
1840. Grande-Bretagne.
1843. Canton de Zurich.
1844. Canton de Genève.
1845.
i85o.
f85i,
— 208 —
Finlande.
Canton de Bâle.
1848. Russie.
France.
1849. { Bavière.
Belgique.
Espagne.
Suisse.
Toscane.
Autriche.
Lombardie.
Saxe.
Prusse.
Schleswig-Holstein .
Hanovre.
Italie.
Danemark.
Bade.
Wurtemberg.
Oldenbourg.
l Modène.
i852. Tour et Taxis.
( (pour l'Allemagne N. et S.)
— 209 —
Brunswick.
Etats de l'Eglise.
i852. 1
' Pays-Bas,
Parme,
' Luxembourg,
i853.
Portugal.
1854.
Norwége ,
i855.
Brème.
Suède.
i856.
Mecklembourg-Schwerin.
Naples.
i858. <
Pologne.
Moldavie.
' Sicile.
Hambourg.
1859. {
Lubeck.
Iles Ioniennes.
1
[ Romagne.
1860.
Malte.
1861. ,
1
Grèce.
1 Ville de Bergedorf.
1862.
Livonie (cercle de Wenden)
1862.
Moldo-Valachie.
— 210 —
i863. Turquie.
iHolstein,
Schleswig.
Mecklembourg-Strélitz.
1866. Servie,
1867. Héligoland.
1868. Allemagne confédérée du Nord.
1870, Alsace et Lorraine.
Hongrie.
1871. ,
Allemagne (Empire) .
1 874. Monténégro.
1875. Islande.
Ainsi, en 35 années, tous les Etats de
l'Europe, la Turquie elle-même ordinaire-
ment rebelle aux institutions européennes,
ont reconnu la nécessité de l'emploi du Tim-
bre-Poste. Et partout il a donné le signal
d'un prodigieux développement des cor-
respondances privées, par l'abaissement des
taxes, en même temps qu'il a accru les re-
venus produits par le monopole du trans-
port des lettres.
II
Afrique.
Colonies anglaises :
Ile Maurice. (1847);
Le Cap (Bonne-Espérance) (i853);
Ile Sainte-Hélène (i856);
Port-Natal (1857);
Sierra-Leone (1861);
Gambie (1869);
Lagos (1874);
Côte-.d'Or(i875).
Colonie française :
Ile de la Réunion (i852).
— 21 2 ™
Colonies portugaises :
Iles Madère (1868);
Iles Açores (1868);
Angola (1869);
St. -Thomas et Prince (1869),
Colonie espagnole :
Fernandô-Po (i868). •
Etats africains :
Libéria (1860);
Egypte (1866);
République Sud Afrique (1867) ;
République du Fleuve Orange (1868).
III
Asie.
États asiatiques :
Décan (1866);
Kachmyr (1866);
Japon (187 1) ;
Empire de Perse (1872);
Caboul (1873);
Pendjab (1875).
Colonies anglaises
Indes anglaises (1854);
Ceylan (1857);
Hong-Kong (1862);
— 214 "~
Shanghaï (1866);
Malacca (1867).
Colonies hollandaises
Indes néerlandaises (1864),
Colonies portugaises :
Indes portugaises (1872).
IV
Océanie.
Iles Sandwich ou royaume d'Hawaï (i852) ;
Iles Philippines, à l'Espagne (1854) ;
Nouvelle-Zélande, à l'Angleterre (i855);
Nouvelle-Calédonie, à la France (1860);
Sarawak (1866) ;
Fidji (1872).
Australie anglaise :
Nouvelle-Galles du Sud (i85o); .
Victoria (i 85 1);
Ile de Tasmanie ou de Van Diemen( 1 85 3) ;
Australie occidentale {1854);
Australie méridionale (i855);
Queensland (1861).
Amérique du Nord.
Possessions anglaises :
Canada (i85i) ;
Terre-Neuve (iSSy);
Nouveau-Brunswick (iSSy);
Nouvelle-Ecosse (i858) ;
Prince Edouard (1861) ;
Colombie britannique (1861);
Ile Vancouver (186 5).
États Américains :
États-Unis d'Amérique (1847);
États confédérés d'Amérique (18/1]
Mexique (1857);
Guadalajara (Mexique) (1867 ;
h
Amérique Centrale :
République Dominicaine {1862).
Antilles espagnoles :
Cuba et Porto-Rico (i855).
Antilles danoises :
Iles danoises des Indes occidentales j o/-
\ 1800.
St-Thomas, Ste-Croix et St-Jean j
Antilles anglaises :
Trinité (i85i); St-Vincent (1861);
Barbade (1852); Antigoa (1862);
Ste-Lucie (1859); Turques (i863);
Bahames (1859); Bermudes (i865);
Jamaïque (1860); Vierges (1866);
Grenade (1860); St-Christophe (1870);
Nevis (1861); La Dominique (1874).
i Honduras britanniqu.e(i865);
Honduras (1866);
Costa-Rica (1862) ;
San-Salvador (1867);
V '
( Nicaragua (1
1 Guatemala (1871).
VI
Amérique du Sud.
États américains :
Empire du Brésil (1843);
Chili (i852);
Uruguay (i856) ;
Pérou (1857);
République Argentine (i858);
Buenos- Ayres (i 858) ;
Corrientés (Argentine) (i858) ;
Venezuela (1859);
Nouvelle-Grenade (1859) ;
Cordoba (Argentine) (1860);
États-Unis de Colombie (1862);
Bolivar (Colombie) (i863);
— 219 —
Equateur (i 865);
Bolivie (1867) ;
Tolima (Colombie) (1868?);
Antioquia (Colombie) (1869?).
Cundinamarca (Colombie) (1870);
Paraguay (1870),
Colonies étrangères:
Guyane anglaise (i85o);
Guyane hollandaise (1873);
Curaçao, à la Hollande (1873).
CHAPITRE IX
LE TIMBRE-POSTE DANS LES ETATS DE
L'EUROPE OCCIDENTALE
l. Angleterre. — II. Colonies anglaises en Eu-
rope. — III. France : Vicissitudes des effigies.
— IV. Belgique, Pays-Bas, Luxembourg. —
V. Suisse. — VI. Espagne. Portugal. — VIL Italie :
ses révolutions postales suivant ses révolutions
politiques.
L'Angleterre a droit à la première place
dans cette revue. C'est à son génie pra-
tique qu'est due la création du Timbre-
Poste; d'autres peut-être y avaient pensé; la
première, elle l'a adopté, et lui a donné
son essor. Nous croyons l'avoir prouvé dans
notre étude sur les origines du Timbre-
Poste.
Nous avons raconté comment parut, au
i3 mai 1840, grâce à M. Rowland-Hill, le
premier timbre à un penny, noir; le mois
de juillet de la même année vit naître le
2 pence ^ bleu foncé. L'année 1841, en
— 224 —
janvier, donna naissance au timbre d'un
penny, rouge, au 2 pence, bleu, et plaça à
cette dernière valeur des lignes blanches
au-dessus et au-dessous de l'effigie de la
reine. En 1842, naissent le 6 pence, violet;
le 10 pence, brun, et le i schilling, vert.
L'année i85o se contente de reprendre les
timbres de 1840 et 1841. L'année 1854
agrandit la couronne qu'on voit en filigrane
dans les premiers types et crée \e penny, rouge
amarante; i855, le /\. pence, rose vif, avec
fil jarretière; i856, les 6 pence lilas et le
shilling, vert-clair avec fleurs héraldiques,
rose, chardon et trèfle; 1862 est plus riche
encore : 3 pence rose, 4 pence vermillon, 9
pence, brun-clair. En 1867, les nuances
se multiplient : 3 pence rose vif, 3 pence
rose pâle, 6 pence lilas pâle, 6 . pence
lilas vif; un shilling vert, un autre vert-
pâle, un 3""^ vert-jaune; 2 pence bleu-pâle,
2 pence bleu foncé. La même année on crée
trois valeurs nouvelles : 10 pence, brun-
rouge ; 2 shillings, bleu ; 5 shillings, rose;
— 225 —
en 1869, paraissent le 1/2 penny (half penny)
rouge et le 1/2 pence, même couleur. En
1872, le 6 pence est imprimé en brun^ cou-
leur qui se trouve modifié en gris-vert
en 1873.
i3.
II
Nous retrouverons les timbres de l'Angle-
terre dans toutes les parties du monde .
Ajoutons seulement à cette première énu-
mération les variétés qui appartiennent à ses
colonies européennes.
Héligoland, cette île située à l'embou-
chure de l'Elbe, dont la mer ronge sans
cesse les rivages, compte en 1867 quatre
timbres à l'effigie de la reine : 1/2 schil-
ling vert et rouge; i schilling, rouge et
vert; 2 schillings, vert et rouge ; 6 schil-
lings, rouge et vert.
Les îles anglo-normandes ne paraissent
faire usage que des timbres de la Grande-
— 227 —
Bretagne. Gibraltar, de même, Malte n'en
inaugure l'usage qu'en 1860 par le 1/2
penny bistre dont la nuance varie à chaque
tirage. C'est un timbre de correspondance
intérieure; au dehors, on emploie les tim-
bres anglais.
Les Iles Ioniennes, rendues au royaume
de Grèce depuis 1864, ont eu, jusqu'à cette
année, des timbres particuliers qui sont au-
jourd'hui des souvenirs du protectorat exercé
sur elles par l'Angleterre. Ils ont trois cou-
leurs '. jaune pour i obole; bleu pour 2 obo-
les; rouge pour 4 oboles 1,
I. L'obole vaut 5 centimes i/4, cent oboles font
5 fr. 25.
III
La France a mis dix ans, à peu près, à
suivre l'exemple de l'Angleterre, et c'est au
milieu d'une révolution qu'elle s'est décidée.
Elle est si souvent leurrée par les belles pro-
messes que lui prodiguent ses législateurs,
qu'elle est devenue défiante.
Le premier timbre français est républi-
cain... du lendemain, il est vrai; car la Ré-
publique, lorsqu'il parut, régnait déjà de-
puis dix mois, mais elle venait de nommer
Président le prince qui conspirait déjà pour
l'étouffer, l'héritier du César moderne. Ce
timbre portait une effigie inoffensive et at-
trayante; ce n'était pas la tête au bonnet
— 22g ~
phrygien popularisée par nos gros sous
encore en circulation et qui rappelait de
lugubres souvenirs; c'était une figure toute
poétique, sous laquelle on pouvait mettre le
nom de Liberté ou celui de République.
Le timbre de 20 centimes, noir, émis le
i" janvier 184g, eut aussitôt pour compa-
gnon le timbre ai un franc, vermillon. La
même année produisit, en août, le timbre
à' un franc, carmin pâle ; en décembre, le
40 centimes orange et le timbre à'wî franc,
carmin foncé.
L'année suivante, les nécessités du budget
firent élever la taxe des lettres simples de 20
à 25 centimes. Alors, parut le 2 3 centimes ^
bleu foncé; et successivement, le 25 centimes
bleu clair, le i5 centimes vert^ le 10 cen-
times jaune brunâtre. La couleur de ce tim-
bre étant préparée au mercure, on fut obligé
de le changer rapidement, parce que cette
préparation était nuisible à la santé des
ouvriers.
La loi du 23 mai i85o promettait des
— 23o —
timbres de 5o centimes; l'émission n'eut
pas lieu.
La transformation politique que tout le
monde prévoyait, que les politiques d'aven-
ture appelaient de leurs vœux , commença
par l'humble timbre-poste, qui n'en pouvait
mais. La belle effigie féminine disparut
pour faire place au profil césarien; c'était
annoncer que la République ne tarderait pas
à être contrainte de céder la place à l'Em-
pire. Un courtisan désintéressé des tim-
bres-poste emprunte à ce propos fort spiri-
tuellement le vers suivant au poëte qui allait
être l'ennemi le plus irréconciliable du nou-
vel usurpateur i
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte.
Le 2 5 centimes bleu^ à l'effigie du prési-
dent, est du 12 août i852 ; le lo centimes
jaune paraît au mois de septembre suivant.
A la fin de la même année, l'Empire est
fait. Les timbres de la période impériale ne
commencent pourtant qu'au mois d'août
— 23ï —
1853, avec le lo centimes, jaune. Viennent
successivement: en i853, un franc, carmin
foncé; 40 centimes, vermillon; i5 centimes,
bleu; en 1854 : 20 centimes, bleu; 80 cen-
times, carmin foncé ; 5 centimes, vert; en
1860, le 80 centimes, carmin clair ; un cen-
time vert-bron'^e. En i863, nous avons :
2 centimes, brun; 4 centimes, lilas, inau-
gurant le type à l'effigie laurée de l'empe-
reur. La série se complète en 1867-68 par
l'apparition des ro, 20, 3o, 40 et 80 cen-
times. Enfin, en 1869 paraît le timbre
oblong, lilas, de 5 francs.
L'Algérie n'est qu'une France africaine, et
elle emploie les timbres de la métropole. Les
autres colonies françaises ont leur timbre avec
l'aigle impériale couronnée; en 1860, le 10
centimes, jaune; /e 40 centimes, vermillon;
en 1862, I centime, vert-bro72\e ; 5 centimes,
vert', en 1866, 20 centimes bleu, 80 centimes
carmin. Depuis 1871 on se sert des timbres
de la métropole, mais non dentelés.
L'Empire n'était pas resté longtemps fi-
— 232 —
dèle à ses promesses de paix. L'aigle préfère
le laurier à l'olivier ; on ne saurait dire pour-
quoi. L'aigle se plaçait, en 1 860, sur les tim-
bres destinés aux colonies. En souvenir de
deux guerres heureuses, le laurier, à partir
de i863, orna la tête de Napoléon IIL La
série des effigies laurées se prolongea jus-
qu'en 1870, sans être interrompue par nos
malheurs au Mexique. Des désastres, plus
terribles, nous frappant de plus près y mi-
rent fin. Le laurier manque à un seul timbre,
au 5 centimes, vert, qui a été gravé et tiré,
mais non mis en circulation.
La République a ramené l'effigie de la Li-
berté qui a partout repris sa place, dans tous
les types, sur toutes les nuances, à toutes les
taxes.
IV
Belgique, Pays-Bas, Luxembourg
et Suisse.
La Belgique, qui n'a pas voulu demeurer
unie aux provinces protestantes des Pays-
Bas, et qui n'aspire pas aussi vivement que
les uns le souhaitent ou que d'autres le crai-
gnent, à se fondre dans l'unité française,
adopta le timbre-poste, six mois après la
France (27 Juin 1849), Monarchie consti=
tutionnelle, elle devait déjà 17 années de
paix et de prospérité à son premier roi,
Léopold I^^' ; l'effigie de ce prince parut
d'abord sur deux timbres : 10 centimes
briin-noir ; 20 centimes bleu clair ou bleu
— 234 —
foncé. L'année suivante, elle fut placée dans
un encadrement ovale : lo centimes^ brun;
20 centimes, bleu; 40 centimes rouge et
1 centime, vert, en 186 1.
C'est seulement en i863 que les timbres
belges commencent à présenter une plus
grande variété : du timbre vert d'un centime,
nous avons les nuances : vert, vert foncé,
vert-clair^ vert-olive; du bistre de 10 cen-
times : bistre-noir, bistre-foncé; du bleu
de 20 centimes : bleu foncé, bleu-pdle; du
carmin de 40 centimes : carmin pâle, carmin
foncé. En i865 paraissent les timbres gra-
vés à Londres : 10 centimes, gris; 20 cen-
times,bleu ; 3 G centimes, bistre; 40 centimes,
carmin; i franc, lilas ; de nombreuses
nuances en 1866 et 1867. En 1866 des
timbres aux armoiries : i centime, gris ;
2 centimes, bleu; 5 centimes, bistre.
L'effigie de Léopold P'' est conservée deux
années entières après sa mort. Avec celle de
Léopold II sont émis en 1869-70 : 10 cen-
times., vert ; 20 centimes, bleu; 3o centimes,
— 235 —
ambre; 40 centimes, carmin ; i franc violet^
et des timbres de journaux aux armoiries
de I, 2, 5 et 8 centimes. Après l'émission
de timbres-taxes de 13 et 20 centimes en
août 1870, paraissent en 1878 une enve-
loppe à 10 centimes tt en 1875 deux timbres
de 2 5 et 5 o centimes., à Teffigie du roi.
Les timbres des Pays-Bas datent du
le' Janvier 1 852, et sont à l'effigie du roi
Guillaume III ; un cor dans le papier rap-
pelle les anciens attributs de la poste. La
taxe est comptée par cents ; 100 cents valent
2 fr. 10. Ils présentent, de i852 à 1864,
trois nuances de 5 cents^ bleu, bleu foncé,
bleu-pâle; deux nuances de i o cents, rouge et
rouge-vif; deux nuances de 1 5 cents, orange
et orange foncé. Les années 1867, 1868
et 1869, accroissent le nombre de timbres: 5
cents, outremer pâle et outremer vif; i o cents
rouge carminé ; i 5 centimes, roux et roux
foncé; 20 cents, vert et vert foncé; 25 cents,
violet; 5o cents, or et or foncé ; i cent, noir;
2 cents, jaune. Les années 1869 à 1871 ap-
— 236 —
portent : 1/2 cent, bistre; i cent, vert pâle;
I 1/2 cent, rose; 2 cents, jaune; 2 1/2 cents,
violet: 2 1/2 cents, violet-rouge. En 1872,
l'effigie du roi Guillaume II î est placée dans
un cercle perlé et inaugure le 2 î/2/lorins^
carmin, centre bleu.
Le Luxembourg fait partie des posses-
sions néerlandaises; mais S. M. le Roi des
Pays-Bas n'a, dans le Luxembourg, que le
titre de Grand-Duc. Les premiers timbres,
en i852, portent son effigie. A partir de
ïSSg, elle est remplacée par les armes de
Luxembourg. La taxe est comptée par cen-
times jusqu'à I franc, comme en France et
en Belgique, sauf pour trois timbres desti-
nés exclusivement aux correspondances avec
l'Allemagne: 1,2, 3 silbergroschen{\2 1/2,
23 et 37 cent. 1/2).
La Suisse est liée étroitement à la France
par des parties toutes françaises, comme la
Belgique et le Luxembourg. Trois cantons
suisses : Zurich, Genève et Bâle, ont de-
vancé la France dans l'adoption du timbre-
poste. Le reste de la confédération helvé-
tique n'a suivi l'exemple qu'en i85o,
Zurich , en émettant le premier timbre
suisse, trois ans après l'Angleterre (1840-
1843), se contente modestement de lignes
rouges verticales couvrant tout le timbre.
La taxe seule distingue le timbre local, 4
centimes, du timbre cantonal , 6 centimes.
On comprend quelquefois dans les timbres
— 238 —
de Zurich le timbre dit de Winterthur por-
tant un cor de postillon avec croix blanche
sur champ rouge ( 1 8 5 o) ,
Genève, dans ses premiers types, garde ses
armoiries : à droite, une clef; à gauche, un
aigle couronné (1844) ou non.
Bâle (1845) a de même sa colombe blan-
che en relief sur écusson rose.
Dès i85o, l'administration fédérale crée
des timbres à croix blanche sur fond rouge,
mais distingue ceux des cantons allemands
et ceux des cantons français. En 1854,
elle adopte pour toute la Suisse un type
uniforme avec l'effigie de la Liberté, de
face et à relief. En i863, les timbres de
ce type ont cédé la place à une autre
série où l'effigie de la Liberté est tournée
vers la gauche. Les couleurs des 10 et
3o rappen sont changées en 1869, et on
émet cette même année une valeur nouvelle
de 5o rappen et des enveloppes timbrées de
5, 10, 25 et 3o rappen. En 1868 un 25 rap-
— 239 —
pen, en 1874 un 2 rappen bistre, en 1875
i5 rappen jaune-serin, viennent augmenter
la série des timbres en usage. L^emploi des
bandes timbrées commence en 1871.
VI
Espagne j Portugal.
L'Espagne a suivi de près la France et ne
s'est pas montrée d'abord disposée à rompre
avec la tradition monarchique comme sa
puissante voisine, encore républicaine pour
un temps. L'effigie de la reine Isabelle II
est la première marraine du timbre^^poste
espagnol; elle ne varie que par des détails
qui n'en amoindrissent pas le respect. En
i850j la figure est tour à tour à gauche ou
à droite dans un encadrement carré; la cou-
ronne royale et les larges bandeaux de la
chevelure, laissant apercevoir l'oreille, ne
varient guère. En i85i, la figurine est à
— 241 —
droite , l'encadrement ovale , la couronne
royale remplacée par une couronne de
perles, l'oreille cachée par un bandeau plus
large. En i852, le cadre est rond, l'oreille
continue à être cachée, le chignon (il faut
tout dire) est plus accusé et le diadème plein
a remplacé la couronne à fleurons. En i853,
le chignon est plus petit, l'oreille reparaît
et la couronne royale aussi. Trois autres
effigies de la reine Isabelle II, ne portant
point de dates, méritent encore d'être signa-
lées : l'une porte la couronne de laurier
couverte sur les côtés par un bandeau crêpé,
le ruban tombant sur le col comme dans
les médailles romaines ; l'autre a la cou-
ronne royale et une mèche bouclée pendant
sur la nuque ; la troisième porte une cou-
ronne de larges bandeaux crêpés, un chi-
gnon en torsades, et un ruban flottant qui
rappelle la médaille^
Dans la collection des timbres espagnols,
il ne faut pas croire que l'ours montant à
l'arbreet les armoiriesparticulières marquent
H. 14
— 242 —
une opposition à l'effigie royale. L'ours ap-
partient aux armes de Madrid et le timbre
à Tours est destiné à la circulation de la
capitale. Les timbres à armoiries sont à
l'usage de l'administration.
Nous ne nous occupons toujours que des
timbres de la Poste aux lettres. Les révolu-
tions les plus triomphantes sont aujourd'hui
obligées de compter avec eux. Les timbres
fabriqués à l'avance constituent un trésor
que les révolutionnaires ne dédaignent pas
plus que celui de la monnaie. Le radical le
plus acharné contre une dynastie ne répugne
pas à faire entrer dans ses poches le plus
grand nombre possible des effigies sonnantes
et trébuchantes du souverain régnant; c'est
en cela qu'il se rapproche de tout le monde.
Les chefs de la révolution de 1868 trouvè-
rent un moyen ingénieux de remettre en
circulation l'effigie de la Reine proscrite, en
frappant le timbre d'une surcharge noire.
Était-ce en signe de deuil ? Au mot habili-
tado, qui donnait le nouveau passeport, on
— 243 —
ajouta d'abord j7or la Juntarevolucionaria,
un peu plus tard, por la nacion.
Cette sage économie se prolongea jusqu'à
la fin de 1869, sans rendre beaucoup de par-
tisans à la reine déchue. De 1870 à 1872,
toute une série de timbres aux nuances les
plus variées porta une figure allégorique de
l'Espagne. En 1872, l'allégorie céda la place
à l'effigie moins mythologique du roi Amé-
dée ; mais ce prince se lassa, avec quelque
raison, de ses vains efforts pour rendre
l'Espagne heureuse malgré elle. La Répu-
blique a eu son tour, ramassant le fardeau
que le roi Amédée avait laissé tomber.
Un premier prétendant, don Carlos, a com-
mencé à lui disputer l'Espagne ; s'il n'a pas
trouvé tous les partisans qu'il espérait voir
accourir sous sa bannière, il n'a pas tardé à
recevoir des offres de modèles de timbres à
son eflfigie ; il a lui-même choisi un type ;
la fabrication a eu lieu, dit-on, à Rayonne.
Ce timbre a déjà ses contrefaçons et peut-
être son existence sera-t-elle plus longue
— 244 —
que celle du parti qui l'a enfanté au milieu
de la guerre civile. Depuis, le tour est à Sa
Majesté Alphonse XII !
Le Portugal, plus heureux dans son isole-
ment, a vu successivement, sans révolution,
l'effigie de la reine Maria II (i853) à gau-
che, remplacée par celle de don Pedro V,
à droite (i855), les cheveux plats, puis
en i856, les cheveux bouclés; en 1862,
effigie du roi Louis I", à gauche; en 1866
et 1871, cette effigie se retrouve sur les
timbres de ces émissions.
vn
Italie.
Chercher les annales des timbres italiens,
c'est faire l'histoire de la Péninsule depuis
2 5 ans; et jamais période ne fut plus féconde
en faits dignes d'intérêt. Une simple obser-
vation suffit : au début, l'Italie est encore
livrée à l'étranger et profondément divisée;
à la fin, son unité politique est fondée. Com-
mençons donc par le royaume de Piémont
et Sardaigne et suivons ses progrès.
Nous avons dit ailleurs comment l'Italie
avait failli devenir la mère-patrie du timbre-
poste. La maison de Savoie avait de hautes des-
tinées pour se consoler de cet ajournement.
■™ 246 ~
Elle adoptepourtant le Timbre-Poste à la fin
de i85o; c'est pour cela que plusieurs cata-
logues placent la première série des timbres
italiens au 1^'' janvier i85i. L'effigie de Vic-
tor-Emmanuel est la première; elle restera
la dernière, ajoutant aux victoires du champ
de bataille les victoires souvent plus dura-
bles de la conciliation. Les timbres ne va-
rient que par la taxe et la nuance. La mous-
tache guerrière du roi ne change ni avec
l'âge ni avec la fortune; la tête fière et hau-
taine n'a pas pris la couronne de lauriers;
c'est que Magenta et Solferino ont donné
à la France Nice et la Savoie ; c'est que la
conquête de Naples a été faite par un lieu-
tenant aventureux; c'est que la journée
de Custozza n'est pas la vraie cause de l'ac-
quisition de la Vénétie ; c'est enfin que
l'entrée du roi, à Rome, heureusement, n'est
pas due à un exploit guerrier.
Rappelons en passant quelques essais
pour substituer à l'effigie royale une figure
allégorique de l'Italie et même des armoi-
~ 247 -^
ries. La figure de Victor-Emmanuel a paru,
en définitive, suffire à personnifier l'Italie
nouvelle.
La Lombardie et la Vénétie ont donc mis
en usage les timbres de l'Empire autrichien,
l'aigle à deux têtes et l'effigie de François-
Joseph, avant d'entrer dans l'unité italienne,
l'une en iSSg, l'autre en 1866. La princi-
pauté de Parme a gardé sa fleur de lys sur-
montée d'une couronne jusqu'en 1859 et la
principauté de Modène son aigle couronné.
Le lion des armoiries de Toscane n'a été
remplacé qu'en 1860 par la croix de Savoie,
qui a elle-même cédé la place à l'effigie du
roi d'Italie.
Les Romagnes ont connu d'abord les tim-
bres des États de l'Eglise (i 852-1 860) ; en
1860, elles ont eu un timbre provisoire et
bientôt ceux du royaume italien.
A Napies et en Sicile, on parut hésiter
d'abord à livrer l'effigie du roi aux coups de
l'oblitération, et les armoiries eurent la pré-
férence. Enfin, en iSSg, Ferdinand II con-
— 248 —
sentit à y exposer sa tête. Puis vinrent des
timbres provisoires , et enfin l'Italie prit
possession. La croix de Savoie prend succès-
sivement la place du lion de Toscane, de
l'aigle de Modène , des fleurs de lys de
Parme. Mais les mots poste estensi, pro-
vincie modonesi, et sur une planche les
traces demeurées des armoiries des Deux-
Siciles sous la gravure nouvelle de la croix
savoisienne, sont autant de signes de la
brusque révolution.
Le pape demeurait seul en présence du
roi de la Péninsule demandant Rome pour
capitale. Le Timbre-Poste pontifical avec
les clefs de Saint-Pierre et la tiare antique
des vicaires de Jésus-Christ protestait contre
l'invasion des timbres italiens; son domaine
se rétrécissait chaque Jour; mais il restait
debout, avec ses symboles sacrés, sans effigie,
comme pour déclarer qu'il n'émanait pas
d'une autorité humaine et périssable.
CHAPITRE X
.E TIMBRE-POSTE DANS L'EUROPE DU
CENTRE, DU NORD ET DE L'EST
L Allemagne du Nord et Prusse. — IL Les Villes
Libres. — IIL Office de Tour et Taxis. — IV. Alle-
magne du Sud. — V. Suède et Norwége. —
VI. Finlande, Pologne, Russie. — VIL Empire
d'Autriche. — VIIL Roumanie, Servie, Grèce,
Turquie.
Allemagne du Nord et Prusse.
L'histoire du Timbre-Poste en Allema-
gne offre à l'origine une variété un peu
confuse qui rappelle la vieille histoire na-
tionale. Pour y mettre un peu d'ordre il
faudrait suivre la chronologie donnée plus
haut. La géographie nous fait une loi de
respecter la distinction établie entre l'Alle-
magne du Nord et l'Allemagne du Sud.
La Prusse j dont les rois parvenus du
xvm^ siècle ont emprunté à Louis XIV
de France , le Grand Roi moderne, le
fanatisme du droit divin, et mis sur le
\
— 252 — ■
compte de la grâce de Dieu les conquêtes
dues à la force et à l'intrigue, adopte, en
i85o, et garde jusqu'en 1860, l'effigie du roi
Guillaume IV avec une couronne de lau-
riers en filigrane, sans doute pour présager
à ce prince un avenir digne de ses aïeux.
En 1861, l'effigie royale est remplacée par
l'aigle prussien, à deux têtes.
La Saxe dans son premier type (i85o) se
contente d'un chiffre de taxe dans un carré.
Mais, en face de la Prusse envahissante, elle
a besoin de proclamer son entité monar-
chique. Dès la même année, un autre type
porte l'effigie du roi Frédéric-Auguste. Un
3me type, en 1854, porte les armoiries na-
tionales. En i855, l'effigie du roi Jean rem-
place celle de Frédéric-Auguste. En 1866,
la Saxe est absorbée dans la confédération
du nord; en 1870, dans le nouvel Empire
allemand.
La Prusse entraînait déjà dans son mou-
vement les petits Etats gravitant autour
d'elle. Les Duchés d'Anhalt-Dessau-Bern-
— 253 —
bourg, le district d'Allstadt (dans le Grand-
Duché de Saxe-Weimar) , la principauté de
Birkenfeld (dans le Grand-Duché d'Olden-
bourg), les districts de Frankenhausen et
de Schlotheim (dans la principauté de
Schwartzbourg-Rudolstadt) et la princi-
pauté de Waldeck, adoptent dès l'origine
les timbres prussiens.
Les Duchés de Schleswig-Holstein sont
initiés à l'usage du Timbre-Poste par un gou-
vernement insurrectionnel, qui adopte na-
turellement les armoiries nationales (i85o).
Deux timbres, l'un bleu, l'autre rose, aux
lettres S. et H., rappellent les noms des deux
Duchés, que la Prusse aide à soutenir leur
autonomie, en dissimulant sa propre ambi-
tion, jusqu'en i85i. Ces premiers timbres
sont abolis en i852, lorsque le Danemark
rentre en possession des Duchés. Les Tim-
bres danois les ont remplacés jusqu'en 1864.
D'une part , deux prétendants , Christian
de Danemark et Frédéric d'Augustenbourg,
se disputent les Duchés. D'autre part, la
II. i5
— 254 —
Prusse et l'Autriche;, trompant les petits
états allemands et dupes l'une de l'autre,
interviennent. On crée d'abord pour le
Schleswig et le Holstein des timbres dis-
tincts (1864), puis , après l'occupation
(1865), des timbres communs.
Le Hanovre est en retard de trois se-
maines sur la Prusse (3 décembre i85o);
mais en créant ses timbres, il semble pro-
tester contre la docilité anticipée des petits
Etats qui adoptent d'eux-mêmes les tim-
bres prussiens. Les premiers types portent
le nom de Hanovre avec ses armes en tête
et au centre, ou même une simple couronne
au-dessus du chiffre de la taxe. En 1860, un
type nouveau porte un cor de poste sur-
monté de la couronne. De iS5g à 1861 ,
une série de cinq timbres, de valeurs di=
verses, à l'effigie du roi Georges V, que les
env£loppes portaient déjà en 1857 et en
i858. Un timbre aux armes de la ville de
Hanovre avec cor de poste surmonté d'un
trèfle, était destiné au service de la capitale.
— 255 ~
Il en est de même d'un timbre au cheval
courant qui remplace le précédent.
Ne quittons pas encore l'Allemagne du
Nord. Le Grand-Duché d'Oldenbourg a ses
armoiries, de i852 à 1866. Il en est de
même de Mecklembourg-Schwerin depuis
i856 et de Mecklembourg-Strélitz depuis
1864. Le Duché de Brunswick, depuis
i852 , est généralement resté fidèle à son
cheval courant, surmonté d'une couronne,
sauf un type unique en son genre, qui date
de i856; c'est un timbre divisé également
en quatre carrés, portant dans chaque carré
une couronne et le chiffre 1/4, chaque carré
pouvant s'employer isolément. Le cor de
poste en filigrane accompagne ordinaire-
ment le cheval de Brunswick.
II
Nous devons une place aussi aux villes
libres, auxquelles le Timbre-Poste vint of-
frir une occasion de proclamer leur indé-
pendance. Hambourg, la reine de l'Elbe, a
son nom et ses armes, de iSSg à 1868 : un
château-fort surmonté d'une croix entre deux
étoiles. Brème avait devancé Hambourg de
4ans (i855), plaçant tour à tour sa clef dans
un écusson surmonté d'une couronne ou
dans un ovale. Lubeck, qui régna autrefois
sur la mer Baltique, a dans ses armes
l'aigle à deux têtes, dont les serres ne sont
point armées comme celles de l'aigle prus-
sien. La petite ville de Bergedorf, ancien
— 257 ~~
nid de pirates, s'étonne peut-être de la no-
toriété tardive qu'elle doit à ses timbres ;
possession commune de Hambourg et de
Lubeck, elle a placé dans ses timbres moitié
des armes de chacune de ces républiques, à
droite la moitié de l'aigle, gardant du moins
une tête entière, à gauche une tour et une
étoile.
La création des timbres ajoutait une dis-
tinction de plus aux deux offices qui se par-
tageaient le service postal à Lubeck : Tour
et-Taxis et office de Danemark; chacun eut
ses timbres propres. A Hambourg , de
même : là, six offices existaient avec leurs
attributions bien définies : i" Tour-et-
Taxis : correspondance avec la Belgique, la
France, l'Italie, l'Espagne, la Suisse et les
villes du sud de l'Allemagne ; 2° Office de
Prusse , pour Prusse, Pologne et Russie ;
3° Danemark; 4° Suède et Norwége; 5° Ha-
novre ; 6° Mecklembourg,
III
Nous avons expliqué ailkurs l'origine et
le rôle du célèbre office de Tour=et-Taxis.
L'invention du Timbre-Poste et les révo-
lutions de l'Allemagne menaçaient égale-
ment son monopole, déjà si amoindri à la
fin du XVIII® siècle et au commencement
du xixe.
Au moment où l'usage du Timbre=Poste
tendait à devenir général en Europe, l'office
de Tour-et-Taxis comprenait encore les
Etats suivants :
— 259 —
Allemagne du Nord.
Hesse-Electorale,
Grand-Duché de Saxe-Weimar-Eisenach,
Grand-Duché de Saxe-Altenbourg,
Principauté de Lippe-Detmold,
— de Schaumbourg-Lippe,
— de Reuss (branche aînée),
— de Reuss (branche cadette),
~ de Schwartzbourg-Sondershau-
sen
Villes libres de Brème, Hambourg, Lubeçk.
Allemagne du Sud :
Grand-Duché de Hesse-Darmstadt,
Principauté de Hohenzollern-Hechingen
(Prusse)
— de Hohenzollern-Sigmaringèn
(Prusse)
Grand-Duché de Nassau,
— de Saxe - Meiningen - Hild -
burghausen,
— de Saxe-Cobourg-Gotha,
— 200 —
Principauté de Schwartzbourg-Rudolstadt,
Landgraviat de Hesse-Hombourg,
Ville libre de Francfort.
L'office de Tour-et-Taxis eut ses timbres
à partir de i852. L'on n'eut pas l'idée
d'y placer l'effigie de l'un des Princes in-
vestis du monopole. Ils portèrent seule-
ment le nom de l'antique famillCo Les
nuances et les chiffres de taxe distinguèrent
seuls les séries et les émissions successives
de i852 à 1866. Quelque différence de pa-
pier et d'impression, entre Berlin et Franc-
fort, les deux sièges de fabrication, mais
surtour le Silbergroschen et le Kreu^er
marquèrent la séparation entre les timbres
du nord et ceux du sud.
IV
Quand nous aurons dit quelques mots du
Grand-Duché de Bade, du Royaume de
Wurtemberg et de la Bavière, nous en au-
rons lini avec l'Allemagne d'hier, c'est-à-
dire avec l'Allemagne telle qu'elle était
avant 1866.
Le Grand-Duché de Bade admet le Tim-
bre-Poste par une loi en date de i85o, men-
tionnée sur le i*''^^ type. De i85i à 1860, on
se contente d'un double encadrement avec le
chiffre de taxe dans une rosace. En 1860,
on y substitue les armes du Grand-Duché :
l'écu couronné et les deux lions à tête d'ai-
gle. L'effigie du prince régnant n'apparaît
que sur les enveloppes (octobre i858).
i5.
— 202 —
Le royaume de Wurtemberg n'a aussi au
début (i85i) que des timbres avec simple
chiffre de taxe inscrit dans un losange. Les
' armoiries du royaume : lion et cerf tenant
un écusson, ne sont placées d'abord que sur
un cachet spécial affecté aux lettres dont on
n'a pas trouvé le destinataire. En iSSj,
elles paraissent sur les timbres proprement
dits, mais sans l'effigie du souverain. L'an-
née 1868 voit une nouvelle émission de
timbres avec chiffres de taxe dans un ovale,
sans armoiries. Mais les cartes de corres-
pondance portent les armoiries (1870), tan-
dis que les enveloppes n'ont que des chiffres
inscrits en couleur.
La Bavière, autrefois notre alliée fidèle,
entraînée aujourd'hui plus ou moins volon-
tairement dans les passions germaniques, a
des timbres dont la simplicité est toute pri-
mitive. Ses artistes, si fiers des monuments
et des musées de Munich, n'ont pas daigné
faire du timbre une œu\ie d'art. Le premier
type (1849) porte au centre un ornement
— 263 —
qui disparaît aussitôt; ou n'y a placé que le
nom du Royaume et les chiffres de la taxe.
Ce n'est que i8 ans après que sont émises
les séries avec armoiries à relief; on ne voit
nulle part l'effigie du roi régnant. Mention-
nons des timbres spéciaux pour l'armée ,
portant l'image d'un soldat bavarois, fan-
tassin, artilleur ou cavalier.
« Après la bataille de Sadowa, la Prusse
« s'annexe plusieurs États jusqu'alors indé-
« pendants et fonde, avec ceux qui subsis-
« tent en deçà du Mein, la Confédération de
« l'Allemagne du nord. De nouveaux tim-
« bres sont émis le i^"^ janvier 1868, ayant
« cours dans tous les Etats qui font partie de
(( la Confédération. Les timbres particuliers
« de ces États sont retirés de la circulation :
« par suite , les timbres des royaumes de
« Prusse, de Hanovre et de Saxe, ceux des
« grands-duchés d'Oldenbourg, de Meck-
« lembourg-Schwerin et de M ecklem bourg-
ce Strélitz, ceux des duchés de Brunswick et
« de Schleswig-Holstein, ceux enfin des villes
— 264 —
« libres de Brème, Hambourg et Lubeck
« et de la ville de Bergedorf, disparaissent,
oc Toutefois les enveloppes fabriquées par
« plusieurs de ces Etats : Prusse, Saxe^
« Brunswick, Oldenbourg, Mecklembourg-
« Strélitz, continuent momentanément à
« avoir cours , mais à la condition d'être
« surtimbrées d'un timbre de la Confédé-
« ration, témoignage curieux de cette pé-
« riode de transition. La Confédération ar-
ec chète, en outre, au prince de la Tour et
« Taxis le privilège de grand-maître hé-
« réditaire des postes allemandes , que sa
« maison possédait depuis le xvi* siècle, et
« les timbres de l'office de la Tour et Taxis
« disparaissent également.
« Le 18 janvier 1871, le roi de Prusse est
« proclamé empereur d'Allemagne , et de
« nouveaux timbres, aux armes de l'Em-
« pire, viennent remplacer ceux de la Con-
« fédération (i5 décembre 1871). De tous
« les Etats allemands autres que l'Autriche,
« la Bavière et le Wurtemberg seuls con-
— 265 —
« servent des timbres-poste particuliers ; le
a grand-duc de Bade affirme son adhésion à
« la suprématie de la Prusse en abandon-
« nant ses propres timbres pour adopter ceux
« de l'empire d'Allemagne. Enfin, en 1874
« et 1875, l'unification du système moné-
« taire de l'empire allemand fait disparaître
«les différences qui avaient existé jusqu'a-
« lors entre les États du nord et les États du
« Sud, et une nouvelle émission pour laquelle
« le mark de l'Empire est uniformément
« employé, fait faire un pas de plus à l'u^
« nité allemande 1. »
« Il est à noter cependant que si les États
« compris dans la Confédération perdent leur
« autonomie en ce qui concerne les relations
«extérieures, s'ils ne peuvent plus avoir
« de timbres-poste distincts, ils conservent
« leurs droits de souveraineté en ce qui tou-
« che notamment la perception de leurs im-
« pots respectifs. Aussi plusieurs d'entre eux
I . Bulletin de la Société française de timbrologie.
n° I, 1875.
— 266 —
« ont-ils conservé ou créé des timbres fis-
« eaux (royaume de Saxe, grands-duchés de
« Mecklembourg-Schwérin , d'Oldenbourg
(i et de.Hesse, duché de Brunswick, princi-
« pautés de Saxe-Cobourg-Gotha, de Schaum-
« bourg-Lippe et de Schwarzbourg- Sonder-
« shausen, ville libre de Brème). »
Danemark. Suède et Norwége.
En Danemark, un modèle à l'effigie royale
et un autre avec tête de Mercure sont pro-
posés, mais non adoptés (i85o). L'année
suivante inaugure les timbres danois, por-
tant les armes du Royaume dans un cercle :
un sceptre et un glaive croisés et au-dessus
une couronne fermée. Le fond à Torigine
est sablé, plus tard ondulé. En i 864, le cer-
cle est remplacé par un ovale. Un seul
type porte au centre le chiffre de taxe au
lieu des armoiries.
La Suède est en retard sur le Danemark.
De plus, ne formant qu'un état avec la
— 268 —
Norwége, elle cherche pourtant dans le
Timbre - Poste une nouvelle marque de
séparation et de nationalité propre. Le pre-
mier type suédois (i855) porte l'écu aux
trois couronnes, surmonté d'une couronne
plus grande et rappelle ainsi le temps où la
Suède, la Norwége, le Danemark se réunis-
saient sous une même dynastie. Un deuxième
type porte au centre l'indication de la taxe
en toutes lettres ; un troisième, avec le lion
de Suède couché auprès d*une couronne à
rayons, ne sert qu'à la circulation dans la
circonscription d'un bureau de poste.
La Norw^ége paraît avoir précédé la Suède.
Les premiers timbres (1854) ont les armoi-
ries nationales : un lion armé d'une hache,
dans un écusson . La même année , un
deuxième type porte l'effigie du roi Oscar i*"".
En 186 3, on revient au lion armé dans un
écusson.
A côté des timbres publics, se rencontrent
en Norwége, un grand nombre de timbres
particuliers. La poste de l'Etat ne remet pas
— 269 —-
les lettres à domicile; des postes privées
prennent ce soin dans les grandes villes et
elles ont leurs timbres sous le nom de Bu-
reaux supplémentaires.
VI
Finlande, Pologne et Russie.
Dans l'immense empire de la Russie où
tant de nationalités s'agitent encore, l'usage
du Timbre- Poste était une bien modeste
occasion de protester contre l'unité accep-
tée ou subie.
La Finlande précède la Russie dans cette
innovation (i856) et sur ses timbres place
ses armoiries : le lion dans un écusson sur-
monté d'une couronne fermée; au-dessous
viennent s'ajouter deux petits cornets de
poste croisés ; ils sont supprimés dans le type
de 1860. Dès l'année 1845, la Finlande
avait des enveloppes-poste, dont le timbre
■—271 —
portait le même écusson, au-dessus une
couronne fermée, de chaque côté un grand
cornet de poste.
Les timbres de Pologne, dans leur courte
existence, ont vu les dernières années oîi une
nation malheureuse , gardant encore son
nom, sa langue, un simulacre d'institu-
tions nationales, pouvait espérer un avenir
meilleur. Les armoiries de i858, pour la
poste locale de Varsovie; celles de 1860,
pour le dehors ne diffèrent pourtant que fort
peu, avec l'aigle à deux têtes, des timbres
russes. A partir du i3 février i865, la poste
de Varsovie est supprimée.
La province de Livonie (cercle de Wen-
den) a également ses timbres avec griffon
dans un ovale (1864) et avec un bras armé
d'une épée (1872),
Les armoiries du premier type russe (1857)
l'aigle en blanc, dans un ovale, au-dessous
deux cornets de poste , le tout au milieu du
manteau surmonté de la couronne impé-
riale , ne diffèrent pas du type de Varsovie
— 272 —
qui est postérieur (1860). Deux autres mo-
dèles, avec couronne au-dessus des deux tê-
tes de l'aigle, un écusson sur sa poitrine, 3
petits écussons sur chacune de ses ailes, au-
dessous deux cornets liés et enlacés, en dif-
fèrent un peu plus. La queue de l'aigle en
éventail crée une variété dans les envelop-
pes, où les armoiries sont les mêmes, d'ail-
leurs, que sur les timbres-poste, les cartes
de correspondance et les timbres-télégraphe.
Un grand nombre de postes locales, dans
toute la Russie, ont leurs timbres particu-
liers, la plupart, comme ceux de Finlande,
aux armoiries des provinces ou des grandes
villes, ou bien portant des signes symboli-
ques. Mentionnons, à titre de curiosités, la
gerbe de blé, le râteau et la faux de Gherson;
le livre ouvert, les gerbes, la faux et les plu-
mes enlacées d'Elisavetgrad; le Saint-Geor-
ges à cheval de Bogorodsk ; la ruche et les
abeilles de Tambofî, le cavalier fumant de
Meiitopol.
Remarque importante : l'effigie du Tzar
27^ —
n'apparaît sur aucun timbre. Le culte dont
la personne impériale est l'objet se concilie-
rait peu avec les usages profanes de la poste.
Il y a en Russie une énorme quantité de
timbres locaux dont l'histoire vient d'être
écrite par M.Samuel Koprowski.
vu
Empire d'Autriche.
L'administration supérieure autrichienne
semble avoir partagé d'abord les scrupules de
Saint-Pétersbourg et de Naples au sujet de
l'effigie impériale ou royale. Les premiers
timbres-poste ne portent que les armoiries de
l'Empire, avec l'aigle à deux têtes. Les tim-
bres pour journaux portent une tête de Mer-
cure. C'est seulement en i858 que l'image
de François-Joseph I®'' est confiée aux tim-
bres. Nous l'y retrouvons dans toutes les
émissions jusqu'à nos jours, tour à tour à
droite ou à gauche, malgré un retour mo-
mentané aux armoiries et à l'aigle (i863
— 275 —
et 1864). La tête de Mercure reparaît aussi
en i865 et 1867 sur les timbres à journaux,
concurremment avec l'aigle à deux têtes. Les
enveloppes qui ne datent que de 1861, ont
indifféremment l'effigie ou les armoiries.
La principauté de Lichtenstein fait usage
des timbres autrichiens.
En 1868 et 1871, des timbres spéciaux
sont créés pour le royaume de Hongrie et
les confins militaires , en consécration du
nouveau régime politique établi depuis
1867.
VIII
Roumanie, Servie , Grèce et Turquie.
L'Europe orientale est lente à recevoir
l'influence de la civilisation occidentale ,
comme si elle penchait encore vers l'Asie.
Les principautés roumaines, qui se tour^
nent volontiers vers l'Italie pour rappeler
l'origine de leur race et vers la France pour
s'inspirer de son esprit généreux, ont com-
mencé le mouvement.
La Moldavie a eu d'abord ses timbres par^»
ticuliers. Elle y mit ses armoiries : une tête
de taureau, cornes presque droites, oreilles
redressées, une étoile à cinq rayons au-dessus,
un cor de poste en bas (i858);; le tout dans
un cercle. Un autre type porte ces armoiries
dans un rectangle (1858-62).
— 277 —
Au 25 juin 1862, paraissent les timbres
des Principautés-Unies : l'aigle de Valachie
prend place à droite de la tête du taureau
moldave. Parmi les essais on voit figurer un
lion dans un écusson et un aigle dans un
ovale. En i865, le prince Couza profite de
sa souveraineté passagère pour imiter les sou-
verains débonnaires qui ne craignent pas de
livrer leur effigie à l'oblitération postale ou
qui se plaisent à la voir répandue en tous
lieux par une monnaie peu dispendieuse. En
1866, le prince Charles de HohenzoUern
prend la place et la garde plus longtemps.
Une dynastie commence peut-être.
Les timbres de Servie ne datent que de
1866. Les premiers portent des armoiries
dans un cercle : écusson et croix blanche.
L'inscription est en langue russe. La même
année, un autre type porte l'effigie de Mi-
chel Obrenovitch III et l'inscription est en-
core en russe. En i86g, le prince Milan
succède à Michel Obrenovitch et son profil
apparaît sur |es timbres-posle.
II. 16
— 278 —
La Grèce demande d'abord à la France de
lui graver ses timbres (1861) et elle y prend
l'effigie de Mercure. Le premier tirage vient
de Paris. Il a été confié depuis à l'industrie
nationale. En 1864, l'effigie du jeune roi
arrivé de Danemark, Georges P% est pro-
posée pour remplacer la tête du Dieu Mer-
cure, qui joue aussi dans cette modeste
histoire le rôle de prétendant à plus d'un
trône postal.
La Turquie accueille enfin le timbre-
poste en i863. Elle se garde d'y compro-
mettre l'effigie sainte du commandeur des
croyants, mais elle y met son nom. En 1864,
les timbres portent un croissant surmonté
d'une étoile, dans un ovale : les uns, pour
la circulation générale, portent l'inscription :
Poste, Empire ottoman; les autres (i865),
pour la capitale et ses faubourgs : poste lo-
cale. En 1866, paraissent des timbres de
service mixte.
Si de la Turquie d'Europe nous passons à
la Turquie d'Asie, nous y trouvons la poste
— 279 —
à l'état rudimentaire . L'antiquité était
plus avancée. Les gouvernements qui sub-
ventionnent les lignes de steamers pour
l'Orient ont des bureaux de poste spé-
ciaux. C'est ainsi que Jaffa possède trois bu-
reaux européens : français, autrichien et
russe.
Les correspondances d'un port à l'autre se
font en général par la poste autrichienne,
aussi régulière que la poste française et de
beaucoup moins dispendieuse. Le coût d'une
lettre de i5 grammes, d'un point de la côte
turque à l'autre est de 2 5 centimes, et par la
poste française lo grammes paient 40 cen=
îimes.
Dans aucun cas, l'affranchissement n'est
obligatoire. Le prix par 10 grammes est de
80 centimes à destination de France, et de
37 1/2, par i5 grammes, pour l'Autriche et
l'Allemagne.
Bien que la poste française ait abaissé à
60 centimes le transport des lettres pour l'I-
talie, la Belgique et l'Angleterre, les prix
— 28o
de la poste autrichienne sont encore plus
réduits : Sa taxe est de 5o centimes, même
pour les correspondances de l'Amérique qui
prennent la voie allemande.
CHAPITRE XI
LE TIMBRE-POSTE EN AFRIQUE, EN OCÉANIE
ET DANS LES DEUX AMÉRIQUES.
L Le Timbre -Poste suit la civilisation. —
IL États et Colonies de l'Afrique. — III. États
et Colonies de l'Asie. — IV. États et Colonies
de rOcéanie. — V. .Amérique du Nord. —
VI. Amérique du Sud.
i6.
LA Méditerranée n'est qu'un fossé creusé
entre l'Europe méridionale et l'Afrique.
Ce fossé, les peuples de la Péninsule hispa-
nique, ceux de la France, de l'Italie, de la
Grèce, l'ont franchi de tous temps et le fran-
chissent chaque jour. Le Timbre-Poste les
y a suivis en attendant qu'il s'y fît des sujets
indigènes. Sans doute il n'y a pas encore
une variété aussi grande qu'en Europe; on
y acquiert cependant à sa suite plus d'un
enseignement.
Voyez quels liens étroits le rattachent à
la civilisation. Il ne trouve aucune place
dans les Etats en décadence, tombés dans
— 284 —
un engourdissement mortel. Partout oîi
s'agitent l'activité et le génie de Thomme, il
se transforme, il se multiplie. Les collec-
tions du vieux monde ne vivent guère que
d'emprunts à l'Europe. Mais quelle richesse
éclate dans les sociétés Jeunes, industrieuses,
fécondes des deux Amériques et de l'Aus-
tralie.
Ce spectacle n'est pas sans intérêt.
II
États et Colonies de l'Afrique ..
L'Egypte , qui se vante d'avoir été le
théâtre de la plus vieille civilisation du
monde, a pu renouer ses rapports quoti-
diens avec l'Europe depuis qu'un Français
lui a rendu la route de l'Inde, Le vice-roi,
qui voudrait bien s'affranchir de la suze-
raineté onéreuse des Turcs Ottomans, ne
pouvait pas songer plus que le Sultan à po-
pulariser son effigie par le Timbre. Il a fait
graver sur les timbres égyptiens la solen-
nelle image des Pyramides (1866); on y
ajoute en 1872 une étoile et un croissant.
Parmi les essais on remarque un sphinx avec
— 286 —
étoile et croissant; une étoile à cinq bran-
ches dans un ovale perlé; deux étoiles à qua-
tre branches dans un cercle perlé.
Les régences de Tunis et de Tripoli, et
l'Empire du Maroc ne paraissent pas avoir
songé à secouer l'apathie indolente de l'Isla-
misme, pour faire accueil au Timbre-Poste.
Il s'agite trop pour ces races endormies : un
bon croyant n'écrit pas ; tout est écrit d'a-
vance au livre de la destinée.
L'Algérie, plus heureuse, devient peu à
peu une France africaine et elle a pris les
timbres de la métropole triomphante. Le
Sénégal, plus éloigné, y a trouvé les mêmes
avantages ; File Bourbon ou de la Réunion
a eu d'abord un timbre à son nom.
Les Portugais, premiers explorateurs des
côtes africaines baignées par l'Atlantique et
par l'océan Indien, portent aussi leurs tim-
bres de Lisbonne aux comptoirs qui leur
restent : à Madère^ aux Açores, à Angola,
à St-Thomas et à Prince.
Les colonies anglaises d'Afrique renouvel-
— 287 —
lent chacune à leur façon les variétés du
culte rendu à la reine Victoria : Sierra-
Leone, tête de la Reine; Ste-Hélène, même
type avec le nom de l'Ile; Port-Natal, buste
couronné; Ile Maurice, tête avec diadème,
tête avec un simple cercle et un autre type :
Britannia assise. Le Gap a préféré l'image
mythologique sortie, dit-on, de la boîte de
Pandore : l'Espérance ! Gambie , Lagos ;,
Gôte-d'Or, ont l'effigie de la reine Victoria.
Libéria, le petit Etat fondé sur la côte de
Guinée par la société philanthropique de
Philadelphie, s'est souvenu de son origine :
l'effigie de la Liberté placée sur ses timbres est
d'un heureux augure pour l'affranchissement
de la race noire, et le vaisseau qui s'y joint
est un hommage de reconnaissance à l'Amé-
rique,/apatriant les victimes delà traite!
Le sultan de Zanzibar a voulu visiter
l'Europe cette année, comme les souverains
de Perse et de Turquie l'ont fait naguère ;
espérons qu'il aura remarqué les bienfaits du
Timbre- Poste et qu'il voudra en doter ses
sujets. Si sa religion lui interdit l'effigie hu-
maine, qu'il adopte l'image de quelque ani-
mal précieux du désert. Les rois trop nom-
breux du Soudan et de l'Afrique australe
en seront jaloux. Et bientôt un nouveau Li-
vingstone ira propager le timbre-poste chez
les Tibbous, les Touaregs, les Mandingues
et les Makololo.
III
Asie.
Si de l'Europe nous passons en Asie, nous
retrouvons d'abord les Timbres turcs dans
laTurquie asiatique, les timbres russes, dans
les provinces caucasiennes et dans la Sibérie,
où ils suivent les progrès de l'aigle russe jus-
qu'aux portes de Tlnde et de la Chine.
Le souverain de la Perse, héritier des
grands rois, a-t-il gardé bon souvenir de son
voyage en Europe? Le timbre-poste n'ob-
tient qu'en 1872 l'entrée dans ses états. On
croit que certains essais remontent jusqu'en
i865, avant le voyage. Le Timbre-Poste de
1872 porte, dans un cercle perlé, un lion
II. 17
— 290 —
tenant un cimeterre. A Caboul (1873), on
prend la tête de tigre.
L'Inde a le timbre de Kachmyr (1866),
comme un dernier vestige d'indépendance.
Partout ailleurs, les timbres anglais offrent
sans cesse aux indigènes l'image de la reine
Victoria, Indes (1854). Ceylan (1857). Ma-
lacca (1867). Hong-Kong (1862), la porte
jusqu'au seuil de l'Empire chinois. Shan-
ghaï la remplace par un dragon.
Le Japon, si prompt à imiter la civilisa-
tion européenne, a ses timbres en 1871 : la
valeur est indiquée en caractères chinois
dans un cadre grec. Un type de 1872 porte
les armes du mikado (branches de chrysan-
thème).
IV
Océanie .
Même spectacle en Océanie. Partout le
Timbre-Poste atteste par sa pre'sence l'acti-
vité des colons européens ou les progrès des
indigènes.
Les Iles Philippines restent fidèles à
l'effigie couronnée de la reine Isabelle II,
1854-70, et suivent depuis la fortune de
l'Espagne.
LTnde Néerlandaise (Sumatra, Java) s'in-=
cline avec plus ou moins de docilité de-
vant l'effigie du roi des Pays-Bas (1864).
La Nouvelle-Calédonie reçoit les timbres
français.
Le royaume des Iles Sandwich ou d'Ha-
— 292 —
waii a ses timbres depuis i852 et y compte
déjà sept effigies successives, trois du même
nom, Kaméhamélia III, Kaméhaméha IV,
Kaméhaméha V, prince Leieiohoku, prin-
cesse V. Kamamalu, roi Kalakama^ et gou-
verneur Kekuanavo. Heureux peuple chez
qui le fils succède à son père, sur le trône,
comme dans la chaumière, ainsi que le de-
mandait en France un vœu célèbre, qui n'a
pas été exaucé. Le Directeur des Postes
d'Hawaii a dû récemment admirer la science
de nos Timbrologues : on lui a signalé d'ici
une lacune dans la collection dite complète
qu'il avait gracieusement envoyée à Paris.
L'effigie de la reine Victoria domine dans
toutes les colonies australiennes : Qiieens^
land, buste couronné; Noiivelle-Galles du
Sud, tête avec couronne de lauriers (i852),
buste avec couronne et sceptre (1861), tête
avec guirlande (1864) ; Etat de Victoria, la
reine à mi -corps (i85o); la reine assise
sur un trône (i852), la tête couronnée, en
cercle ou en ovale (18 58), tête avec couronne
— 293 —
de lauriers (i863); Australie méridionale
tête à gauche (i855).
V Australie occidentale est le seul Etat
qui ait mis sur ses timbres une sorte d'ar-
moiries : le cygne australien. Un timbre de
la Nouvelle-Galles du Sud portant une vue
de Sydney, et le St-Georges à cheval de Tas-
manie sont également de rares exceptions
dans le groupe d'Australie. L'île de Tas-
manie ou de Van Diemen, qui semble à
peine détachée du troisième continent, a par-
tout l'effigie de la Reine; le St-Georges à che-
val n'est qu'un timbre de commerce.
En prenant possession des îles Fidji, l'An-
gleterre substitue, en attendant mieux, les
lettres V. R. (Victoria Regina), à celles G. R.
(Cakobau Rex).
Le timbre de la Nouvelle-Zélande avec
le buste de la Reine complète le groupe des
timbres anglais en Océanie.
V
Amérique du Nord.
Voyez avec quel art ingénieux le Timbre-
Poste pousse aux études géographiques.
Nous voilà en Amérique. Nous venons de
rire à l'idée que les Makololo de l'Afrique
australe seraient un jour convertis à la Poste
et à ses timbres. Qui eût dit, au temps où
Christophe-Colomb aborda sur les rivages
du Nouveau-Monde, que les descendants des
Caraïbes, des Aztèques et des Peaux-Rouges
correspondraient un jour avec l'Ancien-
Monde, par lettres affranchies et par télé-
grammes avec réponse payée?
C'est à peine si l'Europe présente des col-
lections plus variées que celles de l'Ame-
— 295 -—
rique du Nord et de l'Amérique du Sud, y
compris leurs grandes îles.
Nous y retrouvons d'abord les tim^bres
des Anglais, qui témoignent ici, comme en
Asie , de l'étendue de leur domination.
Terre-Neuve, de iSSy à 1864, se contente
d'une couronne entourée de fleurs ou d'une
feuille de trèfle et d'un chardon en bouquet ;
en 1866, elle a des timbres à l'effigie de la
reine, à gauche et de face, et un seul avec
celle du prince de Galles. Le Nouveau-
Brunswick a tour à tour la tête de la reine
couronnée ou le buste du prince de Galles
en costume écossais. Plusieurs timbres por-
tent une locomotive, un bateau à vapeur, etc.
La Nouvelle-Ecosse, comme l'île du prince
Edouard, garde la tête de la reine, sauf les
timbres de iSSy, portant une couronne en-
tourée de quatre étoiles. Le Canada sait
plaire à la reine, en plaçant à côté de son
buste celui du prince Albert ; mais il se sert
aussi de l'effigie de Cartier pour rappeler la
découverte de son territoire, et du castor,
— 2g6 —
pour faire allusion au produit qui l'enri-
chissait jadis.
La colonie Britannique et l'île Vancouver
s'en tiennent à l'image de la reine ; un
timbre de i865 ne porte pourtant qu'un
V gothique, surmonté d'une couronne. Les
îles Bermudes ont la tête de la reine.
Les États-Unis ont porté dans leurs tim-
bres l'esprit de leurs institutions ; ils ont
voulu , par cette circulation incessante ,
placer sous les yeux du public les portraits
des grands citoyens dont s'honore la patrie
commune. Washington, Franklin, les fon-
dateurs de l'indépendance, y ont la première
place; Jeflferson, Andrew Jackson, dont le
dévouement affermit les libertés publiques,
viennent après eux. Un timbre honore la
mémoire de Lincoln, le sauveur de l'Union.
Les timbres des Etats rebelles, qui appar-
tiennent aujourd'hui à l'archéologie, essayè-
rent de donner la même popularité à Davis,
leur président, et à d'autres encore.
La République du Mexique, de i855 à
— 297 —
1864, n'a connu que l'image du curé Hi-
dalgo. En 1864, un prince soutenu par une
politique imprudente modifiait ses armoi-
ries en couronnant Vaigle tenant un ser-
pent. L'anne'e 1866 y vit substituer la tête
de l'empereur Maximilien : triste symbole,
cette fois ; c'était sa vie que le prince allait
donner au Mexique soulevé contre l'étranger,
L'Amérique centrale qui comprend les
Antilles révèle sa vanité politique et géogra-
phique. Cuba reçoit comme Porto-Rico l'ef-
figie de Isabelle II frappée de l'éphémère /7<i!-
bilitado de la République. La Jamaïque ,
Antigoa, Sainte-Lucie, Saint- Vincent, Baha-
mas, Grenade, Turques, Saint-Christophe,
ont l'image de la reine Victoria.
Névis porte trois figures de femmes au
fond d'une cascade; les îles Vierges, une
femme tenant en main une fleur de lys; la
Barbade, la Trinité, une Britannia assise.
Saint-Thomas, Sainte-Croix élèvent dans ces
contrées lointaines l'écusson du Danemark;
Curaçao a l'effigie du roi des Pays-Bas.
17-
— 298 —
Les Républiques de la longue et étroite
bande de terre qui sépare les deux Améri-
ques montrent les fières montagnes dont
cette barrière est formée. Le Honduras, qui
voit à côté de lui le timbre britannique de
Balise, porte ses armes sur un écu ovale.
Nicaragua montre ses montagnes dans l'es-
pace. Costa-Rica ajoute aux montagnes la
mer et des vaisseaux. San-Salvador présente
un volcan surmonté de 1 1 étoiles. Guate-
mala porte ses armoiries (1871).
VI
Amérique du Sud.
L'Amérique du Sud approche. Panama
et son isthme ont rompu les liens qui les
attachaient à la Nouvelle -Grenade pour
fonder les États-Unis de Colombie. Les
timbres du nouvel état et de ses neuf pro-
vinces portent ses armes avec neuf étoiles
réparties en haut et en bas. La Nouvelle-
Grenade a aussi ses armoiries. Venezuela
surmonte tour à tour les siennes d'une
corne d'abondance, de deux cornes ou d'un
aigle avec sept étoiles. La Guyane anglaise
préfère un vaisseau entouré d'une jarretière
et sa devise fameuse : petinnisque damus-
• — 3oo —
que vîcîssim. La Guyane hollandaise a
l'effigie du roi des Pays-Bas. La Guyane
française emploie les timbres de France.
Le Brésil monarchique a des timbres
nombreux, dès 1843 et 1844, et pourtant il
n'y place l'effigie de son souverain qu'en
1866. Un lama, un arbre, des drapeaux, la
corne d'abondance, donnent une grande
variété à l'écusson de la République du
Pérou.
La République de l'Equateur surmonte
son écusson d'un aigle et l'orne de drapeaux,
La République de Bolivie a pour premier
type un aigle dans un ovale. En 1868 l'aigle,
l'oiseau monstrueux qui plane au-dessus des
Cordillières, vient surmonter |les armoiries
(un lama prêt à gravir les hautes Cordil-
lières). Si Madagascar a jamais des timbres,
l'Épiornis en sera l'image symbolique.
Le Chili rend hommage à la mémoire de
Christophe Colomb, comme les États-Unis
à celle de Franklin ou de Washington. Les
timbres chiliens propagent une image plus
— 3oi —
ou moins authentique du navigateur de
génie qui découvrit l'Amérique,
La République Argentine, qui étend en
ce moment ses lignes télégraphiques d'un
océan à l'autre, en franchissant les Andes
inaccessibles du Chili et les Pampas de
l'Amérique australe, a des timbres depuis
i858; elle y place d'abord ses armoiries avec
un soleil levant, et le bonnet phrygien au
bout d'une perche; en 1864, elle s'incline
devant l'effigie de son président Alphonse
Rivadavia. La tête de la République idéale
apparaît dans la province révoltée de Cor-
rientes et un château fort sur les timbres de
Gordoba,
L'Uruguay et Montevideo ont le soleil
avec ses rayons. Buenos- Ayres, en i858, a
son nom et un bateau à vapeur; en 1859,
une tête de la Liberté, imprimée à Paris!
en 1864, elle rentre dans le sein de la Répu-
blique Argentine.
Bien d'autres révolutions, sans doute, sont
réservées aux timbres, comme aux États de
— 302 —
ces brûlantes contrées. Pourquoi le Chili a-
t-il par jalousie arrêté la carrière de cet heu-
reux aventurier français qui s'était fait roi
d'Araucanie, en partant de Périgueux? Quel
autre pouvait mieux porter aux Arauca-
niens et aux Patagons le Timbre-Poste et
accroître encore cet empire , conquis en
moins d'un demi-siècle !
NOTES
ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
I
Nomenclature des souverains dont l'effigie se trouve sur
les timhres mohiles ou sur les enveloppes timhrèes.
Autriche (Empire d') : François-Joseph 1er,
Bade (Grand-Duché de) : Frédéric.
Belgique (Royaume de) : Léopold ler, Léopold II.
Brésil (Empire du) : Don Pedro IL
Espagne (Royaume d') : lo Maison de Bourbon,
(succession en ligne féminine) : Isabelle II ; 2° Mai-
son de Savoie : Amédée I^r; 30 Maison de Bourbon
(succession en ligne masculine) : Charles VII :
40 Alphonse XII.
France : Napoléon III.
Grande-Bretagne (Royaume de la) : Victoria Jre.
— 3o4 —
Hanovre (Royaume de) : Georges V.
Hawaii (Royaume de) : Kamehameha III, Kame-
hameha IV, Kamehameha V, Kalukana.
Hongrie (Royaume de) : François-Joseph 1er.
Italie (Royaume de) : Victor-Emmanuel II.
Luxembourg (Grand-Duché de) : Guillaume III.
Mexique (Empire du) : Maximilien le^.
Monténégro (Principauté de) : Nicolas 1er,
Norwége (Royaume de) : Oscar 1er.
Pays-Bas (Royaume de) : Guillaume III .
Portugal (Royaume de) : dona Maria II, don Pe-
dro V, don Luis 1er.
Prusse (Royaume de) : Frédéric-Guillaume IV.
Roumanie (Principautés Unies de) : i» Hospo-
darat du prince Couza : Alexandre-Jean 1er. 20 Mai-
son de HohenzoUern : Charles 1er.
Sardaigne (Royaume de) : Victor-Emmanuel IL
Saxe (Royaume de) : Frédéric- Auguste II ; Jean 1er.
Serbie (Principauté de) : Michel Obrenowitch III,
Milano Obrenowitch IV.
Siciles (Royaume des Deux-) : Ferdinand IL
II
Nomenclature des Etats qui ont émis des iimhres molnles.
Il a été émis des timbres mobiles (timbres-poste,
timbres-télégraphe ou timbres fiscaux) :
lo Dans les États de l'Église ;
2° Dans huit empires (Allemagne, Autriche, Bré-
sil, France, Japon, Mexique, Russie, Turquie) ;
Dans vingt royaumes (Bavière, Belgique, Dane-
mark , Deux-Siciles , Espagne , Grande-Bretagne ,
Grèce^ Hanovre, Hawaii, Hongrie, Italie, Norwége,
Pays-Bas, Perse, Pologne, Prusse, Sardaigne, Saxe,
Suède, Wurtemberg) ;
Dans neuf Confédérations (Allemagne du Nord,
Confédération Argentine, États-Confédérés de l'A-
mérique du Nord, États-Unis d'Amérique, États-
— 3o6 —
Unis de k Colombie, États-Unis de la Nouvelle-
Grenade, Etats-Unis des îles Ioniennes, Confédéra-
tion Suisse, Fédération Vénézuélienne).
Dans dix-huit Républiques (Bolivie, Chili, Costa -
Rica, République Dominicaine, Equateur, Espagne,
France , Guatemala , Honduras, Libéria, Mexique,
Nicaragua, Orange, Paraguay, Pérou , San-Salva-
dor, Transvaal, Uruguay) ;
Dans vingt-deux États dépendant d'une Confé-
dération, mais ayant des timbres spéciaux (Antio-
quia, Bolivar , Cundinamarca, Magdalena, Tolima,
faisant partie des États-Unis de Colombie; Buenos-
Ayres, Corrientes et Cordoba, dans la Confédération
Argentine; Orégon, Californie, Alabama, Nevada,
dans les États-Unis d'Amérique ; cantons de Bâle, .
Berne, Fribourg, Genève, Neuchâtel, Tessin, Valais,
Vaud, Zurich, dans la Confédération Suisse; Caracas,
dans la Fédération Vénézuélienne) ;
Dans sept grands-duchés (Bade, Finlande, Luxem-
bourg , Mecklembourg-Schwérin , Mecklembourg-
Strelitz, Oldewbourg, Toscane) ;
Dans sept duchés (Brunswick, Holstein , Modène,
Parme, Schleswig , Schleswig-Holstein , Saxe-Co-
bourg-Gotha) :
Dans six principautés (Moldavie, Monténégro,
-~ 3 07 —
Roumanie, Serbie, Schaumbourg-Lippe, Schwarz-
bourg-Sondershausen) ;
Dans neuf États d'Afrique, d'Australie et d'Orient
portant des dénominations diverses (Bhawulpore,
Décan, Caboul, Egypte, Fidji (îles), Kaschmir, My-
sore, Sarawak, Tunis) ;
Dans trois villes libres (Brème, Hambourg, Lu
beck) et une autre ville émettant des timbres dans
des conditions analogues (Bergedorf) ;
Dans six provinces ou Etats, soumis à un régime
politique provisoire (Alsace-Lorraine, Deux-Siciles,
Modène, Parme, Romagnes, Toscane);
Un office qui fonctionnait pour le compte de di-
vers Etats et qui avait ainsi le caractère d'un office
public, a également émis des timbres (office de la
Tour et Taxis).
En outre, plusieurs États ont émis des timbres
spéciaux pour certaines provinces ou certaines de
leurs colonies, savoir :
Le royaume de la Grande-Bretagne, pour 45 co-
lonies (Antigoa , Australie du Sud , Australie occi-
dentale, Bahamas, Barbades, Barmudes, Canada,
Cap de Bonne-Espérance, Ceylan, Colombie bri-
tannique, Colombie et Vancouver, la Dominique,
Dominion, îles Fidji, Gambie, Grenade, Guyane,
— 3o8 ~~^
Héligoland, Honduras, Hong-Kong, Indes anglaises,
Jamaïque, Lagos, détroit de Malacca, Malte, Mau-
rice, Natal, Nevis, Nouvelle-Ecosse, Nouvelle-Galles
du Sud, Nouvelle-Zélande, île du Prince-Edouard,
Queensland , Saint- Christophe , Sainte -Hélène ,
Sainte- Lucie, Saint- Vincent , Sierra -Leone, Terre-
Neuve, Trinité, îles Turques, Vancouver, Van Die-
men, Victoria , îles Vierges) ; — et en outre, pour
deux provinces dépendant du Canada (Québec et On-
tario) ;
Le royaume de Danemark, pour l'Islande et pour
les Antilles Danoises ;
L'Empire français, pour l'ensemble de ses colo-
nies , pour l'île de la Réunion , pour la Nouvelle-
Calédonie ;
La République française , pour l'ensemble de ses
colonies et pour la Guyane française ;
Le royaume des Pays-Bas, pour 3 de ses colonies
(Curaçao, Guyane, Indes néerlandaises) ;
Le royaume d'Espagne, pour Cuba et Porto-Rico,
Fernando-Po et les îles Philippines ;
Le royaume de Portugal, pour les Açores, An-
gola, les Indes, Madère, Saint-Thomas et Prince ;
L'empire d'Autriche, pour la Vénétie et les pro-
vinces illyriennes;
— Sog —
Le royaume d'Italie , pour Mantoue et les provin-
ces vénitiennes ;
Le royaume de Hongrie, pour les confins mili-
taires ;
La nomenclature qui précède ne comprend ni les
timbres locaux émis par certaines villes, ni les tim-
bres des offices particuliers.
ni
Le nombre de boîtes aux lettres en ce moment
ouvertes dans le Royaume-Uni s'élève à 20,600,
dont 1,500 dans Londres. En 1862, il n'y en avait
que 14,800. La population du royaume est estimée
à 31,817,108 habitants; il y a donc en moyenne
une boîte aux lettres par 1,550 personnes.
Le nombre de lettres passées par l'administration
des postes, à Londres seulement, varie de 800 à
900,000 dans l'année 1872-1873 ; le chiffre n'a pu
en être déterminé qu'approximativement, dit M. Mon-
sel, directeur général des postes, parce que la mé-
thode de calcul suivie jusqu'à ce jour et qui sera
rectifiée dans l'avenir, est erronée. Sur le nombre
total de lettres mises à la poste, 3,600,000 sont res-
tées en magasin, pour diverses causes; les onze dou-
— 3n —
zièmes ont été retournés aux envoyeurs ; 1 5 ,000 let-
tres ont été jetées aux boîtes sans adresse; 600,000
journaux ont été arrêtés , faute d'affranchissement
suffisant.
Le département des télégraphes annexé aux postes
possède 5,400 bureaux. Le nombre des dépêches en-
voyées a été de 15 millions, c'est-à-dire 3 millions
de plus que l'année précédente.
Le rapport du directeur des postes constate que,
dans une seule nuit, où l'on discutait au parlement
une question importante , plus de 200,000 mots ont
été expédiés aux journaux de province et que leur en-
semble constitue une longueur de texte équivalente
à 100 colonnes du Times. Le nombre de milles an-
glais de fils télégraphiques était, à la fin de l'année,
de 105,000. Les sommes perçues sur dépêches télé-
graphiques se sont élevées à 24 millions de liv. st.,
c'est-à-dire à 10 millions de plus qu'en 1872. Les
bureaux de postes et télégraphes , faisant le" service
des caisses d'épargne, ont reçu en dépôt ig millions
de livres sterling, et le nombre des dépositaires a été
de 1,440,000. Le rapport du nombre des déposants
à la population a été de i sur 9 en Angleterre, de i
sur 13 en Ecosse et de i sur 50 en Irlande.
Le nom^bre d'em.ployés de la poste est de 40,000,
— 3l2 —
dont 9,600 sont employés au télégraphe; 12,000 exer-
cent les fonctions de maître de poste, 8,600 celles de
commis , et 19,000 environ celles de facteur, cour-
rier et trieur.
IV
Voici quelques chiffres empruntés aux journaux
allemands sur l'emploi des cartes postales en Alle-
magne :
Le nombre des cartes déposées dans les bureaux
du territoire postal de l'empire allemand a été en
1872 de 8,470,951. En 1873,1e chiffre fut de 25
millions. L'année dernière, il a été de 37,498,672.
En Autriche, dans les pays de la Couronne en
deçà de la Leitha, d'octobre à décembre 1869, il fut
délivré 2,926,102 cartes postales, d'une valeur de
60,522 florins (le florin autrichien = 2 fr. 50). En
1872, la consommation était de 8 millions de cartes
postales ; elle est aujourd'hui de plus de 20 mil-
lions.
IL
V
LA POSTE EN RUSSIE.
De 1868 en 1873, le service postal a pris un dé-
veloppement dans l'empire moscovite qu'il est bon
d'étudier. Les chiffres en sont d'une éloquence qui
prouve combien ce vaste État tend chaque jour à
son amélioration administrative et à sa 'grandeur
civilisatrice.
Voici d'abord le relevé des voies postales russes •
depuis ces six années :
Lignes de chemins de fer
Routes ordinaires
En 1868.
Verstes.
4,576
94,773
En ISTb.
Verstes.
17,010
93, £38
Fleuves et canaux
. .. 9,834
11,623
Total
109,183
122,193
— 3i5 —
La poste a parcouru le long de ces voies :
En 186S En 1875,
Verstes. Verstes.
Ligues de chemins de fer 4,039, 9S0 17,309 04!
Routes ordinaires ,^ 24,052,643 26,'l69'l5I
Fleuves et canaux ^1.349,071 2,'o89,'7SO
■^o'a' 29,441,664 45,567,972
Ainsi, dans cet espace de temps, l'étendue des
voies ferrées servant au transport de la poste a qua-
druplé et celle des voies fluviales s'est accrue de
2,000 verstes. L'étendue des voies ordinaires accuse
au contraire une légère diminution. Le parcours
total annuel s'est élevé de plus de i6 millions de
verstes, et le nombre des localités desservies et re-
liées entre elles par le service postal, qui, en 1868,
était de 2,288, est monté à 3,178, comme l'indique
le tableau suivant :
Localités unies par le ser-
vice direct de la poste.
1868. 1875.
Localités recevant la poste une ou ~
plusieurs fois par jour. 713 { (393
- six fois par semaine. ... i<»4 ' 52
- cinq _ ' ' îi 29
- quatre - 239 490
~ \^°^^ — 120 234
- deux _ 9^3 g^g
une
134 105
— 3l6 —
Pour bien apprécier ces augmentations à leur
juste valeur, il est utile de se rappeler que le service
postal embrasse tout le vaste territoire de l'empire,
depuis la frontière de Prusse jusqu'à l'île de Sakha-
line, et depuis Kola jusqu'à Khodjent. Qu'on ne soit
donc pas surpris d'apprendre qu'il est encore aujour-
d'hui en Russie des endroits où la poste n'arrive
qu'une fois par mois — Amguinsk et Okhotsk, par
exemple — et même deux localités, Guiglta et ïeport
de Peîropawlosk , où elle n'est reçue qu'une fois dans
Vannée.
La correspondance et l'envoi des paquets et va-
leurs ont pris aussi une extension remarquable.
Qu'on en juge :
En 186S En 1875
Lettres 41,284,377 51,993,016
Cartes postales » 1,300,014
Envois sous bandes » 2,218,211
Lettres recommandées 1,862,733 2,480,145
Lettres chargées 2,994,329 5,054,415
Paquets 984,957 1,492,803
Écrits périodiques 21,082,730 29,019,880
Estafettes 59,718 52,475
Tolal 68,268,846 93,612,959
R. R.
Valeurs des sommes expédiées. 1,183,374,817 1,435,719,292
Valeurs des paquets expédiés. 14,932,636 31,466,032
Total , 1,198,307,453 1,467,185,324
— 3i7 —
Pétersbourg, Moscou, Varsovie et Kasan jouis-
saient seules, en 1868, du bénéfice de la petite poste;
quarante-sept villes ont eu depuis cet avantage, et
cependant l'augmentation de la correspondance trans-
mise par la petite poste est loin de présenter un ac-
croissement correspondant au nombre des villes où
elle a été établie depuis 1868 ; voici des chiffres à
l'appui :
1868, 1875.
Lettres 1,576,35b 3,304,278
Envois sous bandes 223,899 926,690
Lettres chargées » 1,221
Écrits périodiques. ,. , 5,500,000 7,573,956
Total 7,300,254 11,806,135
Disons en outre que des villes importantes, telles
que Tchernigow , Nicolaïew, Yaroslaw, Pétroza-
vodsck, etc., et tous les chefs-lieux des provinces du
nord-ouest sont encore privés de petite poste.
Des changements notables ont été introduits dans
la situation des employés de l'administration pos-
tale. Le nombre des employés servant à l'adminis-
tion centrale a été considérablement réduit ; le per-
sonnel du service local a été au contraire augmenté,
en même temps que sa situation pécuniaire s'est
améliorée. Voici le relevé des employés de la poste
en 1868 et en 1875 :
18.
3i8 —
1868 1875
Employés de l'administration centrale. 248 116
Personnel des administrations locales
Employés 3,065 4,994
Facteurs, eto 5,994 7,720
Sommes affectées au traitement du
personnel de l'administrât, postale:
R. R.
Service central 104,306 92,706
Service local 1,240,804 2,417,458
Signalons également l'augmentation de la corres-
pondance étrangère ; en i868, le nombre des lettres
et paquets expédiés par la poste à l'étranger, n'était
que de 1,762,909, tandis qu'en 1874 il s'est élevé à
4,043,060, c'est-à-dire qu'il a plus que doublé.
Le chiffre des lettres venant de l'étranger s'est en
même temps accru d'une façon considérable ; en 1868,
il était de 2,422,097 ; il est actuellement, en 1875,
de 8,075,619. Il faut maintenant supposer qu'à par-
tir du lei- juillet prochain l'accroissement de la cor-
respondance se fera sentir d'une façon bien plus mar-
quée encore, par suite de l'entrée en vigueur de la
convention postale internationale de Berne. L'expé-
dition d'une lettre affranchie de 1 5 grammes ne coû-
tera , à cette date , pour les vingt-deux Etats qui
ont adhéré à la convention, que 8 copecks ; le port
est fixé au double pour les lettres non affranchies
— 3i9 —
ou qui le seront insuffisamment ; les cartes postales
coûteront 4 copecks, les envois sous bandes, 2 co-
pecks jusqu'à 50 grammes, et la taxe de 3 copecks
prélevée jusqu'à ce jour par les facteurs portant les
lettres à domicile sera supprimée.
VI
LES POSTES ET LES TÉLÉGRAPHES EN
ANGLETERRE.
L'administration des postes de La Grande-Bretagne
vient de publier son rapport pour 1874. Nous y re-
levons quelques chiffres intéressants.
Le nombre total des lettres afifranchies pendant
cette année dans tout le Royaume-Uni a été de
16,700,000, ce qui constitue une proportion de 30
lettres par personne.
Le nombre des cartes postales a été de 79 mil-
lions.
Quant aux lettres renvoyées, à celles qui n'avaient
pas d'adresses ou qui en portaient de fausses, nous
lisons, dans le rapport, qu'elles ont dépassé le chif-
fre de 4,400,000, soit I sur 220 du total général. Il
a été possible d'en réexpédier ou d'en retourner au
— 321 —
delà des troîs quarts à ceux qui les avaient écri-
tes.
Plus de 20,000 lettres ont été affranchies sans
adresse; une de ces lettres contenait 50,000 fr. en
billets de banque. Une lettre chargée venant de
Suisse est arrivée ouverte au bureau central de la
poste de Londres. Son contenu, que la ténuité de
l'enveloppe avait fort exposé, consistait en chèques
pour plus de 5,000 fr. et en billets de banque pour
plus de 12,500 fr.
Une lettre chargée renfermant des obligations ot-
tomanes avec des coupons au porteur, pour une va-
leur de 100,000 fr., et adressée à une banque de la
Cité, a été remise par erreur dans une rue du West-
End.
Lorsqu'on vint réclamer le paquet, on apprit que
ces obligations avaient été confondues avec des bil-
lets de loterie étrangère et qu'on les avait données
à découper aux enfants de la maison.
On a trouvé également au bureau central de Lon-
dres deux montres en or, chacune renfermée dans
un paquet de livres non enregistré, avec l'adresse de
la Nouvelle-Zélande; les pages des livres avaient été
arrachées afin de faire place aux montres.
Parmi les articles affranchis et mis à la poste con-
— 322 —
trairement aux règlements et renvoyés au bureau
des rebuts, on a remarqué une grenouille vivante,
un cerf-volant, des souris blanches en vie, des coli-
maçons, un hibou, un martin-pêcheur, des cartou-
ches.
En ce qui concerne le service des télégraphes, le
même rapport constate que l'on a expédié, l'année
dernière, plus de 19 millions de télégrammes, sans
compter les dépêches des journaux.
A l'occasion d'une séance importante du Parle-
ment, et aussi, d'événements intéressants survenus
au même moment en Angleterre, la station télégra-
phique centrale de Londres a transmis en une seule
nuit près de 440,000 mots, équivalant à 220 colonnes
du Times.
APPENDICE
Au moment où nous mettions sous presse ce
26 volume, le Journal officiel publiait l'avis sui-
vant :
« En exécution d'une décision de M. le Ministre
des finances, du 5 juillet 1875, le type des timbres-
poste a été changé, et l'échelle des valeurs a été
modifiée ainsi qu'il suit :
1° Le timbre-poste à 80 centimes est supprimé;
20 II est créé trois nouvelles catégories de tim-
bres-poste de la valeur de 20 centimes, 75 centimes
et I franc.
En conséquence, le nombre des timbres-poste du
nouveau type se trouve fixé à 13, dont la valeur
nominale et la couleur distinctive sont indiquées
ci-après :
324 —
VALEUR
COULEUR
1 centime .
2 centimes
Vert émeraude.
Gris d'acier.
Brun rouge.
Bleu d'outremer
Bistre
Garance.
Carmin.
Vert bronze.
Lilas.
5 —
10 —
i5 -
20 —
25 —
3o -
I franc
5 francs
La suppression du timbre de 8o centimes du type
actuel aura lieu, lorsque l'approvisionnement des
timbres de cette catégorie existant aujourd'hui aura
été complètement épuisé.
L'émission des timbres-poste de 1 5 centimes (gris
d'acier) commencera vers le 15 juin courant.
Elle sera effectuée successivement, pour les autres
catégories, après l'écoulement du stock existant,
pour chacune d'elles, dans les caisses du garde-
magasin central. »
Depuis la publication de cet avis, quatre valeurs
figurant parmi celles qu'il indique, ont été successi-
vement mises en circulation : ce sont le timbre de
5 centimes i^uert émeraude) celui de 15 centimes
{gris d' acier') , cûm de 25 centimes (bleu d'outremer'),
et celui de 30 centimes (bisire). Tous quatre repré-
— 325 —
sentent Mercure, dieu du commerce, et une figure
de femme (la Paix), qui tient un rameau d'olivier.
Une sphère sépare les deux divinités, et c'est sur
cette arche d'alliance géographique qu'elles se don-
nent la main. Les chiffres de la valeur font saillie
sur la sphère, et à la base du timbre, on lit les deux
mots : %^èpiiblique française. Entre la tête de Mer-
cure et celle de la Paix se détache le mot : Poste.
20 Juillet iSyô.
TABLE DES MATIÈRES
Chapitre I. — Fortune merveilleuse du
Timbre-Poste.
I. Le Timbre-Poste s'affranchit de l'enveloppe. —
II. Le Timbre-Poste fait de la Politique. — III.
Le Timbre-Poste se jette dans l'opposition ; il a
ses martyrs. — IV. Ses états de services. — V.
Une science de plus ! — VI. La Presse et les
congrès des Timbroîogues i
Chapitre II. — Les Collectionneurs.
I, La Numismatique ne saurait être trop honorée ;
La Timbrologie aspire à prendre une place à côté
d'elle. — II. Les collectionneurs sont tout excusés.
— III. Débuts des collections de Timbres-Poste.
— IV. La spéculation au collège ; la Bourse des
Timbres. — V. Utiles leçons que le collectionneur
retir'e de sa peine : travail et méthode 21
Chapitre III. — L'invention de M. Rowland Hill.
Le Timbre-Poste en Angleterre.
l. Les temps sont venus : pourquoi l'on doit garder
à M. Rowland Hill le titre d'inventeur du Timbre-
Poste. On ne peut pas contester l'invention de M.
— 324 —
Rowland Hill, — II. Comment vint à M. Hill l'idée
de sa réforme ? Correspondance frauduleuse de
deux fiancés. Projet de M. Rowland Hill. En-
quête. — III. La taxe uniforme d'un penny. Mé-
moire d'un officier d'excisé ; le papier timbré. —
IV. Adoption du projet de M. Hill. Les timbres-
Poste. Les enveloppes. — V. Essai du prix réduit :
augmentation rapide du nombre des lettres. —
VL L'opinion publique préparée à la réforme. Le
contrôle des comptes de chaque bureau devenu
plus facile. Le Timbre-Poste servant de papier-
monnaie. — VIL De la falsification. — Ses diffi-
cultés. Ses dangers. Nullité des profits de la
contrefaçon. — VIII. Forme et dessin du Timbre-
Poste, projets variés. Usage général. 43
Chapitre IV. — Adoption du Timbre-Poste en
France.
I. Adoption tardive du Timbre-Poste en France :
Décret de 1848 (24 août). Avis donné par le Mo-
niteur universel. — II. Défiances du début. Dan-
gers de la distribution des lettres sans taxe à re-
couvrer. — III. Premières falsifications. Leur
insuccès. Loi répressive du i6 octobre 1849. —
IV. Le timbre de 20 centimes porté à 25 centi-
mes. Avis de l'administration en date du 25 juin
i85o. — V. Conséquences de l'augmentation du
nombre des lettres. Instruction générale de 1868.
89
— 323 —
Ghapitke V. — La Fabrication du Timbre-Poste >
EN France.
I, Mesures prises pour la fabrication des Timbres-
Poste. Tâtonnements. M. Hulot. Merveilleuse ra-
pidité d'exécution. — II. Adoption du type proposé
par M. Barre au comité des graveurs de la Mon-
naie. — III. La fabrication des Timbres est d'abord
mise en régie: Détails d'exécution. — IV. Loi du
i5 mai i85o; rapport sur les frais de fabrication.
— V. L'entreprise substituée à la régie : M. Hu-
lot, entrepreneur. — VI. Proposition de concur-
rence : rapport de M. Dumas. — VII. Les ateliers
de M. Hulot. — VIII. Développement prodigieux
de la fabrication des Timbres depuis 184g.. iii
Chapitre VL — La Poste pendant la Guerre
Franco-Allemande et pendant la Commune
1870-1871.
I. Appendice nécessaire à notre premier travail. —
II. Investissement de Paris. Les services inter-
rompus. Dévouement des facteurs-piétons : Brame,
Gême, Chourrier, Ayrolles. Dépêches cachées sous
l'épiderme et dans des clefs forées. Prisonniers
médicamentés. — III. Bouteilles de liège ; ballons;
école aéronautique ; ateliers de construction des
aérostats. — IV. Reproduction des dépêches par
le procédé microphotographique Dagron. Dépê-
ches insérées dans des tuyaux de plume. — V.
Systèmes Boutonnet et Brichet. Système Versoven
{dit de Moulins). Systèmes Baylard et Nadié. Ba-
teau sous-marin Delente. Les chiens-messagers
de M. Hurel. Projet de transmission par les cata-
U. 19
— 326 —
combes, — VI. L'insurrection du i8 mars. Le dé-
légué Theisz. Les Postes à Versailles. La Poste
dans l'intérieur de Paris. Fabrication de timbres-
poste par la Commune. Les fédérés fouillant les
wagons. Messagers entre Versailles et Paris. —
VIL Conclusion iSg
Chapitre VII. — Le Timbre-Poste a Bordeaux
1870-1871.
I. Disette des Timbres-Poste causée par le siège
de Paris. — II. Le ministre des Finances autorise
M. Steenackers, directeur général des Postes, à
traiter avec M. Delebecque, à Bordeaux. — III.
Les types proposés. — IV. Traité conclu. — V.
Règlement d'exécution. — VI. Première planche
imprimée ; progrès rapide. — VII. Ordre de ces-
ser la fabrication. Résultats généraux 17g
Chapitre VIII. — Le Tijibre-Poste auxiliaire de
l'Histoire et de la Géographie.
I. Ordre chronologique de l'adoption du Timbre-
Poste : en Europe. — IL En Afrique. — III. En
Asie. — IV. En Océanie. — V. VI. Dans les deux
Amériques 2o5
Chapitre IX. — Le Timbre-Poste dans les États
DE l'Europe occidentale.
I. Angleterre. — II. Colonies anglaises en Europe. —
III. France : Vicissitudes des effigies. — IV. Bel-
gique, Pays-Bas, Luxembourg. — V. Suisse. —
VI. Espagne. —Portugal. — VIL Italie; ses ré-
— 327 —
volutions postales suivant ses révolutions politi-
ques 221
Chapitre X. — Le Timbre-Poste dans l'Europe du
Centre, du Nord et de l'Est.
I. Allemagne du Nord et Prusse. — II. Les Villes
Libres. — III. Office de Tour et Taxis. — IV. Al-
lemagne du Sud. — V. Suède et Norwége. — VI.
Finlande, Pologne, Russie. — VII. Empire d'Au-
triche. — VIII. Roumanie, Servie, Grèce, Tur-
quie 249
Chapitre XI. — Le Timbre-Poste en Afrique, en
OCÉANIE et dans LES DEUX AMERIQUES.
I. Le Timbre-Poste suit la civilisation. — II. États
et Colonies de l'Afrique. — III. États et Colonies
de l'Asie. — IV. États et Colonies de l'Océanie. —
V. Amérique du Nord. — VI. Amérique du
Sud 281
Notes et Pièces justificatives 3o3
FIN DU DEUXIEME ET DERNIER VOLUME.
CouLOMMiERS. — Typ. Albert PONSOT et P. BRODARD.
f
if)« —
Coulommîers. — Typographie ALBERT PONSOT et P. BRODARD.
3 9088 00038 2606
SMITHSONIAN INSTITUTION LIBRARIES
.tH' .f'
.J5r^:v.:-::v;.
o > -*■_'